INCLUSIVITÉ• Pilier de la section vaudoise de la fédération suisse des aveugles et malvoyants de Lausanne (FSA), Sabrina Faretra vient d’ouvrir une association organisant des séjours pour ce public.
«Voyager, c’est aussi toucher, sentir, goûter, s’ouvrir à soi-même et aux autres. C’est une manière d’éviter l’isolement et de sensibiliser à notre handicap.» Sabrina Faretra rayonne. Pour la presque quinquagénaire, c’est un rêve qui se réalise: fonder sa propre agence de voyage «Evasion pour tous les regards». Longtemps, cette mère de famille a cru que son handicap l’empêcherait, mais non. C’est donc un lancement pas comme les autres qui a eu lieu le 24 janvier dernier au centre socio-culturel de Grand Vennes.
La Vaudoise officie au comité de la section vaudoise de la FSA à Lausanne. Elle y est responsable de la sensibilisation, mais elle y fut aussi responsable des sorties et des voyages. Au fil des ans, elle en a organisé à Saas-Fee, à Loèche-les-Bains, puis au bord de la mer en Italie et même en croisière jusque dans les Caraïbes. «Tout ce que j’ai vécu là-bas avec d’autres handicapés de la vue m’a permis de mieux mesurer toute la joie et le partage que ces voyages pouvaient générer, et j’ai eu envie de me lancer!», résume Sabrina Faretra.
Laquelle a brillamment obtenu dans sa jeunesse un diplôme dans le tourisme et le voyage, avant que sa rétinite pigmentaire, une maladie génétique dégénérative incurable frappant six autres personnes dans sa famille, ne l’oblige à changer de voie.
Bénévoles recherchés
Son association à but non lucratif «Evasion pour tous les regards» a déjà plusieurs voyages prévus: séjour balnéaire dans les Marches en Italie cet été, dans un hôtel spécialement conçu pour les malvoyants ou un week-end d’évasion aux chutes du Rhin, ce printemps. Tout le défi, pour elle et ses amis, reste de trouver sur la durée les fonds permettant d’offrir le voyage aux bénévoles spécialement formés qui escorteront chaque voyageur-membre.
L’autre défi consiste aussi à recruter davantage de bénévoles. «Ce rôle clé exige une vigilance permanente, mais amène aussi à regarder la vie autrement, avec plus de profondeur, afin de pouvoir transmettre au mieux à la personne que nous accompagnons toute la beauté des paysages traversés. C’est très enrichissant», explique l’une d’elle, Nicole Burri, 62 ans. «Nous autres malvoyants sommes avant tout clairvoyants, aime à répéter Sabrina Faretra. Le fait d’être privés de la vue, nous a obligés à aiguiser nos autres sens, mais aussi notre intuition.» La presque quinquagénaire précise par exemple que, lorsqu’elle négocie un voyage au téléphone, elle perçoit immédiatement à quantité de détails imperceptibles pour le commun des mortels, si son interlocuteur est sincèrement touché par sa cause, ou s’il se focalise sur son seul intérêt financier.