ENTRAIDE • En Suisse, deux personnes sur cinq consacrent une partie de leur temps à des activités bénévoles, que ce soit dans les domaines du social, du sport, de la culture ou encore de la vie de quartier. Loin d’être en déclin, cet engagement citoyen évolue pour s’adapter aux nouvelles réalités de la société. Véritable pilier de la cohésion sociale, il demeure pourtant insuffisamment reconnu et valorisé au sein de la société.
A20 ans, Aurélie, résidant à Nyon, a choisi de prendre une pause après l’obtention de sa maturité. «Mais, il n’était pas question de me la couler douce». Animée par l’envie de se rendre utile, elle s’est engagée pendant plusieurs mois auprès d’une association humanitaire active au Burkina Faso. Une expérience qui a renforcé son désir d’aider les autres. Aujourd’hui, elle s’apprête à rejoindre une fondation venant au secours des plus démunis. A l’instar de son ami Lucien, un trentenaire issu du monde de la finance et qui souhaite apporter sa pierre à l’édifice solidaire. Comme Aurélie et Lucien, deux Suisses sur cinq consacrent une partie de leur temps au service des autres. Souvent discret, le bénévolat est pourtant un pilier essentiel de notre société.
Ce lien invisible permet à d’innombrables associations de poursuivre leur mission. Mais qui sont ces altruistes qui font bouillir la marmite sociale, culturelle et sportive de Suisse romande? Leur profil est bien plus diversifié qu’on ne l’imagine. «Il n’existe pas de bénévole type», explique Florence Shih, chargée de projets communication et de promotion chez Bénévolat Vaud, l’association qui soutient vie associative et bénévolat dans tout le canton de Vaud. On y trouve des retraités comme des personnes en activité qui souhaitent donner davantage de sens à leur quotidien.
Les jeunes adultes privilégient souvent des missions ponctuelles, tandis que des personnes en reconversion professionnelle ou en insertion y voient une occasion de développer leurs compétences et d’élargir leur réseau. Pour de nombreux migrants, le bénévolat constitue également un moyen de s’intégrer et de participer activement à la vie de leur communauté.
L’inclure à l’école
Mais cette main-d’œuvre est-elle en train de se réduire comme peau de chagrin? Pas vraiment, répond Bénévolat Vaud. Le phénomène est plus nuancé et d’ajouter: «Nous n’assistons pas à un effondrement, mais à une transformation des formes d’engagement». Si les associations traditionnelles peinent davantage à recruter pour des investissements sur le long terme, l’entraide informelle - entre voisins, lors d’actions ponctuelles - reste, elle, bien vivante. Le véritable défi n’est donc pas le manque de générosité de la population, mais la difficulté à convaincre des personnes dont les emplois du temps sont de plus en plus chargés. Vie professionnelle, familiale et multiplication des loisirs concurrencent temporellement le bénévolat. Et puis, certaines associations peinent encore à adapter leur fonctionnement à ces nouvelles attentes, en proposant des missions jugées trop contraignantes ou trop rigides.
Alors? Comment valoriser cet investissement citoyen? Pour Florence Shih, plusieurs pistes sont à explorer. Elle estime d’abord qu’il serait nécessaire «de mieux reconnaître les compétences acquises sur le terrain, par exemple au moyen d’attestations de bénévolat ou de dispositifs de validation de l’expérience».
La mise en avant dans les médias, ainsi qu’une inclusion plus systématique dans les parcours scolaires et universitaires, figurent également parmi les leviers importants. Et puis, les processus d’entrée dans les associations et le suivi des personnes intéressées devraient être renforcés, afin de ne pas perdre des candidatures en route.
En lien avec la collectivité
De l’autre côté de la Versoix, le constat est sensiblement le même. «Les volontaires sont à l’image de Genève: ils viennent de tous les horizons et de toutes les générations», observe Andrea Quiroga, coresponsable de Bénévolat Genève. Certains sont issus de la Genève internationale et souhaitent intégrer les rangs de la vie locale. D’autres cherchent à développer de nouvelles compétences, à acquérir une première expérience professionnelle ou à maintenir leur employabilité durant une période de recherche d’emploi. Quant aux retraités, ils sont nombreux à vouloir continuer à se sentir utiles, transmettre leur expérience et rester en lien avec la collectivité. Contrairement aux idées reçues - et à l’image du canton de Vaud - le nombre de personnes désireuses de s’investir ne diminue pas réellement. «En revanche, les attentes évoluent», souligne l’organisme genevois. Les recherches s’orientent désormais vers des missions plus ciblées, plus souples et davantage en adéquation avec ses compétences. Le défi n’est donc plus seulement de recruter, mais de proposer des engagements de qualité qui donnent envie de s’investir sur la durée. Cette évolution oblige les associations à revoir leurs pratiques. «Gérer des bénévoles ne s’improvise pas. Il faut savoir écouter, motiver, coordonner et accompagner des personnes aux profils très différents. Il ne s’agit pas là d’une ressource gratuite: c’est une richesse qui nécessite un véritable investissement de la part des associations pour révéler tout son potentiel», rappelle Andrea Quiroga.
Un rôle sous-estimé
Si le bénévolat bénéficie d’une image positive à Genève, sa contribution demeure encore sous-estimée au regard de son impact économique, social et humain. Pourtant, il rend possible une multitude d’actions essentielles au fonctionnement de la société. Comme le souligne la coresponsable de Bénévolat Genève, «mieux reconnaître sa valeur, tant dans les parcours de formation que dans le monde professionnel, c’est aussi affirmer son apport à la collectivité».
Les crises successives ont d’ailleurs mis en évidence le rôle déterminant du tissu associatif, capable de répondre rapidement aux besoins émergents, tout en complétant efficacement l’action des pouvoirs publics. Cette capacité d’adaptation mérite, selon Bénévolat Genève, une place plus importante dans le débat public.
Présents dans les domaines social et sanitaire, auprès des personnes en situation de vulnérabilité, au sein des clubs sportifs, des manifestations culturelles, des projets environnementaux ou encore de la vie de quartier, les bénévoles sont partout. Sans leur engagement, une grande partie de ces activités ne pourrait tout simplement pas exister ou serait considérablement réduite. Sa relative invisibilité nourrit un paradoxe: si son utilité fait largement consensus, son rôle structurant ainsi que l’ampleur des milliers d’heures offertes continuent d’être largement sous-estimés.