Canicule: les hôpitaux 
mis à rude épreuve

Rédigé par
Charaf Abdessemed
Société

CLIMAT • En raison de son coût écologique et financier, ainsi que des risques sanitaires qu’elle peut induire, la climatisation est en règle générale réservée aux sites de soins critiques. Rafraîchissement centralisé, zones de fraicheur et ventilateurs sont privilégiés pour faire face aux pics de canicule, d’autant plus péniblement ressentis quand les bâtiments sont anciens. 

Avec des pics de température à 35, 36, voire 38°, les hôpitaux souffrent. En période de canicule en effet, les appareils, forts nombreux, mais aussi le personnel et les patients des hôpitaux sont soumis à rude épreuve. De fait, maintenir une température acceptable au sein des différents locaux hospitaliers représente autant une nécessité qu’un défi considérable, auquel aussi bien le CHUV avec ses 1432 lits et les HUG avec leurs 2100 lits n’échappent pas. 
Pour les deux plus grands hôpitaux romands, l’enjeu ne réside pas tant dans les édifices récents, que dans les bâtiments anciens, construits pour certains il y a plusieurs décennies. Les édifices de construction récente, bâtis selon les normes actuelles, bénéficient en effet tous de système de refroidissement via des systèmes centraux intégrés, qu’il s’agisse de dispositifs de climatisation ou de rafraîchissement. Pour rappel, la climatisation implique le maintien d’une température fixe quelle que soit la température extérieure, tandis que le rafraîchissement vise à maintenir une différence de sept degrés entre la température extérieure - lorsqu’elle dépasse un certain seuil -, et la température intérieure.
«Nos nouveaux bâtiments bénéficient d’un rafraîchissement tel que prévu par les règles étatiques, explique-t-on du côté du CHUV. Cela permet un meilleur confort avec une sensation plus agréable tout en évitant la surconsommation énergétique». 
Risques bactériens
L’autre raison pour laquelle le rafraîchissement est souvent privilégié est que la climatisation véhicule plus volontiers des bactéries. «Pour pouvoir mettre en place la climatisation dans une chambre, il faut tenir compte des infrastructures disponibles, ainsi que du risque de bactéries dans les climatiseurs individuels, explique le Service des médias des HUG. Bien entendu, certaines unités de soins sont systématiquement rafraîchies ou climatisées, par exemple les soins intensifs adultes, les salles de consultation et d’examens en pédiatrie, les blocs opératoires, la médecine de premier recours, l’oncologie et les services des urgences etc.». 
Reste l’épineuse problématique des bâtiments anciens, où la température peut atteindre des sommets, selon les témoignages que nous avons recueillis, aussi bien de la part de patients des HUG que du CHUV. «Un certain nombre de bâtiments anciens, comme certains bâtiments de Belle-Idée par exemple, ne peuvent actuellement pas être rafraîchis ou climatisés par des dispositifs centraux, du fait des normes cantonales» précisent ainsi les communicants des HUG.
Dans ces cas-là, la mise à disposition de zones de fraîcheur, qui existent également dans les édifices récents, revêt une importance encore plus cruciale pour les patients. Et dans les cas les plus extrêmes, particulièrement lors d’épisodes de canicule, une adaptation est prévue dans les chambres où la température est difficilement maîtrisée. «Le CHUV distribue des ventilateurs aux patients qui ne sont pas hospitalisés dans des chambres climatisées, ainsi des boissons isotoniques, explique son service de communication. Par ailleurs, les processus de soins sont adaptés en conséquence».
Lever le tabou de la clim
«C’est certain, avec les canicules, certaines zones sont très difficiles à rafraîchir avec un impact à la fois sur les patients mais aussi sur le personnel, constate le Service des médias des HUG. Mais les HUG font tout ce qui est en leur pouvoir pour améliorer le confort de tous». 
Reste qu’en dépit de toute la bonne volonté exprimée, avec le réchauffement climatique et la multiplication des épisodes de canicules aussi bien en fréquence qu’en intensité, la problématique du contrôle des températures dans les hôpitaux risque de se poser avec bien plus d’acuité dans les années à venir.  
Infirmier de profession, le conseiller national zurichois Patrick Hässig a ainsi appelé à lever, dans un entretien au média alémanique «Schweiz heute», le «tabou de la climatisation»: «Toutes les climatisations ne sont plus, aujourd'hui, des ennemies de l’environnement, et combinées à d’autres mesures comme la végétalisation, ou l’installation de dispositifs d’ombrage, elles font partie de la solution», a-t-il déclaré, déplorant que le personnel soignant soit contraint «d’improviser en utilisant des ventilateurs, des linges rafraîchissants, des stores fermés et une aération matinale des locaux».

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