SÉCURITÉ • Le vol spectaculaire de dizaines de pièces d’or au Musée romain de Vidy en novembre dernier a-t-il servi d’électrochoc? Alors que les musées lausannois renforcent discrètement leurs dispositifs de sécurité, les spécialistes estiment que la menace reste sous-estimée. Entre caméras, alarmes et présence humaine, enquête sur les moyens mis en œuvre pour protéger les trésors lausannois.
«Quelques musées lausannois m’ont demandé des devis pour divers équipements de protection, mais peu en ont acquis, surtout en raison de budgets serrés.» Déjà interrogé par Lausanne Cités fin 2025, Raoul Richiger, CEO de l’entreprise de sécurité Visiotech, constate que la situation n’a pas beaucoup évolué depuis le spectaculaire vol commis au Musée romain de Vidy, en novembre dernier. «J’ai l’impression que d’autres n’ont pas encore pris conscience de l’importance d’une surveillance efficace», poursuit le spécialiste.
Pour lui, la sécurité d’un musée ne peut toutefois pas reposer sur un seul dispositif. «C’est toujours un complément de dispositifs: des effectifs suffisants, des caméras de surveillance et des alarmes reliées à des services d’intervention. Un seul mode ne suffit pas à dissuader».
La présence humaine permet notamment de réagir rapidement à une situation inhabituelle, tandis que les systèmes techniques doivent détecter une intrusion et donner l’alerte. Selon les contrats établis, ce sont ensuite des services de sécurité privée ou les polices officielles qui interviennent en première ligne.
Plus de gardien en solo
Côté sécurité, force est toutefois de constater que le silence règne dans le milieu culturel. Après le vol de plusieurs dizaines de pièces d’or au Musée romain de Vidy, les institutions se montrent particulièrement prudentes lorsqu’il s’agit de détailler les mesures prises. Une discrétion compréhensible: révéler les failles ou les dispositifs précis d’un établissement pourrait faciliter la tâche de personnes mal intentionnées.
Avec ses trois établissements - le Musée romain de Vidy, la Collection de l’Art Brut et le Musée historique de Lausanne -, la Ville de Lausanne a néanmoins engagé différentes mesures urgentes afin de renforcer la protection du personnel, du public et des collections. Une réaction directement liée à l’événement de novembre dernier.
«Nous avons procédé à une réévaluation globale des risques au sein de ces établissements, précise Isabelle Gattiker, cheffe du Service de la culture. Nous avons ainsi renforcé les effectifs afin qu’aucun agent ne soit jamais amené à travailler seul». Une mesure qui peut sembler basique, mais qui constitue un changement concret dans l’organisation quotidienne des musées. La présence de plusieurs personnes permet notamment de mieux réagir en cas d’incident et d’éviter qu’un seul collaborateur ne se retrouve isolé face à une situation potentiellement dangereuse. La Ville ne souhaite pas détailler les autres moyens mis en place, afin d’en préserver l’efficacité. «Des mesures plus structurelles seront déployées dans les mois à venir, sur la base d’une analyse globale menée dans tous les musées municipaux», poursuit Isabelle Gattiker. La sécurité devrait donc continuer à évoluer au cours des prochains mois, à la lumière de l’évaluation des risques menée dans les différents établissements.
Des dispositifs qui évoluent
Pour ce qui relève des musées cantonaux, dont fait partie le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire installé au Palais de Rumine, le discours est similaire. «Les institutions appliquent des dispositifs sécuritaires conformes aux standards professionnels, avec des mesures en constante adaptation et régulièrement renforcées», explique Diana Pétament Martinez, responsable de la communication à la Direction générale de la culture.
Là aussi, une certaine confidentialité est respectée. Le Canton de Vaud affirme toutefois miser sur plusieurs dimensions complémentaires pour protéger les biens culturels placés sous sa responsabilité: les moyens techniques, l’organisation et les ressources humaines. Cette stratégie est menée en étroite collaboration avec les institutions concernées, mais aussi avec les polices cantonales et municipales.
«Le vol survenu à Vidy démontre que les collections patrimoniales constituent des cibles potentielles et que les formes de criminalité évoluent», relève Diana Pétament Martinez. Une évolution qui oblige les institutions à régulièrement réévaluer leurs dispositifs. Les musées ne sont en effet plus seulement confrontés aux risques traditionnels de dégradation ou de vol opportuniste. Certaines pièces, en particulier lorsqu’elles sont constituées de métaux précieux ou présentent une forte valeur sur le marché clandestin, peuvent attirer des groupes organisés.
Plus spécifiquement, Plateforme 10, qui regroupe près de la gare le Musée cantonal des Beaux-Arts, Photo Elysée et le mudac, constitue l’un des principaux pôles culturels du canton. Des milliers de visiteurs s’y rendent chaque année et des œuvres de grande valeur y sont régulièrement exposées. Mais impossible d’en savoir davantage sur les moyens de protection mis en place. «En tant qu’institutions publiques, nous ne communiquons pas sur les questions relatives à nos dispositifs de sécurité», explique Florence Dizdari, coordinatrice presse et communication de Plateforme 10. Une position que l’on retrouve dans de nombreux établissements culturels.
Prudence
Plus un système de sécurité est détaillé publiquement, plus il risque de devenir une source d’informations pour d’éventuels cambrioleurs.
Même prudence du côté de la Fondation de l’Hermitage, près de Sauvabelin. La magnifique bâtisse est actuellement fermée pour une rénovation complète et ne rouvrira qu’à l’automne 2027. Elle n’est donc pas concernée par les mesures prises dans l’immédiat. Mais sa chargée de communication, Cassandre Berdoz, estime que «communiquer sur les systèmes de sécurité pose justement un problème de sûreté».
En attendant d’y voir plus clair, le visiteur peut constater une chose: la plupart des musées lausannois ne ressemblent pas aux forteresses que l’on peut parfois découvrir dans certaines grandes institutions européennes. Pas de contrôle systématique des sacs à l’entrée, pas de fouilles généralisées, pas de portiques visibles dans tous les établissements.
Un coût au détriment du reste
Cette discrétion ne signifie évidemment pas que les collections sont laissées sans protection. Caméras, alarmes, procédures internes, contrôle des accès et présence humaine peuvent être combinés de manière à protéger les œuvres sans transformer chaque visite en passage à la douane. Une équation délicate pour des institutions culturelles qui doivent déjà composer avec des budgets limités. Car renforcer la sécurité coûte cher, et dans un musée, chaque franc investi dans une caméra, une alarme ou un agent supplémentaire est un franc qui ne sera pas consacré à une exposition, à la médiation ou à la conservation…