«La place de la Sallaz est en train de devenir une nouvelle Riponne»

Rédigé par
Charaf Abdessemed
Lausanne

NUISANCES • Toxicomanes, incivilités, sentiment d’insécurité, la place de la Sallaz est dans la tourmente, au point que des habitants ont adressé un courrier aux autorités pour exprimer leur inquiétude. La Ville, qui a déjà déployé une batterie de mesures, plaide la nécessité d’un travail sur le long terme.

C’est un post qui au cœur de cet été sur instagram, a suscité un buzz inattendu, avec plus de 30’000 vues en un rien de temps. Depuis, il a été retiré devant les réactions qu’il a suscitées. Dépassé par la vague, son auteur a souhaité en effet calmer le jeu. Son objectif? Dénoncer la situation qui prévaut à la place de la Sallaz, en proie à une dégradation inédite, et accusée de «devenir une nouvelle Riponne». 
«Profondément inquiétant»
Contacté par Lausanne Cités, il s’en explique: «Depuis que des mesures ont été prises à la Riponne, j’ai le sentiment que les nuisances se sont déplacées à la Sallaz et c’est dommage. Cette belle place, dont on est censé pouvoir profiter après des années de travaux, est envahie chaque jour par une cinquantaine de toxicomanes, avec les dealers qui gravitent autour. Des femmes ont reçu des insultes et moi-même j’ai vu quelqu’un sniffer de la coke au su et au vu de tout le monde». Un autre habitant, qui s’est fendu d’un mail à la Municipalité pour dénoncer lui aussi la situation confirme: «C’est en effet profondément inquiétant et je ne laisse plus mes enfants sortir seuls, pour ne pas les exposer à des comportements inacceptables. J’ai dû intervenir plusieurs fois pour tenter au moins de limiter les nuisances sonores, liées aux inévitables disputes qui surviennent entre des personnes droguées ou avinées. Beaucoup d’habitants partagent et déplorent ce sentiment d’insécurité et de ras-le-bol».
Véritable carrefour de quartier au nord-est de Lausanne, voulue comme une «zone de rencontre», la place de la Sallaz a été réaménagée en 2016 après dix ans de travaux et plus de 40 millions de francs d’investissements. Très fréquentée en journée, elle conjugue une vie de quartier où le voisinage se retrouve volontiers pour profiter des cafés, boulangeries, et commerces, et un important flux de passants en raison de la station de métro M2 et des nombreuses lignes de bus qui s’y croisent. «C’est vraiment dommage, c’est devenu un quartier plutôt résidentiel où vivent de nombreuses familles, avec des enfants, des écoles et des retraités. C’est pour cela que nous appelons les autorités à agir rapidement par des mesures concrètes pour tenter de remédier à la situation».  
«Un travail sur le long terme»
La Municipalité, de son côté, confirme être pleinement consciente du fait que la «situation n’est satisfaisante ni pour les habitantes, habitants, ni pour les commerçantes et commerçants du quartier de la Sallaz», défendant cependant la nécessité d’un «travail (qui) s’effectue sur le long terme». «La Ville de Lausanne prend très au sérieux les remarques et inquiétudes formulées par les habitantes et habitants du quartier de la Sallaz. Elle met tout en œuvre pour diminuer les nuisances qui touchent la population, même si les retours des équipes de terrain sont nuancés, la place étant globalement plutôt calme en journée, explique David Rodriguez, conseiller en communication de la Direction de la sécurité et de l’économie. Dans cette optique, elle promeut son dispositif d’urgence sociale qui va régulièrement à la rencontre des personnes marginalisées, afin de leur proposer un soutien et un dispositif d’hébergement d’urgence. Cependant, certaines personnes, pour des raisons qui peuvent être liées à leur état de santé, leur situation personnelle ou à la perception des structures existantes, refusent parfois les solutions qui leur sont proposées. Cette réalité limite les possibilités d’intervention immédiate».
En tout état de cause, la situation est suivie de très près dans le cadre d’une cellule de coordination réunissant la police municipale qui demeure en contact régulier avec tous les acteurs de la place, l’Office du médecin cantonal, le Service de médecine des addictions du CHUV (et son unité de maraudes), l’Équipe sociale de rue de la Ville, l’association de pairs aidants SYSTMD ainsi que les Correspondantes de nuit. 

Que faire en cas d’urgence?

La Ville de Lausanne rappelle cependant qu'en cas de situation urgente, notamment de consommation de stupéfiants dans des lieux fréquentés par des enfants (écoles, places de jeux, etc.), il convient de contacter immédiatement le 117. Pour les situations nécessitant une intervention sociale, l'Équipe sociale de rue est joignable du lundi au samedi, de 9h à 20h, au 079 340 21 18 ou par courriel à l'adresse sispequiperue@lausanne.ch. Si aucune réponse n'est obtenue immédiatement, un message peut être laissé et un suivi sera assuré. «Les habitants sont également invités à signaler toute nouvelle situation préoccupante afin qu'elle puisse être prise en compte» ajoute la Municipalité. 

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