Patrizia Mori, une jeune femme hors slogans

Lausanne

MUNICIPALES 2026 • À rebours des tendances et des postures, l’UDCPatrizia Mori avance en politique comme elle vit: avec constance et convictions, entre foi intime, engagement citoyen et regard inquiet sur Lausanne.

C’est chez elle, dans le quartier de Beaulieu-Vinet, que Patrizia Mori nous reçoit. L’appartement, à l’ambiance presque baroque, est meublé exclusivement de seconde main: fauteuils anciens, objets chinés, œuvres d’artistes locaux, antiquités, bocaux de pharmacopée hérités de sa famille. «En termes de recyclage, je suis au top, il n’y a quasiment rien de neuf, sourit-elle. Ce n’est pas du militantisme, c’est juste que je trouve ça beau. Je me sens chez moi dans ces meubles anciens, dont beaucoup viennent de ma famille.» Et il est vrai que Patrizia, qui aime tant la lecture, la philosophie, le piano, la musique classique et les objets anciens, semble peut-être née à la mauvaise époque: une jeune femme hors du temps, hors slogans, et hors postures.
Memento mori
Au bord de la fenêtre, une réplique de crâne donne un air shakespearien au salon. Lui répondent comme un écho, les crânes miniatures du bracelet accroché à son poignet. «Ce n’est pas un bracelet, c’est un chapelet. Chaque petit crâne est là comme un rappel que rien n’est éternel, que tout passe, nous y compris: memento mori.» 
Hérité du christianisme médiéval et du stoïcisme, cette philosophie invite à réfléchir à la mort pour mieux comprendre le sens de la vie terrestre. C’est peut-être ce qui pousse Patrizia à avancer aujourd’hui, elle qui a survécu à quatre balles tirées à bout portant dans le dos il y a huit ans. «Si je suis encore là, c’est qu’il y a une raison», philosophe-t-elle. Longtemps méfiante envers les étiquettes partisanes, Patrizia dit avoir aimé la politique suisse pour son lien direct avec le peuple: «La politique en Suisse, c’est tout le monde. C’est autour d’une table, d’un verre, c’est très ancré dans la société civile.»  Son engagement se fait presque par surprise, au fil de discussions, de rencontres, jusqu’à ce qu’on lui propose d’être candidate. Elle accepte sans calcul: «J’ai dit oui, je ne savais pas du tout ce qui m’attendait, j’étais très étonnée… mais j’ai aimé.»
Ce qui l’anime profondément, c’est le refus d’être réduite à une identité, d’être enfermée dans une case. Femme, jeune, d’origine étrangère, handicapée: autant d’étiquettes qu’on lui renvoie, mais qu’elle balaie. «Moi je ne me résume pas à ça. C’est bien pratique pour les gens de me réduire à une image, à une histoire. Mais je me résume essentiellement  à des valeurs, immuables, et que je veux défendre: le travail, la responsabilité individuelle, le refus du mirage hors-de-prix de l’État Providence, sans toutefois renier la solidarité, mais jusqu’à un certain point», précise-t-elle. 
Et une foi assumée, vécue comme une force intérieure plutôt qu’un dogme. «La foi, c’est faire confiance. Se rappeler que tout peut changer. Profite de l’instant présent. Memento mori.»
Une intégration exigeante
Née en Italie, Patrizia Mori arrive très jeune en Suisse, apprend le français, se fait une place à l’école où elle est parfois pointée du doigt parce qu’italophone, puis se retrouve sur les bancs de l’université. Elle revendique une intégration exigeante, vécue personnellement, loin de tout angélisme. «Est-ce que tu viens pour profiter du système ou est-ce que tu veux vraiment t’intégrer? Moi, j’ai fait l’effort. Soit tu sers la Suisse, soit tu sors de la Suisse», lance-t-elle. Elle observe sa ville évoluer avec inquiétude, dit ne plus la reconnaître: «Commerces fermés, insécurité grandissante, crise du crack… je commence à voir des zombies un peu partout.» Elle appelle à une réponse ferme mais réaliste, consciente des limites communales. «Il est certain que le fléau du trafic de drogue ne peut pas se régler à l’échelle communale. C’est au niveau fédéral que ça se joue. Mais on peut déjà améliorer les choses si l’on décide enfin de les prendre en main.»
Citoyenne avant d’être élue, elle s’efforce de vivre selon ce qu’elle défend. «Être conservateur, c’est aussi conserver ce qu’il y a autour de nous. Conserver nos entreprises, nos artisans, nos savoir-faire, nos traditions, notre patrimoine, nos ressources, notre eau. Ainsi, je préfère manger local, soutenir nos commerçants, notre terroir, nos artisans, nos paysans. C’est une écologie pragmatique, et non pas dogmatique, moraliste ou technocratique comme on voudrait nous l’imposer.» Inclassable, Patrizia l’assume pleinement. «Les gens ne comprennent pas trop dans quelle case me mettre.» Est-ce que l’UDC est la bonne case alors? «Je m’y sens bien, respectée pour ce que je suis, avec mes valeurs et mon parcours atypique.» 

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