Pourquoi les loyers de l’immeuble du 5 rue César-Roux ont-ils doublé?

Rédigé par
Charaf Abdessemed
Lausanne

MAJORATION • La Ville se comporte-t-elle comme un prédateur immobilier, profitant de travaux de rénovation pour doubler le loyer d’une dizaine d’appartements en loyer libre? Nos explications.

Un immeuble, propriété de la Ville de Lausanne et dont les loyers, après rénovation, passent du simple au double, cela a de quoi surprendre. C’est en tout cas ce qui s’est produit au 5 de la rue César-Roux, un vieil édifice datant de 1895 et dont le loyer est passé de 146 francs par m2 et par an à… 269 francs. Un saut énorme réalisé après des rénovations d’ampleur programmées depuis 2015 et qui n’a pas manqué de révolter le conseiller communal Ensemble à Gauche Johann Dupuis, au point de déposer une interpellation urgente en janvier dernier. «Ce qui m’étonne le plus, c’est qu’avec une Municipalité de gauche, on puisse se retrouver après une rénovation plutôt anodine, avec une augmentation de loyer digne de celles pratiquées par les gérances privées et le tout sans aucune réflexion en termes de logements abordables. Franchement, la Ville prévoit beaucoup de rénovations, et si c’est ce modèle qu’elle entend appliquer, je m’inquiète pour la suite!»
Des rénovations anodines? Celles-ci ont en tout cas été suffisamment conséquentes pour qu’une dénonciation de bail soit annoncée au préalable et les locataires libérés. Après travaux, des assainissements énergétiques importants ont ensuite été effectués, des éléments patrimoniaux obligatoirement conservés – l’immeuble est classé en note 2 par le canton -, sans oublier l’ajout d’un ascenseur, dont l’installation a précisément rendu impossible le maintien des locataires. 
Pas représentatif
Cet ascenseur, qui a sans aucun doute contribué au net renchérissement des loyers, n’était d’ailleurs pas prévu dans le plan initial de rénovation. «La rénovation du 5 César-Roux est un projet que l’on avait dû reprendre lors d’une nouvelle législature et il se trouve que celle-ci a mis la politique d’accessibilité universelle, notamment pour les personnes âgées, en haut de ses priorités. Il nous a donc fallu en tenir compte» explique Natacha Litzistorf, conseillère municipale en charge du Logement, de l’environnement et l’architecture. En tout état de cause, l’ensemble des rénovations justifie-t-il une telle majoration des loyers?
«Oui, répond Renaud Jaccard, chef du Service des gérances de la Ville. Si l’on tient compte de l’installation de l’ascenseur, des contraintes patrimoniales fixées par le Canton et de l’augmentation des coûts de construction post Covid et guerre en Ukraine, on obtient une nette augmentation de la facture de rénovation par rapport à ce qui était prévu initialement». 
Et Natacha Litzistorf de compléter: «En termes de rénovation et d’entretien des immeubles, nous payons les politiques qui n’ont pas été menées depuis des décennies. L’immeuble de César-Roux, dont le cas n’est d’ailleurs pas du tout représentatif de la politique que nous menons, n’avait pas été grandement rénové depuis plus de 40 ans. Certes les loyers – libres je le rappelle - ont presque doublé, mais il faut voir d’où l’on vient, car ils étaient vraiment bas!». 
«Bailleur responsable»
«Nous avons vraiment à cœur d’être un bailleur responsable et de ne pas pratiquer des loyers d’usure, mais nous avons en plus des contraintes évoquées, une obligation de rendement, voulue par la Municipalité et validée par le Conseil communal, imposant une rentabilité de 3% à son patrimoine immobilier, ajoute Renaud Jaccard. Même si l’immeuble César-Roux 5 n’est pas dans une logique de loyer modéré ou d’habitat d’urgence, géré par d’autres services de la Ville, nous avons cependant consenti à une réserve mensuelle de hausse d’environ 200 francs, pour éviter que le montant total du loyer soit trop élevé. Dès lors, la moyenne des loyers appliqués s’élève à 269 francs par m2/an dans un quartier ou le loyer médian se situe entre 291 et 302 francs le m2/an. 
Concrètement cela équivaut à un passage de 1’275 francs avant travaux à 1’648 francs après travaux pour un 3,5 pièces». 
Pour rappel, l’immeuble César-Roux 5 accueillait une dizaine de locataires avant les travaux de rénovation. Durant ceux-ci, une partie d’entre eux a été relogée tout proche par la Ville, à la rue de l’Industrie 13 avec les très avantageuses conditions dont ils bénéficiaient, la Ville prenant également en charge les frais de déménagement. 
Au final, après les travaux, quatre d’entre eux ont réintégré leur appartement initial en acceptant les nouveaux loyers, tandis que d’autres ont choisi de déménager ailleurs. Un seul locataire est actuellement en procédure juridique. 

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