Cette rue lausannoise à laquelle Sera Biasini vient de donner son nom...

Lausanne

SECRETS DE NOS RUES - Avant de devenir la rue Sera-Biasini, cette voie lausannoise a connu plusieurs vies. De la rue des Eaux à la rue du Vallon, son histoire est aussi celle d’une pension devenue, pendant des décennies, un lieu de rencontre incontournable du quartier. Retour sur l’histoire d’une figure dont la personnalité a marqué plusieurs générations de Lausannois.

Tout d’abord, quelques éléments pour replacer cette rue dans son histoire. Remontons le temps! C’est en novembre 2024 que la dénomination rue Sera-Biasini a remplacé celle de rue du Vallon. Mais il ne faut pas oublier qu’avant ce changement de nom, le tracé de la rue s’est modifié, en 2011, pour englober la nouvelle route de contournement de La Sallaz! 
En février 1895, la Municipalité mettait à l’enquête publique, puis adoptait, la dénomination nouvelle de rue du Vallon pour ce qui était jusqu’alors la rue des Eaux. Elle répondait ainsi à une demande de deux propriétaires dans cette rue, qui souhaitaient qu’elle change de nom. Ils voulaient éviter des confusions avec la rue du Nord qui avait la buanderie ainsi que les douches et bains publics, alors que la source d’eau minérale était désormais fermée à la rue des Eaux. 
Le nom de rue du Vallon est ainsi donné alors à la rue qui va «de la Barre à l’entrée de l’Usine Duvillard» (la fonderie, là où sera l’ancienne usine d’incinération).
Qui était Sera Biasini?
C’est dans cette partie «historique» de la rue du Vallon, au numéro 10, qu’une pension est créée vers 1930, par Catherine, l’épouse d’un tailleur de pierre, tante de Sera Biasini. Elle reçoit pour tous les repas, matin, midi et soir, les jours de semaine et le dimanche, des ouvriers tessinois ou italiens nombreux à habiter le quartier, pour qui la pension devient leur restaurant et leur lieu de réunion. Sera Biasini, née en 1918, viendra souvent en séjour chez sa tante. Elle restera même à Lausanne pour finir sa scolarité avant de rentrer à Paris en 1936, a-t-elle raconté à Claude Bovay en 1987, pour un article dans le bulletin des «Amis de la Cité» auquel la suite de ce texte doit beaucoup. 
Elle reviendra régulièrement en visite après la guerre, et lors d’un séjour, en août 1960, sa tante décède. Sera décide alors de rester à Lausanne et de reprendre la pension, rejointe bientôt aux fourneaux par René, l’homme de sa vie. 
Si la clientèle des débuts se composait de gens du sud, travaillant dans des chantiers, emportant parfois leurs gamelles pour midi, une seconde époque débute vers 1970 au moment où le nombre de saisonniers habitant le quartier diminue et où se produit une lente mutation de la clientèle: personnes âgées du quartier, artisans, étudiants, artistes, éducateurs... tout un monde d’initiés découvre la pension avant de tomber sous le charme de cet endroit extraordinaire fait de simplicité et de modestie. Mais aussi de chaleur et de complicité qui rendaient possible le côtoiement des générations et des styles autour de la cuisine ou de la salle à manger. 
Mère, confidente, amie
Le caractère unique et inimitable de l’ambiance de la pension tenaient certainement à la personnalité de Sera. C’est elle qui avait le secret de cette harmonie et d’une certaine fraternité qu’elle savait partager avec tous les habitués, tour à tour mère, confidente, amie. Ce lieu a su s’imposer comme un point de rencontre du quartier. Autour de Sera, les générations se rencontrent et les liens se tissent, dans une atmosphère faite de simplicité et de solidarité. 
René décède en 1985. Sera poursuit son activité pendant près d’une décennie, avant de fermer la pension en 1994. Elle décède en 2003. Mais le souvenir de ce lieu et de la femme qui l’a fait vivre demeure ancré dans la mémoire du quartier. C’est pour rendre hommage à cette histoire et à cette figure lausannoise que le nom de Sera-Biasini a été donné à la rue en novembre 2024.

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