Romanel fête les 
50 ans de son abbaye en s'ouvrant aux femmes

Rédigé par
Elise Dottrens
Vaud

HÉRITAGE • L’abbaye des villageois de Romanel, Jouxtens et Vernand innove cette année en ouvrant ses portes aux femmes. Pour l’équipe d’organisation de la fête, toute jeune, c’était une évidence.

Dans un mois jour pour jour, la tranquille place de Prazqueron à Romanel sera investie par une véritable vague d’histoire et de patrimoine. Chemises, chapeaux et fusils seront de mise, car c’est là que sera organisée la cinquantième abbaye des villageois de Romanel-sur-Lausanne, Jouxtens et Vernand, du 5 au 15 juin.
Un premier week-end ouvrira les festivités les 5 et 6 juin, avec fête foraine, repas, concerts, et même la venue des superstars du Yodel Oesch's die Dritten. 
Mais à partir du 10, les choses sérieuses commenceront, avec les premières manches de tir, qui continueront jusqu'au couronnement des rois et reines, le 13 juin.  
Premiers tirs féminins
Cette année cependant, et les suivantes désormais, les organisateurs feront une petite infidélité à la tradition. Car dorénavant, les femmes peuvent participer au concours de tir officiel. «C’est quelque chose que l’on a vécu dans les jeunesses campagnardes il y a déjà pas mal d'années, et pour moi, c'est normal que ça soit aussi le cas à l’abbaye», explique Loris, abbé banneret et membre du comité d'organisation. 
Pour son ami Cyril Fayet, il était important de garder ces traditions vaudoises et familiales, tout en les dépoussiérant. 
«Quand on pense à une abbaye, on pense à quelques mecs qui tirent avec leurs fusils, alors que c’est bien plus que ça. Cela donne une vraie dynamique villageoise et amène de la joie autour d’une histoire vieille de cinquante ans». Jusqu’à présent, les femmes étaient cantonnées à l’organisation de la fête ou au tir non officiel, mais cette année, la première abbesse de l’histoire du village participera aux tirs officiels. Un choix qui a tout de même nécessité de modifier les statuts de la société. 
«Il n’y a pas eu de réactions négatives, mais forcément que cela fait débat», se rappelle Cyril. «Quand on a dû faire adopter les nouveaux statuts, certains ont considéré qu’il était bien de se retrouver entre hommes. Finalement, c’est la société qui a voté».
Il faut dire que parmi l’équipe d'organisation, se sont glissés cette année des jeunes abbés, ce qui insuffle aussi de nouvelles idées et envies. C’est le cas de Loris et ses 25 printemps, qui détonnent un peu au milieu de la moyenne d'âge de... 61 ans. 
«Je ne suis même plus le plus jeune de la société. C’est vrai que c’est assez original, mais je me suis toujours senti intégré, parce que je connais cette société depuis toujours. J’ai vécu les fêtes étant enfant grâce à mon papa, qui a toujours fait partie de l’Abbaye, et je trouve très cool de faire partie d’une société qui perpétue les traditions tout en faisant vivre le village».  
En attendant, en tant que membres de l’organisation, Cyril et Loris travaillent d’arrache pied. Responsable des infrastructures, ce dernier s’occupe aussi des boissons et de faire le lien avec la jeunesse de Romanel. «Ils viendront nous aider pendant la fête, notamment avec des damoiseaux et demoiselles d’honneur pendant le défilé.» 
Ambiance «ranch» garantie
Cyril, lui, développe l’aspect communication de l'événement. «Avant, il n’y avait pas autant besoin de communiquer à propos de la fête parce que les gens se passaient le mot plus facilement. Aujourd’hui, les villages ont par exemple de la peine à fonctionner avec du bénévolat». 
Les jours de tirs seront cependant quand même ponctués de fêtes et d'activités ouvertes à tous: le samedi soir, la place du Prazqueron se téléportera vers l’Amérique avec un concert du duo de country-blues Wolverine Bluegrass et la diffusion du très attendu match de Coupe du Monde Suisse-Qatar. 
Avec les spécialités de langue de bœuf de l’Auberge de la Fleur de Lys, ce sera la cerise sur le gâteau pour une véritable ambiance «ranch» garantie. 

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