URBANISME • Le dernier venu de la collection des «Cahiers de l’Ouest» se penche sur le quartier du Censuy à Renens, adjacent à la piscine. Un lieu rempli d’histoire et qui, du haut de ses près de 60 ans, pourrait bientôt retrouver une deuxième jeunesse.
Il s’agissait à l’époque d’une importante innovation dans la région. Un quartier de douze immeubles aux hauteurs variables, construits entièrement en préfabriqué, dans une disposition sinueuse, le tout incorporé à de la verdure comme il était encore rare à l’époque. Le quartier de la Piscine, à Renens, a passé 55 ans. Mais son architecture et son concept, signés par le Lausannois Bernard Murisier, s’inscrivent désormais dans un patrimoine de mieux en mieux protégé. «Certains de ces bâtiments ont une forme bien particulière, de par le fait qu’ils sont courbés, explique l’architecte Bruno Marchand, professeur honoraire à l’EPFL. Cela engendre des espaces extérieurs à la fois ouverts et fermés. Bien sûr, ce n’est pas une architecture flamboyante, ce n’est pas du Jean Tschumi et pourtant très bien pensée, bien réfléchie, et qui mérite toute notre estime.»
«Le Quartier de la Piscine», publié en novembre aux éditions Infolio et inauguré en même temps qu’une exposition photographique au sein même du quartier, revient sur l’histoire du lieu, depuis sa genèse dans les années 1960, et ouvre le chapitre de son futur.
Le luxe de l’époque
Il faut dire que l’expansion démographique de l’époque imposait une construction rapide, efficace et bon marché. «C’est un endroit où l’on a construit pour répondre à des besoins, mais en mettant quand même une grande attention aux logements, aux espaces extérieurs, à une vue d’ensemble de tout un quartier, raconte Tinetta Maystre, municipale à Renens. Et il est très représentatif de notre ville.» Et ses habitants, certains y résidant depuis l’inauguration, tiennent à cet héritage. «En tant que municipaux, nous allons souvent rendre visite à des nonagénaires qui nous racontent l’histoire de ce quartier, et c’est très touchant.»
À l’époque de son inauguration, Olivier Amiguet et sa femme Marianne étaient les sixièmes à y emménager.
Diacre stagiaire à l’époque, il prend l’initiative d’animer le quartier. «L’ambiance n’existait pas quand nous y sommes arrivés. En général, les gens qui y arrivaient venaient d’ailleurs, sans racines. Mais nous avons très vite eu l’idée de développer une vie sociale, nous avions d’ailleurs choisi ce quartier pour ça. Nous nous sommes donc mis à aller accueillir les gens qui arrivaient.» Leur initiative se transforme en association, et une réelle entraide se met en place.
Et si le couple ne reste pas assez longtemps dans le quartier pour y prendre racine, les bons souvenirs restent: «C’était un quartier très confortable, avec des appartements modernes, des cuisines agencées, etc. C’était presque du luxe!» Bruno Marchand confirme: «Les gens qui y sont depuis le début racontent qu’ils appréciaient particulièrement la lumière, la nature, et la vie de quartier!»
Aujourd’hui, le cycle de vie du quartier de la Piscine arrive à son terme. Certaines façades perdent leur peinture, les stores se décolorent. La vétusté des infrastructures, énergétiques notamment, pousse autorités et propriétaires à penser à la suite. Ces derniers étant nombreux, il était important pour la Ville de Renens d’attirer leur attention sur la protection de l’uniformité du quartier. «Nous voulions garantir cet aspect d’ensemble très typique pour des quartiers de cette époque, mais également pour Renens, note la municipale. Il fallait également que les loyers restent abordables.»
Une rénovation aux enjeux d’abord écologiques
Une partie des bâtiments a donc déjà été rénovée. Après cinq ans de réflexion, un nouveau plan d’affectation communal est en attente d’approbation par le Canton. À partir de cette réglementation, un nouveau plan d’affectation de quartier verra le jour. Pour Tinetta Maystre, les enjeux seront principalement écologiques, mais pas uniquement. «Il manque quelques espaces jeux, et nous pourrons peut-être faire évoluer un aspect très brutal du goudron qui chauffe. Mais le tout sera légiféré par un PaCom respectueux du patrimoine et qui protégera l’identité renanaise.» Surtout que la classification patrimoniale de certains de ces bâtiments a récemment été modifiée, pour garantir la conservation du patrimoine.