MUNICIPALES 2026 • Chaque semaine jusqu'aux élections, Lausanne Cités vous présente un portrait inédit des candidats à la Municipalité. Issu d’un quartier populaire et marqué par une enfance modeste, le candidat centriste Serge de Ribaupierre a construit sa vocation politique sur le pragmatisme, la solidarité et l’expérience vécue.
Quand on pousse la porte de son appartement du quartier du Grey, ce sont d’abord les jouets de son fils qui attirent l’œil. «C’est notre premier, et il prend toute sa place c’est-à-dire la plus importante», sourit-il, en montrant les marques de biberon sur la vieille table qu’il a refusé de changer. Entre les photos de voyage et les stigmates du quotidien, se dessine le portrait d’un homme partagé entre racines lausannoises, curiosité du monde et sens aigu du concret.
Rendre à la collectivité
Sa vocation politique naît tard, en 2020, en pleine pandémie. Jusque-là, il a enchaîné les étapes «en sportif», comme une montée de col: CFC, brevet, diplôme fédéral, master, carrière dans la comptabilité et le contrôle de gestion, notamment dans une biotech active dans la recherche contre Alzheimer, puis pour une entreprise de robots chirurgicaux issue de l’EPFL. «Une fois que le diplôme fédéral était en poche, je me suis dit: qu’est-ce que je peux faire de plus? J’avais envie de rendre un petit peu à la collectivité, d’apporter mes compétences là où il y en a besoin» La crise du Covid et son engagement au sein de la Protection Civile finissent de le convaincre: il se lance aux élections communales de 2021, puis aux cantonales.
Son choix du Centre relève d’une manière d’être au monde. Il parle volontiers de «pragmatisme», de compromis nécessaires pour défendre sur le long terme des valeurs humanistes. Il assume la difficulté d’un parti que la droite trouve «trop à gauche» et la gauche «trop à droite». Mais il persiste: «Penser au bien des autres doit faire partie d’un projet commun. Si on fait attention à nos concitoyens, au final c’est la société qui s’en sort grandie.» Ce souci des autres plonge loin dans sa biographie. Serge a grandi à Entre-Bois, avec une mère célibataire, immigrée portugaise, sans diplôme, travaillant tôt le matin, rentrant tard le soir, en jonglant avec les aléas de la vie et les fins de mois difficiles. Lui enchaîne très jeune les petits boulots: ménages, sondages téléphoniques, tri des déchets, cartons chez DPD, McDo, toujours en parallèle des études. Il s’épuise en HEC, échoue, «touche un peu le fond», puis décide un reset: départ pour presque une année à San Diego, retour, apprentissage, formation continue, jusqu’au diplôme fédéral et au master, avec en filigrane, une grand-mère atteinte d’un Alzheimer qu’il a longtemps accompagnée avant son placement en EMS.
Lausanne de plus en plus clivée
Cette traversée nourrie de galères explique sa sensibilité aux âges de la vie: familles, handicapés, seniors. À ses yeux, Lausanne manque d’«accompagnement». Sa boussole politique, il la décrit aussi par contraste, en parlant de Copenhague, ville dont ils sont, avec son épouse, tombés amoureux au point d’avoir envisagé de s’y installer. Il y admire l’équilibre entre les modes de transport, l’attention portée aux enfants, aux cyclistes, aux piétons, et surtout une forme de bienveillance quotidienne. «On peut ne pas être d’accord, mais on se respecte», résume-t-il. À Lausanne, il voit au contraire monter l’animosité, le clivage, les gens «prêts au conflit pour tout et rien». Sa Lausanne à lui, c’est d’abord celle des quartiers nord: Entre-Bois, Bois-Mermet, les Plaines-du-Loup, le Stade Olympique, la Louve qui coule au fond du bois.
Et aujourd’hui le Grey, cette grande barre d’immeubles à la réputation mitigée qu’il décrit comme «un microcosme familial», avec voisins qui aident à déménager, apéros, anciens camarades croisés à la crèche ou au marché. Sa vie et son engagement politique se confondent: une même volonté de «brasser» les classes sociales, de défendre une ville où l’on se parle encore et où le bien commun reste l’horizon.