Johann Dupuis, un regard critique et engagé sur Lausanne

Rédigé par
Thomas Lécuyer
Lausanne

MUNICIPALES 2026 • Scientifique de formation, musicien dans l’âme et écologiste convaincu, Johann Dupuis d’Ensemble à gauche incarne une génération pour qui la politique se vit autant dans les actes que dans les idées.

Enfant des années 80, Johann Dupuis a vu Lausanne se transformer à grande vitesse, parfois au détriment de ce qui faisait son souffle. Son arrivée dans la capitale vaudoise marque une première émancipation: au début des années 2000, après le gymnase à Yverdon, l’université est vécue comme une libération: «C’était l’arrivée dans une ville plus grande, foisonnante, riche de lieux alternatifs, de scènes culturelles indépendantes, de locaux de répétition». 
Réinventer la ville
Cette ville-là, Johann Dupuis la regrette. «C’est une vie culturelle alternative qui a dans une large mesure disparu aujourd’hui», constate-t-il, voyant dans le quartier du Flon le symbole d’une évolution qu’il juge profondément problématique. 
C’est pourtant bien au cœur de ce quartier emblématique qu’il nous donne rendez-vous, non pas parce qu’il l’affectionne particulièrement, mais plutôt pour le prendre en contre-exemple. «Le Flon, c’est tout ce qu’il ne faut pas faire, depuis qu’on a recouvert la rivière il y a près de deux cent ans, jusqu’à la privatisation complète de ce quartier. Vous vous rendez compte de ce qu’il serait possible de faire si ce quartier,  propriété d’une entreprise privée, revenait en mains publiques? Du nombre de logements qui pourraient être construits? Ou même de la possibilité de rendre à Lausanne ses rivières? Je rêve de voir renaître le Flon à ciel ouvert, reliant le lac au Jorat. Une ville sans eau à l’air libre, c’est triste.»
Il y avait son groupe de jazz-rock, ses habitudes, ses souvenirs. «On fait partie des gens qui, avec les années, ont dû partir». 
Pas de rancœur personnelle, mais une lecture politique. Privatisation de l’espace, monopole culturel et festif, loyers exorbitants, faillites en chaîne: il y voit l’illustration parfaite d’un urbanisme livré aux intérêts privés plutôt qu’aux besoins collectifs.
Justice sociale et écologique
Il est ainsi, Johann Dupuis: entre le rêve et l’engagement social et politique, entre le combat et l’utopie, mais toujours porté par un solide rapport à la nature, vécu autant comme refuge que comme boussole. Son engagement plonge ses racines dans deux préoccupations constantes: la protection de l’environnement et le sentiment d’injustice face aux inégalités, le long d’un parcours qui n’a rien de linéaire, à l’image du lit d’une rivière indomptée. 
Formé en sciences politiques à l’université, il a enchaîné les jobs - coursier à vélo, informaticien… - explorant différents mondes et réalités, avant de revenir, enrichi de ces expériences, vers le monde académique. Il reprend alors la recherche, obtient un doctorat, enseigne à l’Université de Lausanne, puis rejoint l’Office fédéral de l’environnement comme collaborateur scientifique. Un choix qui s’impose à lui comme une évidence, au croisement de ses convictions profondes et des rencontres qui ont jalonné son chemin. Entré en politique en 2013, il avoue un choc initial: «Je pensais qu’avec la science, les faits, les analyses documentées, les preuves, on pouvait toujours convaincre». La réalité du débat politique lui apprend vite que les décisions ne sont de loin pas toujours rationnelles, ni fondées sur les faits. Pour autant, l’idéalisme reste intact: «C’est la seule chose qu’il nous reste», confie-t-il, loin de toute illusion. Johann Dupuis revendique dès lors une écologie politique claire, sans aucun compromis sur la primauté de la santé publique et de l’environnement sur la croissance économique. 
Pas de culpabilisation
Il refuse de culpabiliser les individus et insiste sur les responsabilités systémiques: «Le véritable désastre écologique auquel nous devons faire face, c’est un problème politique global avant d’être un problème individuel. C’est trop facile de se dédouaner sur la responsabilité personnelle, alors que c’est avec des choix forts, des décisions globales, qu’on pourra faire changer les choses.» Refusant toutefois toute forme d’attentisme, il tente d’agir au quotidien et surtout de rester cohérent avec ses positions, sans jamais se poser en donneur de leçons. Il réfléchit aux impacts de ses gestes les plus simples, interroge ses habitudes, conscientise son empreinte et cherche à la réduire autant que possible. Il n’a plus pris l’avion depuis plus de sept ans, non par posture mais par conviction, tout en restant lucide sur les limites de l’exercice individuel: «Les gens ne sont pas prêts à lutter contre la crise climatique car ils ont surtout peur de ne pas pouvoir boucler les fins de mois». 
Enfin, il y a la musique, toujours présente. Ancien rockeur alternatif du temps du Flon de la bonne époque, il pratique toujours la guitare acoustique, même si aujourd’hui elle se fait plus calme, entre folk et jazz. Mais on l’aura compris, sous le lit calme de la rivière gronde toujours le torrent de la lutte.

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