MUNICIPALES 2026 • Juriste de formation, le PLR Pierre-Antoine Hildbrand défend une politique du temps long, attentive aux mots justes et aux actes concrets. Portrait d’un politicien qui préfère la cohérence aux slogans.
Dès qu’on entre dans son bureau, le décor donne le ton: un drapeau lausannois et un drapeau arc-en-ciel - symbole de la politique LGBTIQ+ portée par l’Observatoire de la sécurité et des discriminations qu’il dirige -, des portraits de Louis Ruchonnet et JFK, tous deux morts dans l’exercice de leur fonction, et, au mur, une œuvre façon Banksy qui rappelle que «si on répète et on ment trop, on s’éloigne de la vérité pour en faire de la politique».
Pour Pierre-Antoine Hildbrand, ce choix n’est pas anecdotique, mais un rappel permanent que l’exercice du pouvoir exige modestie, précision et une attention particulière aux mots: «Le langage du pouvoir est toujours assez proche de la propagande».
Loin du plan de carrière
«J’ai trop de respect pour la fonction pour appeler ça un métier. C’est plus une vocation». Une vocation née d’une frustration de juriste: au tribunal, Pierre-Antoine Hildbrand observe des conflits où chacun défend sa partie, dans des guerres de tranchées interminables. Lui se découvre une préférence nette, celle de chercher des solutions qui dépassent le cas par cas. «Servir la multitude me semblait plus correspondre à mon approche». À Lausanne, il dit être nourri par «l’énergie» du brassage urbain, et refuse une politique réduite à une clientèle électorale. «N’oublions pas que la population ne se limite pas aux seuls gens qui votent» insiste-t-il. Dès lors, l’homme de droit s’attelle à l’art délicat de la synthèse: peser des intérêts, trouver des consensus, garder le tissu social intact: «l’exercice de la politique n’est pas simple. Ce n’est pas des décisions à l’emporte pièce, c’est un travail permanent et minutieux, composé de très nombreux rouages».
Écouter Pierre-Antoine Hildbrand, c’est découvrir une facette de la politique à des lieues des solutions toutes faites, des raisonnements binaires qui enflamment les réseaux sociaux, de la polarisation des messages, des «il suffit de...» Lui, revendique une voie plus exigeante: définir ce dont on peut discuter, admettre ce sur quoi on n’est pas d’accord, chercher là où on peut s’accorder. On le résume parfois à «chef de la police», il revendique aussi l’autre moitié du poste: la gestion de l’eau. Et il ne cache pas que, dans l’un comme dans l’autre, il ramasse des coups. Cela ne le décourage pas pour autant: «Ça vous grandit de travailler sur les problèmes les plus difficiles. Je garde en mémoire un principe hérité de mon père médecin:"d’abord ne pas nuire"».
Son engagement de citoyen se manifeste précisément dans ces dossiers de longue haleine, où la patience et la persévérance sont essentielles, et dans la cohérence constante entre ses discours et ses actes. On le voit, par exemple, dans sa ligne «hyper stricte» sur le principe du pollueur-payeur, qui illustre son souci de justice et de responsabilité sociale et environnementale, ou encore son travail au sein de la police pour une meilleure prise en charge des victimes - notamment des femmes touchées par des violences.
Fan d’heroic fantasay
Pour tenir, Pierre-Antoine Hildbrand se ressource par la lecture: «Être lecteur permet de vivre d’autres vies. Je viens de finir "Les Misérables". On oublie à quel point Victor Hugo est un écrivain complètement dingue. Il y a des passages entiers sur les égouts de Paris, c’est très politique, d’autres sur l’argot... trente pages passionnantes sur l’argot! Mais aussi des passages incroyables sur la bataille de Waterloo!». Et d’avouer aussi un penchant pour l’heroic fantasy, notamment pour «Le Seigneur des Anneaux»: «La lecture est une école du pas de côté, de l’empathie, pour se mettre dans la peau d’autres personnages, pour mieux comprendre.» Une respiration éclairante pour ce coureur de fond de la vie politique, qui avance avec la patience obstinée du travail de fourmi.