AVENIR • Après 46 ans d’histoire, la famille Fleury a décidé de mettre un terme à la publication de l’hebdomadaire Lausanne Cités au 31 décembre 2026. Cette décision intervient dans un contexte économique difficile pour la presse locale. Mais la porte reste toutefois ouverte à d’éventuels repreneurs: des discussions sont d’ailleurs en cours avec de potentiels intéressés.
Pascal Fleury, directeur de Lausanne Cités, explique les raisons de ce choix.
Lausanne Cités: Pourquoi annoncer aujourd’hui que la famille Fleury cessera de publier le Lausanne Cités au 31 décembre?
Pascal Fleury: C’est une décision que nous avons prise après beaucoup de réflexion. Avec Jean-Marie Fleury, son éditeur et créateur, nous avons longuement analysé la situation de nos titres et les perspectives pour les prochaines années. Le constat est malheureusement assez simple: le modèle économique de la presse locale est devenu extrêmement difficile. Le marché publicitaire s’est profondément transformé, alors que les coûts de production et de distribution continuent d’augmenter. Nous ne pouvions pas faire comme si cette réalité n’existait pas. Notre responsabilité est aussi de prendre une décision suffisamment tôt pour éviter de mettre l’entreprise dans une situation financière qui ne lui permettrait plus d’assumer ses obligations.
Mais, avez-vous songé à une reprise du journal?
Nous souhaitons évidemment trouver un repreneur pour Lausanne Cités qui dispose d’une identité forte, d’une histoire et d’un ancrage local qui ont beaucoup de valeur. Nous aimerions trouver un partenaire qui partage cette conviction et qui puisse donner au journal les moyens de poursuivre son développement. Nous avons quelques pistes qui doivent encore suivre leur chemin.
Vous restez néanmoins attaché au modèle de la presse locale?
Plus que jamais, même si son modèle doit évoluer. La force d’un titre comme Lausanne Cités réside dans sa proximité. Nous parlons d’une ville, de ses quartiers, de ses habitants, de ses commerces, de ses associations et de ses entreprises. Cette proximité crée un lien qui n’est pas évident à reproduire avec des médias numériques plus larges. Mais cela ne signifie pas que le papier suffit à lui seul. Un éventuel repreneur devra probablement réfléchir à une combinaison différente entre le journal, le numérique et d’autres formes de contenus.
La famille Fleury est-elle prête à transmettre le titre?
Oui. C’est précisément la réflexion que nous menons aujourd’hui. En tant qu’éditeur, nous sommes attachés à Lausanne Cités, mais nous sommes également conscients qu’un nouveau projet peut avoir besoin d’une nouvelle approche et de nouvelles idées. En cas de reprise, notre rôle serait de permettre une transition dans les meilleures conditions possibles. Si un repreneur sérieux se présente avec un projet viable, la porte est ouverte. Nous examinerons les propositions avec attention.
Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru par Lausanne Cités?
Avec beaucoup de fierté. Le journal a accompagné plusieurs générations de Lausannois. Il a connu des transformations importantes et a toujours essayé de rester connecté à son époque. Il a aussi permis à de nombreux journalistes de faire leurs premières armes et de raconter Lausanne au quotidien. Personnellement, je retiens surtout les rencontres. Un journal local, ce sont avant tout des personnes: celles qui le font, celles qui le lisent, celles qui y annoncent leurs activités ou celles qui acceptent de témoigner. C’est cette dimension humaine qui reste la plus importante.
Quel message souhaitez-vous également adresser aux acteurs économiques de la région?
La presse locale et le tissu économique régional ont besoin l’un de l’autre. Un commerce, une entreprise, une institution ou une association a besoin de visibilité et d’un média capable de toucher directement la population locale. De son côté, un média de proximité a besoin d’un écosystème économique dynamique. Je crois donc beaucoup à cette complémentarité. Un Lausanne Cités renouvelé pourrait renforcer encore ce lien et imaginer de nouvelles offres, de nouveaux formats et de nouvelles manières de mettre en valeur les acteurs de la région.
Vous-même, comment vivez-vous la situation?
Pas très bien évidemment. Il faut toujours garder espoir, nous verrons ce que nous réserve l’avenir.
Lausanne Cités, une belle histoire qui doit continuer
Il y a des décisions que l’on prend avec la raison, mais que l’on ressent avec le cœur. Celle de la famille Fleury de mettre un terme à la publication de Lausanne Cités à la fin de cette année appartient sans aucun doute à cette catégorie. Car, depuis 46 ans, notre hebdomadaire raconte Lausanne. Ses transformations, ses débats, ses succès, ses difficultés, ses habitants. Semaine après semaine, nos journalistes ont poussé les portes des institutions, rencontré les commerçants, donné la parole aux associations, suivi les élus et raconté ces milliers de petites histoires qui, mises bout à bout, dessinent le visage d’une ville.
Aujourd’hui, Lausanne Cités arrive à un tournant. La famille Fleury cherche à passer le relais au 31 décembre, après des décennies consacrées au développement du titre. Cette décision est évidemment chargée d’émotion, mais elle ouvre aussi une réflexion sur l’avenir. Car l’essentiel est là: Lausanne Cités possède toujours une identité forte, un lectorat très fidèle et une place singulière dans le paysage médiatique régional. Dans une époque où l’information est devenue instantanée et parfois déconnectée du terrain, cette proximité avec Lausanne et ses habitants reste une véritable richesse.
Des discussions sont actuellement menées avec plusieurs repreneurs potentiels. Rien n’est encore définitivement arrêté, mais la porte est grande ouverte. Et c’est une perspective qui mérite d’être regardée avec confiance. Une reprise pourrait permettre au journal de se renouveler, d’imaginer de nouveaux formats et de trouver un modèle adapté aux réalités actuelles, sans perdre ce qui fait son identité depuis près de cinq décennies. Un chapitre se termine, mais l’aventure est loin d’être terminée: Lausanne Cités a encore beaucoup de belles pages à écrire...