Initiative 12%: le face-à-face lausannois

Rédigé par
Fabio Bonavita
Lausanne

VOTATION • Faut-il accepter l’initiative des 12% soumise au vote le 27 septembre prochain? Olivier Feller (PLR), qui la défend, et Benoît Gaillard (PS), qui la combat, confrontent leurs arguments sur cette baisse d’impôts, son impact sur le pouvoir d’achat et ses conséquences pour les finances publiques vaudoises.

«Ce serait le retour aux années noires de la dette»

Lausanne Cités:Pourquoi êtes-vous opposé à l’initiative des 12% et quel est, selon vous, son principal danger? 
Benoît Gaillard: Il faut regarder comment les 300 millions de baisse sont distribués. Il y a d’abord 100 millions de baisse sur la fortune, concentrés sur les 10% des plus grosses fortunes du canton. La baisse de (seulement) 5% de l’impôt sur le revenu, elle, représente quelques francs par mois pour une famille avec un revenu standard. Mais un célibataire avec un revenu de 450’000 francs bénéficiera d’un allègement de 4000 francs par an. Qui peut vouloir répartir l’argent comme ça?

Redonner du pouvoir d’achat aux contribuables, ça ne vous convainc pas? 
Si on gagne quelques dizaines de francs d’impôt, mais que derrière l’abonnement de bus est plus cher, qu’il y a moins de places en crèche, que les subsides LAMal baissent, les classes moyennes y perdent.

Concrètement, que risquerait de perdre le canton de Vaud si l’initiative était acceptée? 
Cette année, le canton fait un déficit de 790 millions. Heureusement, il y a des réserves. Mais avec l’initiative, une fois les réserves épuisées, le déficit dépasserait le milliard! Ce serait le retour aux années noires de la dette.

Les défenseurs de l’initiative estiment que l’État peut faire des économies. Où situez-vous la limite entre économies possibles et prestations publiques menacées? 
On peut toujours travailler de manière moins bureaucratique. Mais il y aura quand même besoin de plus d’EMS et de soins à domicile, de plus de reconversions professionnelles pour les gens qui travaillent, de plus de protection de l’environnement. Ce n’est pas le moment de tailler à la hache.

Cette initiative concerne directement les impôts cantonaux, mais quelles pourraient être ses conséquences pour les communes? 
En cas de difficulté financière, l’État peut remettre en cause son accord avec les communes. Elles y perdront des dizaines de millions, et réduiront leurs prestations… ou augmenteront leurs impôts. D’ailleurs, l’Union des communes vaudoises dit non.

En parlant de baisse des prestations publiques, vous voulez faire peur aux électeurs? 
300 millions, c’est le budget de la sécurité vaudoise. 300 millions, c’est 3000 postes d’aides-soignantes. Le sport aussi est menacé: Sport Vaud, qui représente le sport associatif, recommande de refuser l’initiative.

Les contribuables vaudois paient-ils aujourd’hui trop d’impôts, ou le problème est-il ailleurs? 
Des mesures ont été prises: la déduction pour frais de garde à 15’000 francs, la déduction pour prime maladie à 9600 francs pour un couple. Et une baisse de 7% de l’impôt sur le revenu est actée. Mais il faut aussi regarder ce que financent les impôts. Nous avons des transports publics 20% moins chers qu’à Zurich. Nous menons une politique de soutien aux entreprises industrielles. Pour ça, il faut des moyens suffisants.

Si l’initiative est refusée, que faudrait-il faire en priorité pour améliorer le pouvoir d’achat des Vaudois sans fragiliser les finances publiques?
Il faut d’abord faire baisser les loyers, en appliquant mieux la loi, et modérer les prix des logements en propriété, en chassant de ce marché les fonds immobiliers multinationaux. Et puis agir sur les primes maladie en freinant les profits et les salaires excessifs sur le dos des assurés. 

«L’initiative n’impose aucune coupe»

Lausanne Cités:Pourquoi faut-il, selon vous, accepter l’initiative des 12% et pourquoi maintenant?
Olivier Feller: Le Canton de Vaud impose les personnes physiques plus lourdement que tous les autres cantons sauf Genève. Selon l’Administration fédérale des finances, c’est aussi celui où la charge fiscale a le plus augmenté en vingt ans. Pourquoi une famille vaudoise devrait-elle payer jusqu’à deux fois plus qu’une famille comparable à Zurich, pour des prestations qui n’y sont pas moins bonnes?

Vous présentez cette initiative comme une mesure en faveur du pouvoir d’achat. Qui en bénéficiera réellement le plus?
On parle beaucoup des personnes modestes, qui bénéficient de soutiens publics, et des grandes fortunes, protégées par le bouclier fiscal. On parle moins des gens qui se trouvent entre les deux: salariés, indépendants et retraités qui paient des impôts, parfois beaucoup, sans recevoir grand-chose en retour. Ce sont ces classes moyennes que vise notre initiative.

Les opposants affirment qu’une baisse d’impôts de cette ampleur priverait le canton de moyens importants. Où l’État doit-il faire des économies?
En s’attaquant aux dysfonctionnements et aux gaspillages. Même une adversaire de l’initiative comme la députée Oriane Sarrasin, présidente de la Commission de gestion du Grand Conseil, a reconnu publiquement que les dysfonctionnements de l’État coûtaient cher. Il existe donc une réelle marge d’amélioration sans toucher aux services à la population.

Peut-on réduire les recettes fiscales sans toucher aux prestations publiques, ou faudra-t-il forcément faire des choix?
Les recettes de l’État ont augmenté de 382 millions en 2024, puis de 727 millions en 2025. Grâce aux contribuables, l’État dispose en outre de 3,2 milliards de réserves liquides. L’initiative n’impose donc aucune coupe.

Les communes, et notamment Lausanne, pourraient-elles être les grandes perdantes de cette réforme fiscale?
Non. Le texte de l’initiative est clair: la réduction de 12% porte uniquement sur le montant de l’impôt cantonal. La brochure officielle de votation le confirme: les recettes des communes ne sont pas touchées.

Vos adversaires vous reprochent de favoriser avant tout les contribuables les plus aisés. Que leur répondez-vous?
Nos adversaires sont en réalité opposés à toute baisse d’impôts. Au Grand Conseil, la gauche a refusé toutes les propositions visant à alléger la fiscalité des classes moyennes, quel que soit le pourcentage envisagé. Et Jessica Jaccoud, candidate socialiste au Conseil d’État, a déjà annoncé qu’elle envisageait de nouveaux impôts cantonaux. Voilà la sauce à laquelle nous serons mangés si l’initiative est refusée.

Pourquoi ne pas privilégier une baisse ciblée des impôts plutôt qu’une réduction générale de 12%?
Parce que les barèmes de l’impôt cantonal sont très progressifs et qu’ils assurent ainsi la justice fiscale. Notre initiative n’y changera rien.

Au fond, quel modèle de société défendez-vous avec cette initiative: un État plus léger ou simplement un État qui dépense mieux?
Notre initiative vise simplement à ramener la fiscalité cantonale vaudoise d’un niveau extrême à un niveau un peu plus raisonnable, mais qui restera de toutes façons supérieur à la moyenne suisse. 

Les enjeux d'un scrutin disputé

Le 27 septembre, les Vaudoises et les Vaudois se prononceront sur l’initiative «Baisse d’impôts pour tous - Redonner du pouvoir d’achat à la classe moyenne». Le texte prévoit une réduction de 12% de l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune des personnes physiques, dès la période fiscale 2027. Les initiants défendent une mesure destinée à alléger la charge fiscale et à renforcer le pouvoir d’achat des ménages. Le Conseil d’État et le Grand Conseil recommandent le rejet, estimant que des mesures fiscales ont déjà été prises pour soutenir le pouvoir d’achat, de manière ciblée. Selon le Canton, l’acceptation de l’initiative réduirait les recettes fiscales de 272 millions de francs par an.

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