«Je ne suis pas une chicanière de la mobilité, mais je veux une ville pour ses habitants»

Rédigé par
Charaf Abdessemed
Lausanne

BILAN • Le 1er juillet prochain, après trois législatures, Florence Germond, en charge des finances et de la mobilité ne sera plus municipale. Retour sur 15 années d’exécutif où l’élue socialiste a souvent occupé les feux de la rampe. 

Lausanne Cités: Après 15 années en tant que municipale, vous avez choisi de partir. Pourquoi?
Florence Germond: C’est une décision que j’ai mûrement réfléchie. J’adore mon travail et j’ai des regrets à quitter cette fonction, mais je trouve que c’est bien que de nouvelles personnes émergent et que le pouvoir décisionnel change de mains. Et puis, 15 ans c’est long dans une fonction aussi prenante, et il est important de savoir se renouveler…

15 ans c’est long en effet. Quelle aura été selon vous, l’empreinte principale de Florence Germond?
Disons que ce qui m’a le plus tenu à cœur, c’est d’apporter un soin particulier à la qualité de vie dans l’espace public. Modérer le trafic automobile, apporter plus de tranquillité dans la ville, plus de sécurité pour les piétons et les cyclistes, cela aura été très important pour moi. Et puis, sans mon action notamment, nous n’aurions pas de tram à la place de l’Europe pour la fin de cette année. Alors que tout le monde était désespéré en raison des recours qui bloquaient le dossier, je suis  allée voir les derniers opposants. J’ai passé plusieurs heures à discuter avec eux ainsi qu’avec les associations de commerçants pour les convaincre de signer un accord et lever leurs recours. Cela restera un de mes plus beaux souvenirs, car personne n’y croyait.

N’avez-vous pas de regrets?
J’ai repris la mobilité en 2016 et je pense que nous aurions pu aller plus vite sur la question de la modération de la vitesse des véhicules. Lausanne était très en retard par rapport aux autres villes suisses. Nous pourrions avoir aujourd’hui davantage de quartiers tranquilisés si nous avions plus vite été dans cette direction. Cette politique est très importante car elle permet d’améliorer la sécurité routière et diminuer le bruit routier qui nuit à la qualité de vie.

Pourtant, votre politique en termes de mobilité a été très critiquée…
Je me suis engagée pour construire la meilleure qualité de vie possible pour la population. J’ai d’ailleurs été élue sur ce programme. Le flyer de notre campagne électorale était très clair, avec comme objectif une ville à 30 km/h. C’est dans la nature humaine, ce sont presque toujours les mécontents qui s’expriment, alors qu’au cours des évènements publics auxquels j’ai pu participer, j’ai aussi reçu d’innombrables remerciements.

On vous a reproché d’agir plus en tant qu’ancienne présidente de Pro vélo qu’en tant que municipale…
C’est une critique que je conteste vivement. Bien sûr que j’ai pris des mesures fortes pour favoriser la mobilité cycliste, mais celles-ci ont été très visibles parce que rien n’avait été fait jusque-là! En outre, l’espace public étant fini, il fallait faire des choix et il était légitime que toutes les mobilités aient leur espace.Enfin, avec la mise en place de nouveaux ascenseurs, la multiplication des bancs dans toute la ville ou encore nos campagnes de sensibilisation, les piétons n’ont pas été oubliés.

Avec les commerçants, le moins que l’on puisse dire, c’est que votre action n’a pas  été comprise…
J’ai une manière assez énergique de faire avancer les projets, mais je suis toujours prête à échanger et à revoir ma copie, tout en étant consciente que l’unanimité est impossible. Nous n’avons pas souhaité mettre en place une politique de la mobilité chicanière mais simplement qu’elle soit plus durable, même si cela passe aussi par des mesures moins populaires pour certaines personnes. Avec les commerçants, j’ai écouté ce que mes opposants me disaient, et ainsi nous avons pu avancer: les subventions aux commerces, la gratuité des P + R, la prolongation de la durée du stationnement de deux à trois heures etc.  Je pense que nous avons ainsi réussi à aboutir à des mesures win-win.

Venons-en aux finances et à l’image de grande argentière rigoureuse que l’on vous prête…
Une de mes préoccupations a été, chaque semaine, de challenger les propositions financières de mes collègues pour que nous trouvions des manières plus efficientes et économes de travailler. J’ai également œuvré à introduire des règles de gestion financière au sein de l’administration. Aujourd’hui, la dette nette a diminué et les finances communales sont maîtrisées, comme en atteste le relèvement de la note de Lausanne par l’agence internationale Standard & Poors. Quoi que l’on dise, l’argent reste le nerf de la guerre.

Vous vous êtes beaucoup mobilisée pour la question de la répartition des charges entre les communes et le Canton...
Il y a eu beaucoup de travail en amont par ma direction pour démontrer que Lausanne, en tant que ville-centre, assume près de 65 millions de charges supplémentaires en faveur de l’agglomération notamment pour la sécurité, la culture et le sport. Le contribuable lausannois paye ainsi pour des prestations qui bénéficient à la population des autres communes. Pour partie, ces charges ont été désormais prises en compte dans la nouvelle péréquation. J’en suis satisfaite car on venait de loin sur ce sujet.

Vous avez lancé la féminisation des espaces publics en attribuant des noms de rues à des femmes. Cette démarche est-elle utile pour l’égalité, au-delà de la symbolique?
Si dans l’histoire de toutes les villes, on a toujours tenu à donner aux rues des noms de figures historiques, c’est bien la preuve que c’est important! Et il est donc fondamental que les différents profils qui composent la société, les femmes, ou aussi par exemple les personnes issues de la migration, soient représentés.

En même temps, pour votre succession, votre parti le PS, a choisi d’introniser un homme, Julien Eggenberger. N’est-ce pas un recul? 
Il faut voir les choses avec une plus grande perspective, car la question de la représentation hommes-femmes dans un exécutif est de la responsabilité de tous les partis, puisqu’elle est enfin devenue une question transversale. Je me rappelle qu’entre 2011 et 2016, j’étais la seule femme dans l’exécutif lausannois et cela ne dérangeait personne, alors qu’aujourd’hui, un Conseil d’État avec une majorité de femmes semble en questionner certains…

Justement, Rebecca Ruiz quitte le Conseil d’État. Avec votre expertise, vous auriez pu y aller...
Même si je suis une personne très cérébrale, je réagis aussi avec mes émotions, et là je ne le ressentais pas… Je ne me suis donc presque pas posé la question, car je suis arrivée à une phase de ma vie où je souhaite avoir un peu de distance par rapport au monde politique, ne plus être en première ligne.

Que diriez-vous d’une rue lausannoise qui porterait votre nom?
Alors ça, je m’en fiche complètement (rires)! Ce qui me tient le plus à cœur, c’est de réaliser des projets qui améliorent concrètement la vie des gens au quotidien: des transports publics efficaces et bon marché, des places de jeux pour les enfants, des espaces publics de qualité, ou encore une société qui prend soin des plus fragiles et respecte chacun et chacune. 

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