Gymnase en quatre ans: «Transformons 
le défi en opportunité pour les jeunes»

Rédigé par
Charaf Abdessemed
Société

SCOLARITÉ • MAT-EO pour «MATurité - École Obligatoire», tel est le nom donné à la grande réforme qui fera passer la formation gymnasiale de trois à quatre ans à partir de 2032 et sur laquelle planche le Département de l’enseignement et de la formation. Plus d’une année et demie après son lancement, le point avec le conseiller d’État Frédéric Borloz. 

Lausanne Cités: De longues années de travail, de préparation et de concertation, des adaptations législatives… le passage de trois à quatre ans pour parvenir à une maturité gymnasiale conforme aux exigences fédérales est-il un fardeau ou une opportunité pour le Canton?
Frédéric Borloz:Au lieu de nous contenter de régler les problèmes logistiques relatifs à ce passage à quatre ans, nous avons plutôt choisi d’en faire une opportunité pour repenser la fin de la scolarité obligatoire et améliorer les transitions vers les formations post-obligatoires.  La société évolue très vite avec des avancées, par exemple en termes de numérique et d’intelligence artificielle, qui font qu’il nous faut absolument adapter et consolider la formation et nos cursus et réfléchir à la meilleure manière de préparer l’avenir des jeunes, que celui-ci passe par la voie gymnasiale ou la voie professionnelle.

Au-delà de la réflexion, cette année supplémentaire impliquera forcément l’ouverture de nouvelles classes et le recrutement d’enseignants supplémentaires. Le Canton s’y prépare-t-il ? 
Oui, les besoins en termes de classes supplémentaires sont d’ores et déjà imaginés et planifiés ainsi que les besoins en enseignants, anticipés en coordination avec la Haute École Pédagogique. Une montée en puissance de la formation du corps enseignant est prévue à partir de 2032, mais à chaque fois que MAT-EO franchira une nouvelle étape, nous procéderons à une réévaluation.

Et qu’en est-il du financement, alors que le Canton est engagé dans un plan d’économies budgétaires?
Le financement est d’ores et déjà inscrit dans le plan des investissements, même s’il n’est pas encore clairement défini, puisque le projet n’en est encore qu’à ses débuts. Les mesures d’économie budgétaires prévues par le Conseil d’État portent actuellement  sur les charges de fonctionnement et pas sur les investissements.

Que va apporter cette année d’études supplémentaire?
Il n’est pas encore possible de répondre avec précision, parce que  les groupes de travail, mêlant experts, enseignants, etc., sont en pleine réflexion pour déterminer l’organisation du contenu pédagogique de cette nouvelle maturité. En trente ans, les exigences fédérales ont déjà considérablement modifié les programmes d’enseignement, avec une multitude d’ajouts, comme l’informatique. L’enjeu n’est donc pas simplement d’ajouter du contenu ou des heures  supplémentaires, mais plutôt de réfléchir à la manière dont on va organiser l’entier du cursus. Une maturité en quatre ans doit garantir une formation cohérente, exigeante et équilibrée et mieux préparer nos jeunes aux études supérieures. Tout devrait être bien plus clair vers l’été 2027.

En parallèle de cette réflexion pédagogique, se dessine un important chantier législatif, puisque la Loi sur l’enseignement obligatoire, la LEO devra être révisée…
Oui, c’est indispensable. Nous allons déjà commencer par clôturer le bilan de cette loi, qui a été entamé suite à une intervention parlementaire. Il faudra ensuite attendre les résultats des travaux des groupes de travail et la fin des expertises que nous avons lancées pour avoir une idée plus claire des changements législatifs à mettre en place. Il pourra ainsi s’agir soit d’un simple toilettage de la LEO, soit d’une refonte plus en profondeur, si nécessaire. Nous allons donc y aller étape par étape, consolider chacune d’entre elles avant de passer à la suivante, et au final mettre plusieurs variantes en consultation. 

Il faut s’attendre à des oppositions…
Évidemment, mais cela ne nous inquiète pas, à la fin, il faudra bien faire des choix, trouver des consensus pour avancer! Qu’il s’agisse du contenu pédagogique ou de l’adaptation législative, nous ferons tous les changements nécessaires, mais à vitesse humaine en y associant les enseignants et les élèves et en toute transparence. On a commencé à le faire notamment avec un site internet qui permet de suivre le projet  et que nous actualisons régulièrement (www.mat-eo.ch, ndlr). À la fin, il appartiendra au Grand Conseil de se prononcer et je pense qu’il est tout à fait possible que cela passe par une  votation populaire…  

Selon votre planification, la mise en route de la réforme commencera en 2032, soit deux années avant la date limite prévue. C’est ambitieux, non?
Non, nous avons surtout intégré dans notre rétroplanning la possibilité d’une votation populaire et le fait que les travaux en commission au Grand Conseil pourront prendre plus de temps. C’est pour tenir compte des éventuels contretemps que nous avons prévu cette marge de deux ans, que la Confédération nous a d’ailleurs accordée.

Venons-en au fameux modèle mixte «10+4 ou 11+4» que le Canton de Vaud privilégie. Les jeunes pourront donc accéder au cursus de maturité soit en fin de 11e année, soit en fin de 10e pour les élèves qui ont des résultats suffisants. Pourquoi ce choix, déjà décrié par les syndicats?
Je commence par rappeler que nous n’avons pas réinventé le monde, puisque 16 autres cantons ont également fait ce choix. Il se trouve que les tests PISA menés sur les élèves vaudois montrent qu’environ 15% de nos jeunes ont des qualités pédagogiques très solides et certains parents constatent d’ailleurs que leurs enfants s’ennuient en classe. L’école inclusive, c’est aussi donner à ces jeunes la possibilité de le faire. Ce modèle mixte est celui qui respecte le mieux le rythme des élèves, celles et ceux qui ont besoin de plus de temps, soit jusqu’à la fin de la  11e année, ne sont pas prétérités.

Est-il vraiment possible de faire une école sur mesure?
Non, mais on a le droit et le devoir d’offrir à l’ensemble des jeunes la possibilité d’exercer divers choix, parce que ça les prépare tous à la vie. D’ailleurs, les élèves pour lesquels l’enseignement est plus difficile, se voient eux aussi proposer plusieurs solutions depuis longtemps.

Le chantier MAT-EO a été lancé en mars 2024 et nous sommes à la fin 2025. À quel principal obstacle avez-vous été confronté jusqu’à présent?
Le travail avance mais nous sommes encore en phase de réflexion, d’analyse et on a pu constater que certains partenaires avaient des positions très fermées. Nous avons donc dû travailler pour mettre en place un état d’esprit qui permette à de nouvelles idées d’émerger. À ce stade, je pense qu’il est sain de pouvoir douter de nos certitudes et entamer les réflexions sans idées arrêtées. C’est ainsi que l’on pourra trouver ensemble un chemin pour avancer.

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