DÉCRYPTAGE • Fort de sept années dans la finance, le Lausannois Ken Schwander signe un essai cinglant dans lequel il raconte comment un système bien huilé profite aux ultra-riches, tout en appauvrissant les travailleurs et les petits épargnants. Un système qu’il a décidé de quitter pour devenir enseignant.
Ken Schwander n’aime pas qualifier son livre de pamphlet. Et pourtant avec ses tournures incisives et sa férocité assumée, le livre «Richesse, crises et illusions» en a toutes les caractéristiques. Son auteur préfère le présenter comme un essai coup de poing pensé pour révéler les mécanismes cachés de l’économie.
Ainsi, sous la plume du Lausannois de 34 ans, l’inflation cesse d’être une simple hausse des prix: elle devient un outil de spoliation discrète, qui profite aux gouvernements, aux riches et aux grandes institutions financières, tout en appauvrissant les travailleurs et les petits épargnants: «Toute l’économie est au service d’une idéologie, celle du néolibéralisme. L’inflation en est un bon exemple: elle fait monter le prix des actifs, donc ceux qui possèdent déjà des biens, notamment immobiliers, voient leur richesse augmenter. Ceux qui n’ont rien, eux, affrontent des lendemains plus difficiles, car tout devient plus cher.»
Un prochain krach est inévitable
Même logique pour les crises économiques, qui, selon l’auteur, ne sont jamais accidentelles. Son expérience dans plusieurs banques vaudoises,BCVet Swissquote notamment, lui a permis de constater que le mécanisme est toujours le même: création d’une bulle spéculative, afflux des investisseurs, éclatement de la bulle et, enfin, effondrement des marchés boursiers. La prochaine sera-t-elle celle de l’intelligence artificielle comme le prédisent certains économistes? «Difficile à dire. La bulle est là, mais les revenus générés par l’IA augmentent, donc ça peut éclater demain, comme durer plusieurs années. Et si ce n’est pas l’intelligence artificielle, un autre krach interviendra bientôt car les cycles économiques se raccourcissent toujours plus.»
Chapitre après chapitre, le banquier repenti déconstruit inlassablement les principaux mots clés de l’économie. La croissance? «La drogue des élites et le seul indicateur du néolibéralisme». La classe moyenne? «Un mythe qui permet de maintenir la paix sociale». La guerre? «Un business extrêmement rentable».
Ken Schwander ne serait-il pas finalement l’alter ego lausannois de Thomas Piketty, le célèbre économiste français connu pour ses recherches sur les inégalités sociales? «On me le dit souvent, sourit-il. Mes lecteurs de droite me taxent même de marxiste, mais ceux de gauche trouvent tout de même que je suis trop à droite. Donc les gens jugeront. Reste que si l’on prend l’exemple de Lausanne, il apparaît évident qu’il y a une classe populaire qui a du mal à s’en sortir et une élite, politique et économique, qui arrive très bien à s’entretenir. D’autant que les ultra-riches ne paient quasiment pas d’impôts, la récente polémique liée à la non-application du bouclier fiscal vaudois le prouve. La justice fiscale ne s’applique qu’aux pauvres.»
Un système invincible
Et les solutions? «Mon livre est avant tout une autopsie, je ne vois malheureusement pas vraiment de solutions. Pour espérer changer le système, il faut être politisé, mais dès qu’on le devient, on change sa vision et on a les coudées moins franches. On ne peut rien faire contre ce système, il est trop bien huilé. Il m’a tellement usé, physiquement et mentalement, que j’ai souhaité en sortir.»
Aujourd’hui, Ken Schwander enseigne l’économie à des adolescents de 12 à 15 ans à Prilly. Moins confortable financièrement, ce métier lui redonne cependant sens et motivation: «J’y retrouve le plaisir et l’énergie que je n’avais plus dans les banques, même si je dois constamment rappeler à mes élèves que la richesse ne tombe pas du ciel, contrairement à ce qu’ils finissent par croire à force de scroller sur les réseaux sociaux. Je leur explique que la vie n’est pas aussi simple, même à l’ère de TikTok…»