MUNICIPALES 2026 • Entre militantisme, action concrète, engagement politique et fidélité à ses convictions, la socialiste Emilie Moeschler défend une vision politique ancrée dans le quotidien et résolument collective.
Fille d’un père artiste peintre et d’une mère enseignante et médiatrice auprès de jeunes en difficulté, Emilie Moeschler grandit dans le Jura bernois, au sein de la minorité francophone. Une expérience fondatrice: «On n’était pas vraiment pris en compte par les autorités cantonales, toutes les communications étaient en allemand, c’était une sorte de discrimination».
Très tôt, elle prend conscience des enjeux liés à la langue et à l’identité. Elle siège ensuite au Grand Conseil bernois, où elle représente la Ville de Bienne, et intègre la députation francophone: femme, de gauche, romande et âgée de moins de 40 ans, autant dire qu’elle se retrouve dans une position loin d’être majoritaire.
L’engagement naît dans la rue
Ces années seront marquantes, lui offrant un regard aigu sur les rapports de force, le sentiment d’invisibilité des minorités et l’importance de défendre leurs droits au quotidien. Son bureau mêle symboles des institutions et détails qui racontent en pointillé son parcours personnel.
Aux meubles fonctionnels s’ajoutent des œuvres de la collection de la Ville, un tableau de son père artiste, des cartes et des mots de ses enfants, et une photo de la grève féministe, comme un rappel que l’engagement citoyen commence dans la rue. Le temps de l’adolescence est justement pour Emilie Moeschler, celui des premières manifestations anti-WEF, altermondialistes et féministes. Dans ces rassemblements, bruyants, colorés et parfois exigeants, elle découvre la force du collectif, la puissance de la solidarité et la conviction profonde que c’est ensemble qu’on peut véritablement changer les choses. Peu à peu, un désir s’impose à elle: celui de ne pas rester spectatrice, mais de participer activement à la transformation durable de la société, en mettant ses convictions au service de l’action concrète et en apprenant à conjuguer idéal et engagement citoyen.
Après un passage par Science Po, elle devient assistante sociale, puis syndicaliste, tout en rejoignant le Parti socialiste, convaincue que l’action institutionnelle et le militantisme sont complémentaires. «J’ai besoin de concret», dit-elle simplement. Ce va-et-vient entre la réalité du terrain et le recul des institutions ne l’a jamais quittée. Participer à la grève féministe avec sa fille, par exemple, n’est pas pour elle un geste symbolique, mais une continuité: «Ça fait partie de mes convictions. J’ai un engagement militant qui date d’il y a longtemps.»
Et une quête de sens qui ne la lâche pas: «Quand on prend une décision, l’important est de toujours se demander: pour qui? Et avec quel impact pour la population?» Une exigence qu’elle s’applique d’abord à elle-même, en se confrontant sans cesse à celle qu’elle était avant d’entrer à l’exécutif: «Qu’est-ce que la militante que j’étais dirait au membre de l’exécutif que je suis maintenant?» Cette posture nourrit son rapport au pouvoir, qu’elle voit comme une responsabilité temporaire, et non comme un plan de carrière ou un aboutissement personnel. «Le peuple nous confie une fonction pendant un moment. On l’honore, et après, on laisse la place, sans quête d’ego.»
Sport et cohésion sociale
Lausannoise de cœur, elle loue une ville créative et cosmopolite, capable de faire naître de l’espoir malgré les crises, et croit profondément au pouvoir local comme levier concret: «organiser une fête de quartier, soutenir une association, créer des espaces de dialogue, animer l’espace public, favoriser la mixité, l’échange: c’est déjà changer les choses.» A la tête de la Direction des sports et de la cohésion sociale, elle voit aussi évidemment le sport comme un espace de vie collective et un créateur de liens.
Elle-même pratique le pilates chaque semaine, le ski et le vélo en famille, et essaye de dégager du temps pour la culture et les concerts malgré un agenda chargé. Face à la défiance croissante et à la violence symbolique – et parfois réelle – envers la classe politique, elle plaide pour le dialogue, le respect mutuel, et l’acceptation sans exception de règles partagées. Refusant le cynisme comme la résignation, Emilie Moeschler continue d’avancer avec la même boussole qu’à ses débuts et cultive une attention constante à rester elle-même, sans se laisser aspirer par la compétition politique. «Si on n’a plus de plaisir, si on n’a plus de conviction, alors il faut arrêter. »