HOMMAGE - Ami de très longue date de Daniel Brélaz, le cinéaste Philippe Nicolet consacre un film biographique au célèbre politicien décédé en décembre dernier. Entre grands instants de sa vie politique et moments d’intimité, l’ancien syndic de Lausanne s’y dévoile comme jamais.
Lausanne Cités:Comment est venue l’idée d’un projet de film consacré à Daniel Brélaz?
Philippe Nicolet: Depuis l’âge de 26 ans, je réalise des interviews de personnalités qui jouent un rôle important dans la société, en me disant qu’un jour je les restituerai aux historiens. Le principe cardinal, c’est le temps long afin de permettre aux interviewés de s’exprimer avec le plus de précision possible. Brélaz fait partie de ces personnalités et au fil du temps, en 46 ans, j’ai accumulé plus d’une cinquantaine d’heures d’interviews avec lui et avec toujours chez lui, cette qualité très rare: jamais de favoritisme, de lobbying ou de censure avec les journalistes.
Des interviews filmées, soit, mais un film biographique?
À cause des diverses facettes du personnage, qui m’ont toujours fasciné! En plus, à travers les rencontres avec lui, j’ai souvent été à la fois aux premières loges de grands événements politiques mais aussi d’événements privés comme des anniversaires, car au fil du temps, il était devenu un ami.
Vous vous considérez donc comme son ami?
Absolument, et réciproquement, même s’il n’était pas du tout quelqu’un dans l’affect ou du genre à faire des compliments. Avec lui et je peux dire grâce à lui, j’ai fait bien plus de choses que des interviews et il m’a toujours soutenu dans toutes mes initiatives, avec une loyauté totale et indéfectible. Je savais la valeur de notre amitié car il était partant pour tout ce que je lui proposais: il a par exemple été la première personne que j’ai filmée en 3D, il y a bien longtemps.
En plusieurs décennies, vous avez interviewé une très large panoplie de personnalités, souvent très hautes en couleurs. En quoi Brélaz était-il différent?
Incontestablement, c’était une personnalité hors norme. Tant dans sa manière de gérer la politique que dans ses rapports d’amitié. Certes, il connaissait sa valeur de politicien, mais il ne se prenait jamais au sérieux et ne se la pétait jamais.
Quelle était sa principale qualité?
Il en avait énormément et qui m’intéressaient beaucoup, dont l’une des plus importantes pour moi est d’avoir été un vrai visionnaire. J’avais 11 ans en 1964 lors de l’Exposition universelle de Lausanne lorsque mon père m’a dit: «tu verras, la pollution va devenir un tel problème que des mouvements politiques vont se créer autour de la cause environnementale!». Visionnaire, Brélaz l’était donc, puisqu’il a été en 1979, le premier politicien écologiste au monde à avoir été élu dans un Parlement national! Sans parler bien sûr de la suite de son action et de son engagement, lui qui s’intéressait également à bien plus de choses que la politique ou l’environnement.
Était-il au courant de ce projet de film?
Bien sûr. Il y a déjà une quinzaine d’années, je lui avais lancé: «Un jour je ferai un film sur toi!». Il a tout de suite dit OK, sans discuter.
De quinze ans à aujourd’hui, il y a un bail. Comment le projet est-il revenu au goût du jour?
En mars 2025, de retour en voiture de l’assemblée de fondation de l’association Vita Sumus (dont l’objectif est de conserver et mettre à disposition des historiens et du public des témoignages filmés de personnalités marquant leur époque, ndlr), je lui en ai reparlé. C’est reparti comme cela, en ajoutant au matériel issu des interviews déjà réalisées, un tournage de conclusion, dans lequel je lui ai demandé d’esquisser un bilan de son action. Aujourd'hui après son décès, cela prend l’allure d’une sorte de testament, qui plus est assorti d’une conclusion tout à fait dans le style Brélaz (rires).
A-t-il pu le visionner?
Hélas non, le montage a été effectué après son décès.
« Le géant vert », un film de Philippe Nicolet. En collaboration avec l’association Vita Sumus, la Ville de Lausanne convie la population à découvrir le film le lundi 7 septembre 2026 à 18h45 au Casino de Montbenon (salle Paderewski, ouverture des portes à 18h15). Entrée libre sur réservation www.lausanne.ch/legeantvert. Le film sera également diffusé en prime time le samedi 12 septembre sur la chaîne La Télé.
Pour visionner la bande-annonce du film cliquer ici.