Rue Caroline: deux écrivaines ressuscitent un crime datant de 1912

Rédigé par
Elise Dottrens
Culture & Loisirs

ROMAN • Deux autrices lausannoises rouvrent le chapitre d’un meurtre survenu en janvier 1912. Dans «Les Femmes de la Caroline», victime et coupable prennent vie, et donnent à comprendre le contexte du drame, en y ajoutant la sororité.   

Vous ne passerez peut-être plus jamais à la Rue Caroline de la même manière, dorénavant. Car quelque part entre les numéros 15 et 23, là où désormais se dresse la tour Shanelle, a eu lieu un crime sanglant. 
En janvier 1912, la veuve d’une soixantaine d’années Marie Seewer périt sous de nombreux coups de hache. Et c’est sa jeune fille au-pair, Elizabeth Brack, 18 ans, qui est arrêtée et jugée lors du procès de septembre de la même année. 
Élargir la focale
Ce fait divers glaçant a désormais sa place sur les rayons des libraires et bibliothèques. Deux autrices lausannoises, Laurence Gauvin et Sandrine Perroud, l’ont immortalisé dans leur ouvrage «Les Femmes de la Caroline», sorti ce printemps aux Éditions d’en bas. 
Tout a commencé lors d’une exposition dédiée au photographe et criminologue Rodolphe Reiss, père de la photographie forensique. L’une des images interpelle Laurence Gauvin, employée des archives de l’Université de Lausanne, elle qui a brassé un nombre incalculable de ses images. Sur celle-ci, prise en 1912, on y voit une cuisine bourgeoise, propre et bien rangée. C’est celle de la veuve Seewer, le lendemain de son meurtre. Sur la table, quelque chose est emballé dans du papier journal. C’est l’arme du crime, une hachette qui servait à couper le petit bois. 
«C’est une affaire qui nous a intéressées de par son étrangeté, explique Sandrine Perroud, déjà autrice de deux romans. «Comment cette jeune fille au-pair, issue d’un milieu bourgeois, finit par tuer à coups de hache sa patronne, alors même que l’on apprendra au procès qu’elle l’aimait beaucoup ?» Cette histoire, énormément commentée par des historiens, des journalistes, et des criminologues, donne envie aux deux amies de dépasser les deux dimensions de la photo de Reiss et de donner vie aux principales concernées.  
Des actrices invisibles
«Les Femmes de la Caroline» parle des femmes. Celles à qui l’on a pas donné la parole. Celles que l’on a imaginé folles, incompétentes, trop faibles, trop «femmes».  Le tout avec un regard actuel, riche des enseignements d’un siècle d’améliorations de la condition féminine. «C’est une démarche féministe, même si toute nous héroïnes ne sont pas féministes, explique Laurence Gauvin. Car en effet, la menace d’une réécriture anachronique rôdait. «C’est un regard contemporain sur un fait divers de 1912, mais à l’époque déjà, il y avait des mouvements féministes», complète sa collègue. 
Et si l’affaire a toujours été racontée par le procès, où se sont illustrés avocats, docteurs et criminologues, on peut apporter une nouvelle lumière aux événements. «A travers le compte rendu du procès fait par la presse transparaissent des signes d’épuisement physique et psychologique chez la jeune fille au pair. Elle venait de la bourgeoisie, pas de la campagne. À Lausanne, elle est traitée comme une domestique. Le regard contemporain que l’on peut apporter sur cette affaire, c’est de montrer qu’elle n’était pas juste folle. Il y avait tout un contexte sociologique.» Relire l’histoire à travers la fiction, une histoire si lointaine et pourtant si proche, permet de remettre un peu de perspective. 

«Les Femmes de la Caroline», Sandrine Perroud et Laurence Gauvin, éditions d’en bas. 

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