«Ce serait le retour aux années noires de la dette»
Lausanne Cités:Pourquoi êtes-vous opposé à l’initiative des 12% et quel est, selon vous, son principal danger?
Benoît Gaillard: Il faut regarder comment les 300 millions de baisse sont distribués. Il y a d’abord 100 millions de baisse sur la fortune, concentrés sur les 10% des plus grosses fortunes du canton. La baisse de (seulement) 5% de l’impôt sur le revenu, elle, représente quelques francs par mois pour une famille avec un revenu standard. Mais un célibataire avec un revenu de 450’000 francs bénéficiera d’un allègement de 4000 francs par an. Qui peut vouloir répartir l’argent comme ça?
Redonner du pouvoir d’achat aux contribuables, ça ne vous convainc pas?
Si on gagne quelques dizaines de francs d’impôt, mais que derrière l’abonnement de bus est plus cher, qu’il y a moins de places en crèche, que les subsides LAMal baissent, les classes moyennes y perdent.
Concrètement, que risquerait de perdre le canton de Vaud si l’initiative était acceptée?
Cette année, le canton fait un déficit de 790 millions. Heureusement, il y a des réserves. Mais avec l’initiative, une fois les réserves épuisées, le déficit dépasserait le milliard! Ce serait le retour aux années noires de la dette.
Les défenseurs de l’initiative estiment que l’État peut faire des économies. Où situez-vous la limite entre économies possibles et prestations publiques menacées?
On peut toujours travailler de manière moins bureaucratique. Mais il y aura quand même besoin de plus d’EMS et de soins à domicile, de plus de reconversions professionnelles pour les gens qui travaillent, de plus de protection de l’environnement. Ce n’est pas le moment de tailler à la hache.
Cette initiative concerne directement les impôts cantonaux, mais quelles pourraient être ses conséquences pour les communes?
En cas de difficulté financière, l’État peut remettre en cause son accord avec les communes. Elles y perdront des dizaines de millions, et réduiront leurs prestations… ou augmenteront leurs impôts. D’ailleurs, l’Union des communes vaudoises dit non.
En parlant de baisse des prestations publiques, vous voulez faire peur aux électeurs?
300 millions, c’est le budget de la sécurité vaudoise. 300 millions, c’est 3000 postes d’aides-soignantes. Le sport aussi est menacé: Sport Vaud, qui représente le sport associatif, recommande de refuser l’initiative.
Les contribuables vaudois paient-ils aujourd’hui trop d’impôts, ou le problème est-il ailleurs?
Des mesures ont été prises: la déduction pour frais de garde à 15’000 francs, la déduction pour prime maladie à 9600 francs pour un couple. Et une baisse de 7% de l’impôt sur le revenu est actée. Mais il faut aussi regarder ce que financent les impôts. Nous avons des transports publics 20% moins chers qu’à Zurich. Nous menons une politique de soutien aux entreprises industrielles. Pour ça, il faut des moyens suffisants.
Si l’initiative est refusée, que faudrait-il faire en priorité pour améliorer le pouvoir d’achat des Vaudois sans fragiliser les finances publiques?
Il faut d’abord faire baisser les loyers, en appliquant mieux la loi, et modérer les prix des logements en propriété, en chassant de ce marché les fonds immobiliers multinationaux. Et puis agir sur les primes maladie en freinant les profits et les salaires excessifs sur le dos des assurés.