Les bons élèves... et les cancres 
de la Municipalité de Lausanne

Rédigé par
Fabio Bonavita et Charaf Abdessemed
Lausanne

BILAN DE LÉGISLATURE  • À l’aube du premier tour des élections communales, prévu le 8 mars prochain, notre rédaction analyse le bilan de chaque municipal pour la législature 2021-2026. Voici notre verdict. 

Xavier Company (Verts); Le meilleur d’entre tous

Catapulté à la tête des Services industriels lausannois, Xavier Company a su s’imposer dans un domaine technique, malgré sa formation juridique. 

Charismatique, bosseur, intelligent, réactif lors de la crise énergétique déclenchée par l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, prêt à se retrousser les manches pour aller convaincre les opposants au projet de parc éolien EolJorat Sud, le municipal écologiste a slalomé avec habileté entre tous les pièges inhérents à une première législature. 

Âgé de seulement 32 ans lors de son élection en mars 2021, le Vert peut se targuer d’un sans-faute incarnant pleinement la célèbre maxime du dramaturge français Pierre Corneille: «Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années.»
Note: 6/6

Florence Germond (PS): un sens du dialogue tardif

En charge de la mobilité et des finances, la socialiste Florence Germond se sera illustrée par une action résolue en faveur de la mobilité douce, limitant la place laissée à l’automobile. 

Suppressions de places de parc, 30 km/h nocturne, places bleues devenues payantes, multiplication des zones 30 et des pistes cyclables, autant de mesures prises à la hussarde, et parfois en catimini au cœur de la crise du Covid ou de l’été. Plus que ses décisions, annoncées dans son programme électoral, c’est son style dénué de concertation qui lui aura valu les critiques de ses détracteurs, en premier lieu les commerçants. 

Au fil des ans néanmoins, la dame de fer de la Muni aura appris à mettre un peu d’eau dans son vin, concédant des mesures d’accompagnement à la marge et qui auraient pu être négociées en amont. 
Note: 4.5/6

Grégoire Junod (PS) : Un capitaine trop sûr de lui

Habile marionnettiste, Grégoire Junod aura réussi à tenir son équipe municipale tout en lui rappelant fréquemment qu’il restait le capitaine à bord. 

Fort de son aura et de sa culture politique au-dessus de la mêlée, le syndic est cependant tombé dans le travers de la suffisance lorsqu’une série de crises sans précédent ont éclaté en 2025. 

Minimisant d’abord les problèmes, occultant les responsabilités de ses municipaux, puis changeant de cap sous la pression médiatique et populaire, l’homme fort de la Muni a laissé transparaître une certaine usure du pouvoir…
Note: 5/6

Pierre-Antoine Hildbrand (PLR): Le courage politique en berne

Dépassé par la crise des groupes WhatsApp de la police, Pierre-Antoine Hildbrand n’a jamais su la gérer de manière pragmatique. Il s’est ainsi aliéné à la fois le syndicat des policiers et les élus de son propre camp, tous deux lui reprochant d’avoir repris à son compte la notion de «racisme systémique». Sa tentative de rétropédalage, en parlant ensuite de «racisme structurel», n’a pas suffi à éteindre l’incendie. Une erreur stratégique de plus, après avoir défendu les bancs arc-en-ciel, vandalisés avant même que leur peinture ne sèche. Sa gestion de la crise de la Riponne n’est pas plus convaincante: annoncé en octobre 2024, le renfort policier n’est intervenu qu’un an plus tard. Autant d’épisodes révélateurs d’un évident manque de courage politique.
Note: 3.5/6

David Payot (POP): Humble et volontaire

Après deux mandats, le discret popiste a décidé de quitter la Muni, ce qui est déjà un très bon point à l’heure où tant d’autres s’accrochent à leur poste. Humble, mais peu charismatique, fidèle à ses idéaux - il a rendu public son salaire dont il rétrocèdera une bonne partie pour payer sa conseillère politique -, l’homme au perfecto se sera distingué par une politique d’accueil préscolaire volontariste qui aura contribué à faire baisser la tension en termes de disponibilité des places à Lausanne. Il se sera aussi distingué par son implication dans la participation citoyenne, en lançant le «budget participatif», qui offre depuis 2019 la possibilité aux Lausannois de s’investir dans le changement de leurs quartiers. C’est d’ailleurs dans la gestion des quartiers qu’il aura eu le plus de difficultés, se heurtant à l’hostilité atavique des animateurs socio-culturels, qu’il n’a jamais réussi à apprivoiser.
Note: 4.5/6

Natacha Litzistorf (Verts)
: Une législature en demi-teinte

Très habile et déterminée pour faire assumer aux CFF et à la Confédération les surcoûts liés à la gare de Lausanne, Natacha Litzistorf n’a pas réussi à montrer la même adresse dans la gestion du Service des gérances de la ville. Les mécontentements de nombreux locataires ont été aggravés par une gifle plus officielle: en février 2024, la Caisse de pensions du personnel communal (CPCL) a décidé de reprendre elle-même la gestion de ses 3705 logements, jusque-là confiée à la Ville. Ce revers illustre que l’écologiste, derrière ses airs sympathiques et humanistes, peut parfois laisser transparaître les limites de ses qualités, en faisant trop facilement confiance à ses subordonnés. Un bilan en demi-teinte donc, mêlant réussite diplomatique et fragilités organisationnelles.
Note: 4/6

Emilie Moeschler (PS): Le local d’injection en boulet

La socialiste, en charge du sport et de la cohésion sociale, aura au cours de son premier mandat surtout brillé par ses difficultés à sortir de son habitus de travailleuse sociale. Le résultat? Des polémiques à répétition liées à l’ouverture d’un second local d’injection à la Riponne, dont elle a longtemps nié l’impact sur le voisinage. 

Avant d’avaler son chapeau et d’annoncer, à la fin 2025, son déplacement. Même inexpérience en matière de sport, où sa promotion active du sport féminin, certes louable et légitime, a eu du mal à occulter son aversion pour les grandes fédérations sportives implantées à Lausanne, pourtant indispensables au rayonnement de la ville. n
Note: 3.5/6

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