Fabrice Moscheni, la politique par les chiffres

Rédigé par
Thomas Lécuyer
Lausanne

MUNICIPALES 2026 • Enfant de prolétaire devenu ingénieur physicien puis entrepreneur, l’UDCFabrice Moscheni se définit comme un citoyen qui a des activités politiques, plus que comme un «homme politique».

Le chef d’entreprise a une manière bien à lui de raconter son entrée en politique: par les chiffres, et par une méfiance assumée envers les postures. Sa vocation n’est pas née d’un grand récit idéologique mais d’une conviction: dans une société, il faut pouvoir distinguer ce qui relève de l’opinion, de la rumeur et ce qui tient de la vérité. «La seule vérité incontestable, ce sont les mathématiques. Et, dans une certaine mesure, la loi.»
La vérité des nombres
Alors, il s’agace des débats stériles qui ne font que confronter des idées toutes faites et des éléments de langage. Lui préfère calculer, vérifier, confronter les récits à des données. «J’approche toujours mes prises de position politiques avec mon regard de physicien. Pour avoir un point de vue juste sur une situation, il suffit de prendre les chiffres, de vérifier bien sûr s’ils sont vrais, puis de calculer». On comprend mieux ce qui anime cet ingénieur passé par l’EPFL: le besoin de poser un diagnostic, puis de trouver une solution. Lui-même se décrit davantage comme «un scientifique entrepreneur» que comme un politicien: «Moi quand je vois un problème, je file droit vers la solution. En politique, c’est plutôt la trajectoire de la ligne courbe.» Son parcours de vie éclaire ce rapport à la responsabilité individuelle. Fabrice Moscheni vient «d’un milieu modeste», enfant d’une immigration italienne d’après-guerre: sa mère travaille comme bonne à 13 ans, puis vient à la Vallée de Joux pour travailler à l’hôpital, son père est maçon. Né à Sainte-Croix, naturalisé suisse à 18 ans, il raconte les fragilités d’une mère malade et invalide, et d’un père qui meurt quand lui a 18 ans. «Si j’ai pu faire des études, c’est grâce aux bourses que j’ai reçues.» 
Un test révélateur
Cette phrase compte, parce qu’elle casse le cliché du libéral «hors-sol»: il ne renie pas l’État, mais refuse un État qui, selon lui, grossit pour lui-même, et martèle son combat: contenir la croissance étatique, revenir à l’efficience, défendre une responsabilité individuelle qui ne supprime pas la solidarité: «Il faut contrôler la croissance de l’Etat, qui est actuellement exponentielle par rapport aux besoins et aux moyens. Il faut être responsable individuellement, l’Etat ne peut pas tout faire pour nous». 
Et qui dit «moins d’Etat» dit logiquement «moins d’impôts», une perspective qu’il défend pour Lausanne: «Je m’engage pour baisser les impôts,  mais aussi pour garantir la sécurité dans les rues de Lausanne et revitaliser nos commerces. Par ailleurs, Lausanne doit redevenir la capitale du Canton accueillante pour tous les Vaudois.»Sa trajectoire professionnelle prolonge cette logique. Après ses études (l’EPFL, puis l’IMD, financé par des prêts, qu’il a bien fallu rembourser), il lance des entreprises, échoue deux fois, fait faillite – «personne n’a perdu d’argent sauf moi» précise-t-il – puis crée une PME aujourd’hui active mondialement dans la sécurité via des systèmes de bâtiments «intelligents». Son parcours reflète l’idée qu’un chemin peut toujours exister, même quand on part sans capital social: celui de la volonté et de la liberté d’entreprendre.
Libéral-conservateur
Sa première entrée en politique se fait côté PLR, en 1999, presque par un concours de circonstances, puis il s’éloigne, jugeant le parti trop «étatique». Le retour se fait plus tard: «On me disait: “mais arrête de critiquer et lance-toi!”. Alors j’ai fait un test politique en ligne, qui m’a défini comme “UDC libéral conservateur”». Le résultat l’amuse autant qu’il le résume: «Je suis libéral en économie, et plus traditionnel sur certains marqueurs sociétaux, comme le couple ou la famille.» Il parle de mérite et de prise de risques, et ne demande jamais d’effort aux autres sans rappeler les siens: les dettes contractées pour se former, les faillites assumées, l’entrepreneuriat appris dans l’échec comme dans la réussite, et ces innombrables heures de travail qui se paient souvent au détriment de la vie privée: «Quand des personnes viennent m’expliquer qu’il est normal de recevoir un salaire si on travaille, je leur réponds que ce qui important est la valeur que l’on crée, et pas simplement les heures travaillées. Ce n’est pas la valeur des heures de travail qui compte, mais la valeur du fruit de votre travail.» Mais au-delà des chiffres, il y a aussi chez Fabrice Moscheni l’amour des mots, et une respiration inattendue. Après cinq années au Conservatoire de Lausanne, il pratique toujours le chant, qu’il décrit comme une sorte de «yoga», une résonance profonde qui «masse» de l’intérieur. Et, grand lecteur de Cioran, il cite «De l’inconvénient d’être né» comme un de ses livres de chevet, pour sa façon de renverser les peurs par l’absurde et une fine ironie. Mais bon, qu’on se le dise: rien ne remplacera jamais la vérité des maths! 

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