PROTECTION DE L’ENFANCE - Frédéric Vuissoz, ex-directeur adjoint, qui fut aussi chef du Service de protection de l’enfance la jeunesse vaudois, a quitté ses fonctions en froid avec sa supérieure. Son départ suscite surprise et interrogations.
Le numéro deux de la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ) n’est plus en poste depuis avril. D’après un document interne que Lausanne Cités a pu consulter, la chose a été officialisée début mai. « M. Frédéric Vuissoz a quitté la DGEJ. Mme Schick reprend le suivi, accompagnée de M. Patrick Peyter », y lit-on. Longtemps, monsieur Vuissoz figurait pourtant toujours sur l’organigramme officiel de la DGEJ, juste en-dessous de sa supérieure Manon Schick, avec laquelle les rapports étaient tendus. Le document a été mis à jour depuis. C’est finalement Judith Bovay, qui assure l’intérim comme Directrice générale adjointe dans l’attente du recrutement d’une autre personne.
Ce départ relève-t-il d’une démission, à l’heure où la DGEJ est périodiquement critiquée pour sa gestion dans certains dossiers sensibles, ou M. Vuissoz a-t-il été poussé vers la sortie ? D’après nos informations, la seconde option est la bonne. Contacté, Frédéric Vuissoz se borne à confirmer son départ, par respect de son « devoir de réserve ».
La DGEJ confirme que l’ex-numéro 2 a quitté ses fonctions et précise qu’il a été « remercié pour le travail accompli et pour son engagement en faveur de la protection de l’enfance depuis 2000 ».
Un homme d’expérience « sous pression »
« Entre Manon Schick et Frédéric Vuissoz, les relations n’étaient pour le moins pas au beau fixe. Il est troublant que ce départ intervienne peu de temps après ce fameux courrier adressé à divers avocats de parents en litige avec la DGEJ », remarque de son côté Julien Dura. Ce militant vaudois fait référence à une lettre usurpant l’identité de Madame Schick en mars, et qui tentait de mettre ses récipiendaires sous pression. Rappelons que Monsieur Dura préside le Mouvement Parents, Enfants, Jeunesse (MPEJ), lequel fustige régulièrement des « dysfonctionnements de la DGEJ ». D’après nos informations, il semblerait qu’il n’y ait en réalité aucun lien entre les deux évènements. M. Vuissoz était en effet sur le départ de la DGEJ avant cette histoire.
Au sein de cet important service de l’Etat de Vaud, employant quelques 300 fonctionnaires, Monsieur Vuissoz était une figure plutôt appréciée. « Beaucoup d’employés de la DGEJ l’estiment, car il met le bien-être des enfants au centre, quelle que soit la complexité des dossiers, reste au contact du terrain et est à l’écoute. Lui et Madame Schick n’étaient pas sur la même longueur d’ondes et il semblait sous pression depuis longtemps », analysent en substance divers proches de la DGEJ. « De nombreux parents concernés en voulaient cependant à M. Vuissoz de sa mauvaise gestion de leur dossier », tempère de son côté Julien Dura.
Un remplaçant plus consensuel ?
Le fonctionnaire de 58 ans avait été nommé ad interim chef du SPJ, devenu depuis DGEJ, en octobre 2018. C’était suite au renvoi de son prédécesseur-fusible Christophe Bornand, par la conseillère d’Etat socialiste Cesla Amarelle. Le mois précédent en effet, le rapport de l'ancien juge fédéral Claude Rouiller avait révélé que, dans la sordide et médiatique affaire d’un père abuseur, la hiérarchie du SPJ et la justice de paix n'avaient pas tenu compte des signaux alarmant de l'horreur subie par les huit enfants concernés. Frédéric Vuissoz avait été confirmé dans sa fonction en mai 2019.
Le Vaudois connaissait alors déjà bien la « maison ». Il a en effet toujours œuvré dans le domaine de la protection de l’enfant et de l’adulte. Lui-même a été éducateur et assistant social au sein du SPJ. En 2003, il avait même conduit le projet de réorganisation de ce service. Notons aussi qu’il avait dirigé l’Office régional de protection des mineurs (ORPM) de l’Ouest vaudois de 2006 à 2011 puis qu’il fut tuteur général de 2011 à 2018.
En septembre 2020 cependant, Manon Schick, alors médiatique directrice générale d’Amnesty International Suisse, avait été nommée à sa place. L’ancienne journaliste de 51 ans jouit toujours de la confiance de son supérieur hiérarchique, le conseiller d’Etat Vert Vassilis Venizelos. Quant à Frédéric Vuissoz, il avait alors été rétrogradé au poste de numéro 2. Cheffe de l’Office régional de protection des mineurs de Couronne et Gros-de-Vaud, son actuelle remplaçante ad-intérim Judith Bovay, 60 ans et assistance sociale de formation, est également une femme du sérail. Nos contacts la décrivent comme « jouissant d’une personnalité davantage taillée pour suivre Mme Schick dans sa vision ».