GROGNE • Le tout nouveau quartier situé au sud de la gare de Prilly-Malley est habité depuis plus de six mois, mais logements et locaux commerciaux ne correspondent pas à ce qui avait été promis. Pire, certains sont quasiment invivables. Reportage.
Cela fait environ six mois que les premiers habitants des tours de Central Malley ont pris leurs quartiers dans leurs logements. Et a priori, les tours sud du tout nouveau quartier de Prilly-Malley semblent bel et bien terminées: échafaudages enlevés, balcons aménagés et lumières nocturnes.
De loin, elles ont donc l’air rutilantes, ces nouvelles tours, propriétés de CFF immobilier. Même les plus sceptiques s’accordent à dire que leur architecture n’est finalement pas si déplaisante. Sauf que dorénavant, les voix contestataires viennent de l’intérieur.
Trop froid ou trop chaud
Fours et lave-vaisselle hors-service, vitrages présentant des rayures, ascenseurs imprévisibles, parquets tachés, portes d’entrées capricieuses, eau chaude inexistante: la liste des défauts constatés par les habitants est longue.
«Ils ont eu trois mois de retard dans les travaux, et on sentait qu’ils étaient pressés à la fin, se souvient Philippe*, un des locataires. Il y a beaucoup de défauts esthétiques qui n’ont pas été corrigés avant les livraisons et les appartements étaient dans un mauvais état». Sa voisine, Joséphine*, ajoute:«L’état des lieux était catastrophique, il y avait des traces d’urine sur les WC, de la poussière. Nous avons dû nettoyer en arrivant. Et pendant longtemps, il y a eu une énorme odeur d’égoûts en provenance des WC».
Un défaut dans l’aération et le système de chauffage a également conduit à des températures en dessous des quinze degrés pendant les mois d’hiver, alors qu’avec l’arrivée de l’été, elles peuvent dorénavant monter jusqu’à près de 30 degrés dans les logements.
Zone commerciale condamnée
Sans compter que le système de badges dans les ascenseurs, censé permettre d’augmenter la sécurité en ne laissant que les habitants monter à leur étage, ne fonctionne que de manière aléatoire.
«Nous avons le même problème avec la porte d’entrée, continue Joséphine. Quelques fois, le lecteur n’a pas reconnu notre badge et nous sommes restés coincés dehors». Dernière mésaventure en date pour un grand nombre d’habitants: posées début juin, près de six mois après les emménagements, les plaquettes de noms à l’entrée sont erronées et ne pourront être changées qu’aux frais des locataires.
À l’extérieur non plus, la situation n’est pas réglée avec un chantier qui s’éternise: l’accès aux bâtiments est difficile entre les échafaudages, et les parkings pas encore accessibles. L’entrée sud de la gare de Prilly-Malley est par ailleurs encore condamnée, forçant les piétons à faire le tour via l’avenue du Chablais.
Une situation inconfortable pour les habitants, et invivable pour les commerçants. «Les clients doivent traverser un chantier pour atteindre notre magasin, raconte l’un d’entre eux. Cela a un impact très négatif sur la fréquentation. En outre, à cause de la poussière générée par les travaux, ma boutique donne une impression de saleté!» Tous les commerçants rencontrés partagent en outre la même expérience: pas de chauffage en hiver, accès impraticable pour les clients et baisse du chiffre d’affaires dû au manque de passage. La plupart des personnes interrogées se montrent néanmoins pragmatiques: elles accepteraient ces désagréments, inhérents à la mise en service de nouveaux bâtiments, à condition d’être entendues. Mais ce n’est pas le cas.
Tickets
Un système de tickets a ainsi été mis en place: les victimes de dysfonctionnements techniques sont invitées à envoyer un ticket via une plateforme de CFF immobilier. «À chaque fois, on nous dit que notre ticket a été transféré et ils clôturent le cas», déplore Maurice*. Les méthodes de prise de contact - quand celui-ci a lieu -, s’avèrent aussi parfois curieuses: «On m’a appelé avec un numéro masqué un mercredi. J’étais en séance. Ça a sonné cinq secondes, je n’ai pas réussi à répondre à temps, et impossible de savoir où rappeler. Quelques minutes après, j’ai reçu un mail m’expliquant que, n’ayant pas réussi à me joindre, ils clôturaient le ticket. Merci, au revoir».
De son côté, Jean-Philippe Schmidt, porte-parole chez les CFF, tient à nuancer les critiques: «Notre système consiste à prioriser les interventions et à déterminer si elles doivent être prises en charge par notre service de gérance, notre service exploitation ou par l’équipe projet. Nous garantissons que les appartements ont été livrés avec un très bon niveau de finition. Un processus qualité strict a été mené. Les plaintes reçues concernent principalement la durée des interventions chez certains locataires. Malgré nos contrôles rigoureux, quelques retouches peuvent s’avérer nécessaires». Mobilisés sur un groupe WhatsApp, habitants et commerçants ne comptent cependant pas s’arrêter là. Dernièrement, une circulaire anonyme a été déposée dans les boîtes aux lettres appellant à remplir un questionnaire pour «documenter ensemble ce qui se passe dans l’immeuble»...
* prénoms fictifs
Quels droits pour les locataires?
Quels droits les locataires peuvent-ils faire valoir? Xavier Rubli, avocat spécialiste en droit du bail et président de l’Asloca Régions, nous éclaire.
Lausanne Cités: Êtes-vous surpris par le nombre de doléances des habitants de Central Malley?
Xavier Rubli:C’est une situation assez classique, particulièrement quand il s’agit de nouveaux bâtiments Minergie avec des problèmes de température. Ces bâtiments sont tellement bien isolés que l’aération ne fonctionne pas bien. Mais dans ce cas précis, il y a manifestement ce que l’on appelle un «défaut de la chose louée» et c’est au propriétaire, en l’occurrence CFF immobilier de faire le suivi des défauts.
Quels sont les droits que les locataires peuvent faire valoir?
Ils ont le droit de s’attendre à ce que les défauts soient réparés et d’obtenir potentiellement des réductions de loyer. Ils ont aussi la possibilité de consigner leur loyer pour leur mettre la pression.
Que conseillez-vous aux locataires?
Il est essentiel qu’ils gardent une trace écrite de leurs plaintes. Ils peuvent prendre des photos ou des vidéos de manière régulière.