«L’explosion des loyers est le principal danger pour le commerce lausannois»

Rédigé par
Fabio Bonavita
Lausanne

COMMERCE • Face à la multiplication des vitrines vides dans l’hypercentre lausannois, le conseiller national socialiste Benoît Gaillard a déposé une interpellation dénonçant la flambée des loyers commerciaux. Il pointe la responsabilité de la financiarisation de l’immobilier et plaide pour un encadrement plus strict des propriétaires, allant de quotas de surfaces à loyers modérés à une taxation des locaux vacants.

Lausanne Cités: Qu’est-ce qui vous a poussé à déposer cette interpellation sur la vacance des surfaces commerciales dans les centres-villes?
Benoît Gaillard: Je trouve qu’il y a un grand absent dans le débat sur le commerce du centre-ville à Lausanne, c’est l’explosion des loyers pour les surfaces d’activité économique. Sur les vingt dernières années, cette flambée des loyers s’élève à plus de 50%. Le pouvoir d’achat des clients n’a pas augmenté de 50%… Or, avec les salaires, le loyer constitue l’un des principaux postes de dépenses pour un commerçant. L’impact est donc énorme.

Lausanne est-elle un cas emblématique de cette inflation?
Prenons un exemple concret: à Saint-François, un local de 100 m² est aujourd’hui proposé à 17’000 francs par mois. À la rue de Bourg, les loyers commerciaux annuels oscillent entre 600 et 1000 francs le m², soit 5000 à 8500 francs par mois pour une boutique de 100 m². Avec de tels montants, qui peut encore s’installer dans l’hypercentre lausannois en dehors des grandes chaînes internationales? La réponse est simple: personne. D’autant plus que les propriétaires exigent souvent des garanties de loyer de six, douze, voire vingt-quatre mois!

Comment expliquez-vous cette évolution?
Jusqu’à il y a une vingtaine d’années, les sociétés cotées en bourse, ainsi que les entreprises et personnes étrangères, n’avaient pas le droit d’acheter des immeubles commerciaux en Suisse en raison de la Lex Koller. Cette interdiction a été levée au début des années 2000. Depuis, des investisseurs du monde entier ont pu acquérir de l’immobilier commercial avec un objectif clair: les louer au plus cher et maximiser les profits. Cela a entraîné deux conséquences majeures: une explosion des loyers et une augmentation du nombre de locaux vacants. En effet, ces sociétés veulent éviter à tout prix de baisser leurs loyers, quitte à avoir des mois ou des années de vacance. Car si elles acceptent un loyer plus bas, alors l’immeuble perd de la valeur au bilan, ce que leurs actionnaires refusent. Ces entreprises ne s’intéressent pas à la qualité de vie chez nous. Ce sont les actionnaires qui commandent, depuis Zurich, voire Londres ou New York. 

Quelles sont vos solutions?
Premièrement, il faut agir au niveau cantonal en imposant des quotas de surfaces commerciales d’utilité publique, sur le modèle de ce qui existe pour le logement. L’objectif serait de garantir des loyers modérés et une véritable mixité, pour environ 10 à 15% de l’ensemble des surfaces commerciales. Deuxièmement, au niveau fédéral, la Lex Koller doit être durcie. C’est une vision que je défends, et qui est d’ailleurs partagée notamment par Thomas Aeschi, chef de groupe UDC, qui a déposé une motion allant dans ce sens. Troisièmement, il faut relancer au niveau cantonal l’idée d’une taxe sur les locaux commerciaux vacants. Toucher ces sociétés au porte-monnaie, c’est parler leur langue.

On va vous accuser de confirmer un cliché: à chaque problème, la gauche arrive avec une nouvelle taxe…
Peut-être. Mais si au moins on est d’accord sur ce problème de l’explosion des loyers, c’est déjà un pas. Il va de soi que pour que le centre-ville lausannois reste attractif, l’espace public doit aussi être sécurisé. L’accessibilité est également importante, même si l’on ne peut pas promettre à tout le monde d’arriver en voiture devant chaque commerce: ce serait irréaliste. Mais la question des loyers doit enfin être abordée et discutée politiquement! On dirait aujourd’hui qu’il y a des œillères idéologiques qui empêchent le PLR et certaines associations de commerçants d’en parler.

Pour quelle raison?
Il faut leur poser la question! Ils n’ont sans doute pas envie de se mettre les milieux immobiliers à dos. Il existe probablement une forme de pacte de non-agression.

La Ville de Lausanne en fait-elle assez pour maintenir son tissu commercial?
On peut toujours faire mieux, mais certaines initiatives intéressantes ont été mises en place, comme la gratuité des transports publics durant plusieurs samedis de décembre. Si on réduit l’accès en voiture, on doit avoir d’autres options comme celle-ci. Je note aussi que le municipal Pierre-Antoine Hildbrand a enfin renforcé la présence policière autour de la Riponne, une promesse faite dès octobre 2024, mais qui n’a été concrétisée qu’un an plus tard, et qui porte aussi ses fruits. Mais c’est comme s’il fallait toujours une crise pour que le municipal de la police agisse! 

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