MUNICIPALES 2026 • Enseignant et syndicaliste lausannois, le socialiste Julien Eggenberger pratique une politique de terrain nourrie d’une vision collective. Il défend un projet de ville solidaire, attentive aux inégalités sociales et l’avenir des jeunes.
En nous donnant rendez-vous à la Maison du Peuple, Julien Eggenberger est un peu chez lui. Il évoque ce lieu comme un véritable héritage vivant, chargé d’histoire et d’engagement collectif. Depuis 2018, il en assume la présidence, un rôle qui lui permet de veiller à l’évolution de ce bâtiment coopératif, propriété de sociétaires, de syndicats et de partis de gauche, tout en respectant et en honorant son passé: «C’est quelque chose de passionnant de faire vivre la mémoire de ces syndicats qui, en 1916, se sont cotisés pour avoir un lieu de réunion».
Et aujourd’hui encore, la Maison du Peuple est un cœur battant du militantisme, du syndicalisme et de l’associatif, avec plus de 1200 événements par an qui y sont organisés. La vocation politique de Julien Eggenberger est née dans ce terreau-là: les luttes collectives, le monde du travail ainsi que les diverses inégalités sociales.
Étudiant en géographie, il découvre une discipline qui «thématise les questions d’inégalités, de justice territoriale» et rentre vite dans le concret de ce sujet. Puis, dès 2002, il enseigne dans un établissement des quartiers populaires du nord de Lausanne.
Refus du catastrophisme
Au quotidien, il voit ce que cela signifie de partir dans la vie avec un désavantage: «Quand on a des parents ouvriers, qu’on habite un quartier populaire, on a moins de chances dans la vie.» L’ascenseur social serait-il définitivement en panne? Le cœur de son engagement est ici: «Quel espoir on donne à ces jeunes qui sortent de l’école sans solution? Quelle place leur offre-t-on dans cette société? Pour beaucoup, pas de place d’apprentissage, pas de véritable formation certifiante, seulement des structures de transition…» Il souligne avec force l’importance de la «dignité d’avoir un diplôme», cette fierté qu’apporte la maîtrise d’un métier, aujourd’hui malmenée par des conditions de travail de plus en plus difficiles: pression constante, cadences accrues, salaires bas et environnement professionnel souvent dégradé. Selon lui, cette situation fragilise non seulement les jeunes qui entrent dans le monde du travail, mais aussi le tissu social dans son ensemble, créant un sentiment d’exclusion et d’injustice qui pourrait peser sur toute une génération.
Syndicaliste de longue date – avec plus de douze années passées à la présidence du SSP –, président de la Maison du Peuple, enseignant à 70 % dans le nord de la ville: Julien Eggenberger revendique une cohérence entre ses combats et sa vie professionnelle, un maillage étroit avec son engagement de terrain, au contact des élèves, des associations, des syndicats, et des quartiers. Lausannois du centre-ville, il vit au quotidien cette métropole encombrée par les travaux dont tout le monde parle.
La force du collectif
Il connaît les chantiers, les problèmes de circulation, la crise du crack à la place de la Riponne de jour comme de nuit. Mais il refuse à la fois le déni et le catastrophisme, décrivant Lausanne comme une ville en métamorphose, avec «des choses qui sont beaucoup mieux», comme les transformations en cours dans le centre et des projets de quartiers plus conviviaux, tout en assumant qu’«il y a d’autres aspects pas satisfaisants» et «qu’il faut agir». Face au climat, aux inégalités, au pouvoir d’achat, Julien Eggenberger mise sur le collectif, et réfute la seule responsabilité individuelle. «On ne peut pas culpabiliser les gens pour leur façon de se déplacer, de consommer, d’acheter. Chacun a droit à son aspiration au bonheur, y compris ceux qui partent en low-cost quelques jours. Celui qui a de la peine à boucler les fins de mois n’a pas toujours le luxe de choisir.»
Convaincu que les villes et les gouvernances politiques auront un rôle décisif à jouer, il estime que les solutions naîtront de démarches globales, communes: réguler les plateformes de commerce, mieux isoler les bâtiments, développer les transports publics, sans oublier de créer des structures de formation professionnelle renforcée pour les jeunes qui n’ont pas de réseau. «On doit se reprendre ensemble, insiste-t-il. Sans la solidarité et le collectif, les citoyens seuls ne peuvent pas grand- chose.»