ÉLECTIONS COMMUNALES • Dans cette commune de l’Ouest lausannois, connue pour être un hub de trafic très dense, piétons et automobilistes ne semblent plus s’entendre. Alors que les uns attendent avec impatience la fin des travaux, les autres espèrent des mesures plus importantes des autorités.
Le jour n’est pas encore complètement levé que déjà la bonne centaine d’élèves du collège du centre à Prilly affluent depuis les quatre coins de la commune. Un nom bien choisi pour ce bâtiment qui surplombe le carrefour le plus fréquenté de la commune. Pour atteindre leur école depuis le nord, les petits Prillérans peuvent emprunter le passage sous-voie devant le centre commercial ou traverser la route de Flumeaux ou celle de Cossonay, deux axes très empruntés.
Parents inquiets et automobilistes excédés
«Sur la route des Flumeaux, il y a toutes les semaines des gens, enfants ou adultes, qui sont à deux doigts de se faire renverser, témoigne Maria, qui accompagne chaque jour plusieurs enfants depuis six ans. Alors, nous avons reçu des directives, nous conseillant d’emprunter le passage sous- voie pour des raisons de sécurité. Mais je le trouve plus dangereux encore que la route, il y a des trottinettes qui le traversent à des allures folles et qui frôlent les enfants et les poussettes. Donc je l’emprunte rarement.» Avec le sentiment que les principaux décideurs ne sont pas conscients des réels dangers. Sophie* habite un peu plus bas dans la commune, sur une rue perpendiculaire à l’avenue de Floréal. Depuis sa fenêtre, elle observe toutes sortes d’incivilités. «Avec tous les travaux un peu partout, et notamment du côté de Malley, beaucoup plus de voitures passent par Renens et Prilly, souvent en coupant par des petites rues. Ça crée pas mal de trafic dans des zones qui ne sont clairement pas prévues pour ça. La plupart des conducteurs ne respectent pas vraiment les limitations de vitesse, et comme ce sont des zones 30, il n’y a pas de passages piétons.» Il y a quelques mois, elle est allée jusqu’à écrire une lettre à la commune, à laquelle cette dernière a répondu qu’elle était consciente de la situation.
Du côté des automobilistes également, les conditions sont pénibles. Les temps d’attente font grincer des dents. «Sur la route de Cossonay, ils ont installé un feu rouge depuis quatre mois pour les enfants qui vont à l’école, en lieu et place des patrouilleurs scolaires, raconte Olivier Gallizioli, habitant de la commune. Et depuis, ça bouche complètement le rond-point du centre. En plus, il est rouge toutes les minutes. Et puis on ne peut même plus dépasser les bus quand ils sont à l’arrêt et ça c’est absurde.» Entre parents inquiets et automobilistes excédés, la commune de Prilly se retrouve acculée de partout.
Mesures prises
Et pourtant, des mesures ont été mises en place pour améliorer la fluidité du trafic et assurer la sécurité de tous. «Le 30 km/h a déjà été mis en place dans de nombreuses zones, explique Piero Morandini, chef du service Infrastructures et espaces publics de la Ville. Certaines sont même fixées à 20 km/h. Nous avons lancé des études de mobilité ciblées piétons, cyclistes et transports motorisés. Elles sont en phase de finalisation et nous permettront de mettre en œuvre, en 2026 déjà, des mesures précises pour améliorer la mobilité douce.» La commune projette également la création de «Rues Ludiques». Trois passages clés seront transformés par des étudiants et écoliers avec du mobilier et des fresques pour sensibiliser les passants.
Accompagner les enfants
Des règles strictes sont également mises en place pour tous les déplacements d’enfants en groupe avec les unités d’accueil pour écoliers (UAPE) et les garderies. «Normalement, les directives demandent un accompagnant pour douze élèves, explique Clelia Argenziano, cheffe du Service de l’Enfance à la commune. Mais comme c’est relativement peu, et que quelques tronçons sont un peu délicats, notamment à Corminjoz, une aide supplémentaire a été engagée dans l’équipe pour accompagner les enfants de 1P et 2P qui ont un trajet un peu plus long.»
Les mesures mises en place n’auront cependant aucun effet tant que les enfants et les parents ne seront pas suffisamment sensibilisés aux dangers et à la conduite à avoir en tant que piéton. Car pour Maria, par exemple, beaucoup d’enfants n’ont aucune conscience du danger. «On voit souvent des enfants très jeunes, trop jeunes pour faire le trajet tout seuls. Mais les parents n’ont pas le temps d’aller les amener, c’est triste à voir. Parfois, ils doivent également se déplacer pour aller à la patinoire, et ils ne sont même pas accompagnés!»
La police se rend, comme depuis de nombreuses années, dans les classes afin de parler aux élèves des problématiques de la route. «Le territoire de Prilly ne présente pas de problématique routière plus élevée que d’autres, mais nous misons néanmoins sur la prévention dès le plus jeune âge, pour sensibiliser les enfants, explique le premier-lieutenant Hautle, chef de la division Police Proximité. Chaque année, le personnel de l’unité prévention visite les classes pour aborder des thèmes qui varient selon les âges.» Les électeurs attendent donc leurs futurs gouvernants au tournant. Car avec l’arrivée des quelque 5000 nouveaux habitants dans le quartier de Malley, au sud de la commune, le trafic ne promet pas de se calmer de sitôt.
Reste à espérer que la mise en service du tram, dans le courant de l’année 2026, désengorgera les nombreux tronçons impactés jusqu’à maintenant par le chantier.