«Il fait mieux vivre à Lausanne aujourd’hui qu’il y a vingt ans»

Rédigé par
Fabio Bonavita
Lausanne

BILAN • Après dix ans au Conseil communal, dont un an comme vice-président et quatre ans à la tête du groupe socialiste, Louis Dana vient de céder sa place de président à Mountazar Jaffar. Pour Lausanne Cités, il revient en primeur sur les victoires et les regrets de sa présidence, mais aussi sur les défis qui attendent le nouveau Conseil communal.

Lausanne Cités: Après quatre ans à la présidence du groupe socialiste, quel bilan tirez-vous?
Louis Dana: C’est une fonction aussi passionnante que chronophage. On y apprend beaucoup sur l’humain.

Une fonction de l’ombre aussi, peu connue du grand public?
C’est vrai. Le premier rôle d’un chef de groupe est de préparer l’ordre du jour du prochain Conseil communal. Nous nous réunissons une semaine sur deux pour essayer d’avoir une position claire sur les différents objets qui seront discutés. Même si nous sommes généralement d’accord, les débats ne manquent pas. Le second rôle consiste à tisser des liens avec la Municipalité et les autres partis, mais aussi à répondre aux médias.

Quel est le principal succès obtenu par votre groupe durant votre présidence?
Lorsque les retards pris par le chantier de la gare ont été annoncés, j’ai mis sur pied deux conférences de presse avec les autres partis: la première pour exprimer notre colère, la seconde pour détailler nos revendications. C’était une belle réussite. Cela montre que lorsque les sujets touchent directement les Lausannois, tout le monde est capable de dépasser les clivages partisans. Au final, les CFF et l’OFT ont accepté de financer les aménagements transitoires.

À l’inverse, quel dossier ou quelle bataille politique vous laisse le plus de regrets?
Les retards monumentaux pris dans le développement du Stade de Coubertin. C’était une infrastructure populaire qui permettait notamment de pérenniser Athletissima.

Le groupe socialiste a-t-il réellement pesé sur les décisions prises par la Municipalité durant cette législature? 
Nous avons des réunions régulières avec la Municipalité et nous parvenons souvent à faire entendre notre voix, même lorsque les périodes sont plus tendues. Après, j’ai envie de rappeler que Lausanne attire toujours énormément de citoyens et de visiteurs. Selon moi, on y vit mieux aujourd’hui qu’il y a vingt ans.

La majorité de gauche au Conseil communal est-elle aussi solide qu’elle en a l’air? 
L’entente est relativement bonne. Ensemble à Gauche est toutefois dans une position où il doit faire entendre sa voix en s’opposant à certaines décisions de la Municipalité. Cela se cristallise notamment lors du vote du budget.

La progression de l’UDC et d’Ensemble à Gauche lors des dernières élections communales est-elle un signal que le PS doit prendre au sérieux?
Oui. Il faut entendre ce que la population a à nous dire.

Avec le recul, que feriez-vous différemment comme chef de groupe?
Sur le plan humain, j’aurais peut-être pu écouter encore davantage les autres. Mais j’ai le sentiment que les élus socialistes, et particulièrement les nouveaux venus, ont pu trouver leur place au sein du groupe.

Le Conseil communal de Lausanne fonctionne-t-il efficacement selon vous? 
Il fonctionne efficacement, même si nous arrivons aux limites du système de milice. Être conseiller communal s’apparente aujourd’hui à un emploi à 20%.

Qu’est-ce qui devrait être amélioré?
Il faudrait peut-être prévoir des sessions du Conseil communal en journée, regrouper les séances de commissions, mieux rémunérer les élus et leur donner davantage de ressources en personnel pour les accompagner.

Quelle est la plus grosse différence entre ce que l’on imagine du Conseil communal et sa réalité?
Il y a énormément de décisions sur des sujets importants sur lesquels tout le monde est d’accord, ou presque. Je pense notamment à l’assainissement des bâtiments, à la plantation d’arbres ou aux différents plans d’aménagement du territoire.

Le cliché des conseillers communaux qui passent des heures à décider où mettre un passage piéton est donc assez vrai…
Parfois, oui. Mais le Conseil communal connaît également des discussions longues et très politiques sur des sujets qui montrent des différences de fond entre la droite et la gauche.

Quel dossier devrait, selon vous, être la priorité absolue du nouveau Conseil communal?
Le métro M3. Les travaux doivent commencer durant cette législature.

Lausanne est-elle devenue trop chère pour les familles? Et que peut concrètement faire la gauche face à cette situation?
Les deux problèmes qui touchent le plus les gens sont les loyers et les primes d’assurance maladie. À Lausanne, nous essayons d’agir sur les loyers en menant notamment une politique de rachat d’immeubles afin de proposer des logements à des prix corrects, notamment grâce au droit de préemption. Pour les primes d’assurance maladie, en revanche, ce n’est pas du ressort de la commune.

Quel conseil donneriez-vous à votre successeur Mountazar Jaffar?
Continuer à écouter l’humain et rester attentif aux élus qui ne se sentent pas tout à fait à leur place au sein du groupe socialiste. 

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