MUNICIPALES 2026 • Chaque semaine jusqu'aux élections, Lausanne Cités vous présente un portrait inédit des candidats à la Municipalité. Aujourd'hui, Franziska Meinherz, qui a trouvé à Lausanne un terrain où faire converger engagement politique, justice sociale et vie quotidienne.
Chercheuse, militante écolo et candidate Ensemble à Gauche, Franziska Meinherz a trouvé à Lausanne un terrain où faire converger engagement politique, justice sociale et vie quotidienne.
Née dans un village des Grisons «où tout le monde connaît tout le monde», Franziska Meinherz a très tôt compris qu’elle aurait besoin de partir se construire ailleurs. Elle commence par aller à Genève en 2010 pour ses études, puis à l’EPFL pour une thèse, et s’installe à Lausanne en 2016. Dans la capitale vaudoise, elle trouve enfin un terreau politique propice: «Je me sens plus chez moi politiquement à Lausanne qu’aux Grisons.»
Sa vocation politique naît pourtant entre la nature sauvage des montagnes grisonnes et le capitalisme sauvage du Forum de Davos. Adolescente, elle s’implique déjà dans l’altermondialisme, marquée par la Déclaration de Berne qu’elle lit avec curiosité. «Ça m’a beaucoup inspirée, j’ai commencé à m’intéresser à ces combats et à aller par exemple au contre-forum à Davos.» L’écologie, elle, est presque un héritage familial: grands-parents et parents engagés, débats parfois vifs à table, mais un socle de valeurs communes très solide. Un autre tournant s’impose lors de la crise migratoire de 2015, avec l’arrivée massive de réfugiés en Europe. Franziska est choquée par la manière dont le débat public se déshumanise alors. «On parlait d’une “vague de migrants”, alors que pour moi, ce n’est pas une “vague”, mais bel et bien des humains en détresse.» Elle décide alors de s’engager dans un parti «avec un positionnement très clair et très propre» sur ces questions.
Un combat pour les transports
Chercheuse en géographie urbaine, elle fait de son expertise scientifique un levier politique. Sa thèse portait sur la mobilité en ville et les déplacements pendulaires, et aujourd’hui elle travaille sur les liens entre politiques de transport et inégalités sociales. «Les mesures de mobilité peuvent atténuer ou au contraire renforcer des inégalités sociales», insiste-t-elle. Pour elle, la mobilité est à la fois une question d’écologie, de justice sociale et de féminisme. «Les femmes effectuent souvent les déplacements les plus complexes – la crèche, l’école, les courses, l’organisation familiale, alors que l’offre de transport est pensée pour le simple trajet domicile-travail.» Installée à Malley, Franziska Meinherz a la chance d’avoir le M1, la gare de Prilly-Malley et bientôt le tram: «On aura trois options de transport très rapide», se réjouit-elle, tout en soulignant que d’autres quartiers comme les Boveresses ou la Bourdonnette restent moins bien desservis. Ce regard sur les inégalités territoriales nourrit sa critique d’une politique qui oublie souvent d’investir là où les besoins sont les plus criants. Quand elle n’est pas engagée sur le terrain politique, Franziska Meinherz part volontiers en montagne, pratique la pole dance, et cultive des plantes sur son balcon. En Lausannoise sans jardin, elle revendique la Vallée de la Jeunesse comme son «jardin partagé». «Je m’y rends souvent, parfois à midi quand je suis en télétravail, pour aller vite fait au bord du lac ou pour faire ma course à pied.» Elle y voit un modèle de nature en ville, et souligne l’importance de ses multiples apports: un espace libre, spontané, où se croisent enfants, skateurs, joggeurs, lecteurs, personnes précarisées qui viennent du centre de quartier tout proche.
Vraie rupture
Elle plaide pour davantage d’espaces de nature ouverts, accessibles, où chacun peut trouver sa place. «Plus un espace est libre, plus il peut accueillir de personnes différentes, et mieux cela se passera.» À gauche de la gauche, Franziska assume la radicalité de sa liste: «Ce n’est pas un programme de compromis, c’est un programme de changement radical.» Crise du logement, violences policières, mendicité, Plan climat «trop modeste» et déjà dépassé: une invitation à une vraie rupture avec la ligne actuelle.