«Avec ce livre, je me suis affirmée»

Rédigé par
Joëlle Tille
Société

PORTRAIT • La Chavannoise Adeline Babey a sorti en autoédition son premier roman «Le fond de mon âme». L’aboutissement d’un travail non seulement créatif mais surtout d’affirmation de soi. Rencontre avec une passionnée.

Ce premier roman est le résultat d’une histoire qui germe dans l’esprit d’Adeline Babey depuis longtemps, elle qui écrit depuis qu’elle sait tenir un crayon; celle d’une romance mettant en scène, notamment, un enquêteur. «Quand j’étais jeune, je remplissais des cahiers entiers», se souvient-elle. Mais il y a vingt ans, et qui plus est dans un milieu qu’elle qualifie de «traditionnel», «écrire des livres n’était pas considéré comme un métier donc on ne m’a pas laissé envisager cette voie-là.» Néanmoins, elle ne le regrette pas, puisqu’elle a fait de sa passion première – les trains – son métier. «C’est dur quand on est ado de choisir une profession. Lorsque l’on m’a demandé ce que j’aimais, tout à coup c’était l’évidence. J’ai répondu que si je pouvais voir passer des trains toute la journée, je serais heureuse.»
Une vie sociale entre parenthèses
Les trains ont toujours fait partie de la vie d’Adeline, originaire de Porrentruy. «Dans ma famille, il y a toujours eu quelqu’un qui, de près ou de loin, était dans le milieu ferroviaire, ou passionné. Moi, j’aimais aller m’asseoir en gare de Porrentruy et regarder les trains passer. Me dire que, le matin, un train est dans le Jura et le soir au Tessin, je trouvais cela fascinant.» 
C’est donc sans grande surprise qu’Adeline, alors âgée d’une vingtaine d’années, commence sa carrière aux CFF, à la circulation des trains. «À l’époque, c’était dans une cabine, en gare de Lausanne, avec vue sur les quais.» Des horaires variables et exigeants: «Pendant dix ans, ma vie sociale a été un peu mise entre parenthèses. Ces horaires, ça isole.» L’écriture fait aussi partie de ces activités qui ont été laissées dans un tiroir. Mais le personnage principal de son roman a toujours été là, dans un coin de sa tête. En 2022, lorsqu’elle change de métier et devient planificatrice des horaires, toujours aux CFF, la romance qui balbutiait dans son esprit prend forme. «En retrouvant des horaires réguliers, je me suis demandé ce que j’aimerais faire.» Elle commence par prendre des cours de yoga. Les rencontres effectuées la guident petit à petit. «J’ai rencontré beaucoup d’artistes, qui pratiquaient des hobbies qu’ils vendaient. Je me suis dit, et pourquoi pas moi?»
Pratiquant aussi la voyance de manière professionnelle, elle conseille un jour une personne âgée souffrant de burn-out. «Je lui ai demandé ce qu’elle faisait enfant lorsqu’elle avait du temps libre, pour l’encourager à s’y replonger afin de lâcher prise.» Lors d’un voyage en Suède en 2024, le déclic se produit. Elle repense à cette conversation: «Quand je suis rentrée, je suis allé acheter des cahiers et des stylos et j’ai tellement écrit que j’en ai eu mal à la main.» Elle reprend alors sa fiction, à l’état de gestation depuis plus de dix ans. En l’honneur de ce pays dans lequel elle a eu cette prise de conscience, Adeline donne la nationalité suédoise au personnage principal de son roman. Mais ce renouement avec l’écriture a aussi été un cheminement d’affirmation pour la Jurassienne qui vit depuis vingt ans dans l’Ouest lausannois. «Je me sens beaucoup mieux dans mes baskets aujourd’hui, plus en accord avec moi-même», dit-elle. 
Une histoire de résilience
Fascinée par la psychologie humaine depuis longtemps – c’est son sujet de lecture préféré – elle l’est particulièrement de la résilience. Une résilience que l’on retrouve d’ailleurs comme un fil rouge dans son ouvrage. «C’est une romance, mais très loin du feel-good. C’est un drame humain, où les personnages sont remplis de failles.» 
Une manière aussi de mettre en perspective son propre vécu, même si les expériences de ses personnages ne sont pas nécessairement les siennes. «Depuis mes 26 ans, j’ai l’impression que ma vie a été un grand travail de résilience», poursuit-elle. À cette époque, elle met notamment fin à une relation toxique avec un homme jaloux et possessif. «Je ne pouvais pas continuer parce que je ne vivais pas. Finalement, je me suis rendu compte que je pouvais tout faire toute seule; voyager, aller au restaurant, tout».  
Écrire un livre, aussi. Démarrer ce projet et aller jusqu’au bout l’ont aussi aidée à affronter sa rupture. «Les gens pensent que les auteurs qui autoéditent sont les refusés des maisons d’édition. Pas pour ma part. J’ai décidé de le faire ainsi, car j’avais besoin de me prouver de quoi j’étais capable.» Mue par la force de la confiance acquise avec ce premier aboutissement, Adeline s’est déjà lancée dans l’écriture de son deuxième roman qui abordera la thématique de la toxicomanie et qui sortira en 2026. 

«Le fond de mon âme», Adeline Babey. 

En savoir plus