HISTOIRE - L’avenue du 16 mai, autrefois présente à Lausanne et à Pully, ne dit plus grand-chose à la plupart des habitants. Peu savent quel événement historique elle commémorait, à quelle année elle renvoyait, ou même où se trouvait cette rue, débaptisée après la Seconde Guerre mondiale.
Que s’est-il passé ce 16 mai 1920? La Suisse votait pour accepter d’entrer dans la SDN, la Société des Nations. Décision importante dans l’immédiat après-guerre. Elle devait apporter un instrument de conciliation et de régulation pour promouvoir et garantir la paix.
La Suisse faisait voter ses citoyens hommes, et ses 22 cantons. Avec des clivages entre ses régions linguistiques, le résultat s’annonçait incertain. La campagne dans le canton de Vaud a été intense. Il s’agissait de mobiliser les électeurs pour contrebalancer les oppositions prévisibles en Suisse alémanique.
Et le résultat a été impressionnant. Près de 93% d’approbation des Vaudois, avec une participation exceptionnelle d’environ 70%. Bref, les forces politiques qui avaient soutenu le «Oui» étaient fières de leur succès, particulièrement dans le canton de Vaud.
Aucune opposition
La Municipalité de Lausanne décide alors de marquer l’événement en donnant cette date du 16 mai comme nom à une rue. Le municipal en charge de la Police propose de choisir «soit la rue Neuve dont le nom actuel n’a plus sa raison d’être, soit la nouvelle route Mont-Choisi – Pully qui n’a pas encore été baptisée». Il est décidé que ce serait cette nouvelle route dont le prolongement sur Pully est alors en construction, et qu’il faudrait proposer à cette commune d’adopter le même nom. Les enquêtes publiques sont ouvertes sans soulever d’opposition.
Pully a bien proposé d’ajouter 1920, «pour que le souvenir de cette date historique soit plus précis pour la génération future qui pourrait l’oublier», mais Lausanne a refusé «pour ne pas alourdir le texte des indicateurs qui seront placés à cette avenue».
En août, les Municipalités peuvent adopter définitivement ce nom d’ «avenue du 16 mai» et baptiser leur route, de part et d’autre de la Vuachère qui marque la limite entre les communes. Pourquoi cette dénomination du «16 mai» a-t-elle disparu? On pourrait penser que l’impuissance de la SDN, dans les années trente, à éviter les conflits puis la Seconde Guerre Mondiale, est la cause du changement de nom de cette avenue intercommunale; il n’en est rien. Les dossiers des Archives de la Ville de Lausanne montrent qu’un conflit entre les deux communes s’est ouvert à propos de la numérotation des bâtiments, et qu’il ne va pas trouver de résolution, même avec la conciliation du Préfet. La règle veut que la numérotation d’une rue commence depuis le centre de la commune, avec à droite les numéros pairs et à gauche les numéros impairs.
Hommage à Ramuz
Une lettre d’une société de développement de Pully, en 1946, illustre ce problème: «L’avenue du 16 mai se compose de deux tronçons. L’un, situé sur la commune de Lausanne, a une numérotation des immeubles avec son origine à l’ouest et les numéros pairs du côté sud et les numéros impairs du côté nord.
L’autre, situé sur la commune de Pully, à une numérotation des immeubles avec son origine à l’est et les numéros pairs du côté nord et les numéros impairs du côté sud. Allant de Lausanne en direction de Pully sur le trottoir nord, nous rencontrons donc les numéros 1, 3, 5, 7, puis 98, 96, etc.». Les livreurs et les visiteurs ne s’y retrouvent pas. Il faut dire que sur Lausanne, le tronçon est très court (environ 200 m et quatre numéros d’immeuble), alors qu’à Pully l’avenue a été prolongée à deux reprises, pour rejoindre le centre de Pully.
Il est demandé que Lausanne accepte de numéroter ses bâtiments dans le prolongement de la numérotation de Pully… ce que Lausanne refuse! Malgré diverses propositions, avec l’accord des propriétaires des quatre immeubles concernés, la meilleure solution en 1946 pour Lausanne est de considérer son tronçon comme le prolongement de l’avenue de Montchoisi (oui, ce nom a varié avec le temps!) et d’abandonner le nom de «16 mai». Seul un propriétaire écrira: «l’appellation avenue du 16 mai doit retomber dans le néant historique -si vous me permettez cette légère ironie - d’autant plus qu’il est assez improbable que l’entrée de la Suisse dans l’ONU coïncide exactement avec le fameux 16 mai de la défunte SDN... !» Laissée seule avec la dénomination du «16 mai», Pully lui donnera le nom d’«avenue C.-F. Ramuz» l’année suivante, en 1947, au décès du grand écrivain qui habitait la commune depuis 1930.