Léonie Kovaliv, la voix des mouvements sociaux

Rédigé par
Thomas Lécuyer
Lausanne

MUNICIPALES 2026 • Engagée sur le terrain bien avant de siéger au Conseil communal, Léonie Kovaliv d’Ensemble  à Gauche conçoit la politique comme un lien à retisser entre les institutions et la réalité vécue au quotidien. 

C’est Marcelle qui nous accueille à l’intérieur de la Couronne d’Or, le sympathique café situé derrière la Riponne, où Léonie Kovaliv s’est installée. Marcelle, c’est sa jeune chienne, une goldendoodle qui l’accompagne partout, dans sa vie quotidienne, dans ses engagements, jusqu’au Conseil communal, au point qu’elle aimerait pouvoir l’intégrer pleinement à son travail d’enseignante spécialisée, tant sa présence facilite les rencontres et crée du lien. «Le lien social, c’est ma passion et ma profession, et comme on dit, tel maître, tel chien! Marcelle m’accompagne partout, du festival de la Cité, où je suis bénévole, jusque dans la sortie de la Commission de gestion du Conseil communal. Il y a même certains usagers de l’espace de consommation sécurisée qui la connaissent, et ça facilite vraiment le lien». 
Désir de ville
La Couronne d’Or, c’est un lieu qui correspond bien à Léonie, qui répond à son désir de vie, de ville, un espace de cohésion sociale, de brassage aussi, avec une terrasse où l’on discute et observe la vie du quartier. Elle insiste sur le fait qu’on parle trop souvent négativement de la Riponne: «On a fait beaucoup de bruit autour du local d’injection, sans vraiment laisser la parole aux personnes concernées. Je trouve que les médias qui traitent des questions d’addiction auraient dû interviewer les gens qui vivent cette cohabitation au quotidien, le voisinage, l’équipe de la Couronne d’Or, et bien sûr les professionnels du travail social qui encadrent les personnes en situation d’addiction. Parce que là, les enquêtes ne reflètent pas la réalité».  
Léonie Kovaliv n’a pas grandi dans une famille impliquée en politique, mais dans un foyer où les décisions se prenaient collectivement, à main levée, autour de la table. «Tout était soumis au vote», raconte-t-elle, évoquant cette horizontalité familiale comme un apprentissage implicite de la démocratie. Benjamine d’une fratrie soudée, issue d’un milieu plutôt privilégié, elle dit aujourd’hui mesurer lucidement ce que cela implique: «Je suis blanche, j’ai fait des études, je viens d’une famille stable. Je suis remplie de privilèges. C’est précisément cette conscience-là qui va nourrir sa vocation politique, doublée d’un vrai désir d’engagement collectif. Très tôt, elle s’engage notamment aux scouts de Sauvabelin... «J’ai toujours été attirée par les mobilisations sociales et l’engagement collectif», explique-t-elle. Ces expériences forgent son goût pour les questions sociales, la mixité, la rencontre avec des personnes venues d’horizons différents, un fil rouge qui ne la quittera plus. La politisation viendra plus tard, presque naturellement, au contact des autres, au fil des amitiés, des engagements associatifs, et de son métier de travailleuse sociale. 
Le déclic s’opère face aux crispations du monde contemporain. La montée des extrêmes droites en Europe, les discours déshumanisants, les politiques sécuritaires la poussent à franchir un pas. Elle devient membre de la grève féministe et participe à l’organisation de la mobilisation de 2019, tout en menant de front ses études, puis rejoint les listes électorales. «C’était important pour moi de franchir ce pas, de faire le lien entre les professionnel·le·s du social et les institutions, pour leur expliquer ce qui se passe vraiment sur le terrain, car le milieu du social est en crise.»
Besoin d’un grand changement
Aujourd’hui membre du Conseil communal, elle ne cache ni ses colères ni ses désillusions, face à un appareil politique souvent freiné par les petits arrangements, les calculs, et la politique des «petits pas», qu’elle juge peu utile. «Ce n’est pas suffisant, avancer si peu, c’est comme ne pas avancer du tout. Aujourd’hui, nous avons besoin d’un grand changement, de redéfinir complètement les priorités de notre projet de société», insiste-t-elle, rappelant que les mobilisations pour les services publics ou la jeunesse montrent une vitalité des mouvements sociaux à Lausanne et plus généralement dans le Canton. Léonie Kovaliv rêve d’une ville où les politiques publiques sont gérées avec les personnes directement concernées et pas décidées uniquement par des conseillers communaux hors-sol. «C’est là ou le lien entre institutions et terrain est capital: qu’il s’agisse d’usagers de structures de consommation sécurisée, de politique jeunesse, de la petite enfance, du handicap… il faut écouter les voix du terrain, et surtout agir en conséquence». Léonie se définit bien plus comme une «porte-voix» des mouvements sociaux, défendant une vision organique de l’engagement politique, en lien fort avec l’implication citoyenne que comme une figure politique: «La politique ne se fait pas seulement dans les institutions, mais aussi dans la rue.»

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