INSÉCURITÉ • À l’abri des regards et souvent proches des sorties, les caves sont une cible de choix pour les cambrioleurs. À Lausanne, la police confirme une augmentation des vols en 2025. Enquête sur un phénomène difficile à endiguer.
Dans cet immeuble du quartier Sous-Gare à Lausanne, la cave de Patrick et Emilie* a déjà été cambriolée trois fois, dont deux en 2025. «Ils ont pris des bouteilles de vin, du matériel de pêche et de camping». Au total, le couple évalue le montant des larcins à près de 3000 francs. Le bilan annuel de la criminalité n’est pas encore publié pour 2025, mais la tendance générale est confirmée par la police de Lausanne: les infractions liées à des cambriolages de caves sont en augmentation, surtout dans le centre-ville. Les voleurs ciblent des objets de valeur facilement transportables, tels que vélos, matériel électronique, alcool ou outils, mais aussi du matériel de ski ou des vêtements chauds. «Les lieux sont parfois visités par des personnes précarisées qui cherchent à y dormir ou y consommer des substances à l’abri des regards», relève Samuel Nanchen, porte-parole de la police municipale.
Un système de cloisons particulièrement vulnérable
Mandatées par les gérances pour venir effectuer les réparations, les entreprises de menuiserie sont aux premières loges pour témoigner de l’évolution du phénomène. Employé au sein de la PMElausannoise Pantet Pascal & Fils, Christophe Spillebout a vu la situation se détériorer durant ses quinze dernières années d’activité. «C’est une folie. Depuis cinq ans, les cambriolages ont triplé. Parfois, il y a des séries. On va travailler trois jours sur un immeuble car toutes les caves auront été touchées». La police ne communique pas de chiffre précis sur le taux d’élucidation de ces infractions, mais souligne la difficulté des enquêtes en raison du caractère discret des faits et l’absence fréquente de témoins ou d’indices exploitables. Les malfrats profitent parfois d’une porte d’immeuble laissée ouverte, l’accès par un garage, mais n’hésitent pas, s’il le faut, à briser les serrures.
Une fois l’accès aux caves obtenu, un outillage simple suffit généralement à forcer le système de cloisons en claire-voie, des lattes de bois, typique des caves individuelles en Suisse. Aujourd’hui, cette structure montre ses limites, avec dans certains vieux bâtiments, des planches de bois anciennes et fragiles. «C’est une catastrophe. Si les planches sont neuves et larges, c’est solide, mais dans certains immeubles, il suffit de donner un coup de pied et cela casse comme du verre», rapporte Christophe Spillebout. Les espaces entre les lattes profitent aussi aux malfrats qui repèrent facilement les objets qui les intéressent.
Pour le menuisier, la cave idéale serait murée, avec une porte solide dotée d’une serrure à cylindre, comme les portes des habitations. Si aucune loi ne prescrit aux gérances de construire les caves de leurs immeubles avec le système de claire-voie, elles continuent majoritairement à l’utiliser par coutume, et pour répondre à des raisons pragmatiques et économiques, notamment liées à la circulation de l’air et au coût des matériaux.
Un coût acceptable pour les gérances.
Mais à force d’intervenir, les entreprises de réparation apprennent à reconnaître des modes opératoires. «Ces derniers temps, on a affaire à une nouvelle équipe de voleurs qui fait beaucoup plus de dégâts, observe Christophe Spillebout. Les professionnels sont méthodiques et causent relativement peu de dommages. Les amateurs, eux, lacèrent les portes jusqu’à ce qu’elles cèdent, ce qui entraîne des frais de réparation plus conséquents». Si les locataires assument les coûts de la franchise lorsqu’ils déclarent les objets volés, les frais des dégâts causés au bâtiment sont généralement pris en charge par l’assurance du propriétaire. Les coûts varient de quelques centaines de francs à plus de 2000 francs selon l’ampleur des dégâts.
Contrairement à la plupart des gérances, la Société Coopérative d’Habitation Lausanne (SCHL) a décidé d’assumer elle-même les frais en cas de cambriolage. «Que ce soit en lien avec les dégâts d’eau ou effractions, nos immeubles sont bien rénovés et adaptés, si bien que les primes d’assurance nous coûteraient plus cher que les réparations», explique Boris Berger, responsable gérance à la SCHL. Selon lui, malgré des périodes de recrudescence des effractions, les coûts restent acceptables et ne sont pas répercutés sur les locataires.
La vigilance reste essentielle
Au moment de l’intervention, les entreprises de menuiserie cherchent à renforcer au maximum les structures existantes. «À moins d’être dotée d’une porte blindée, aucune cave n’est inviolable. Ce que l’on peut améliorer, c’est le temps nécessaire pour ouvrir une porte et le bruit que cela implique, ce qui réduit le risque de cambriolage», explique Pascal Pantet, le directeur de l’entreprise Pantet Pascal & Fils. Les vols étant commis en priorité là où l’accès est facilité, la police de Lausanne souligne l’importance d’une approche globale de la sécurisation des immeubles. Celle-ci passe notamment par le contrôle des accès, par exemple au moyen de verrous, badges ou digicodes régulièrement actualisés, ainsi que par un éclairage adéquat des parties communes et, lorsque c’est pertinent, par des dispositifs de vidéosurveillance clairement signalés. À la SCHL, des caméras de surveillance ont été installées dans certains quartiers. Encadrées par un cadre légal strict, elles auraient un effet dissuasif et faciliteraient la collaboration avec la police, mais leur coût empêche une installation systématique.
Pour Boris Berger, la vigilance individuelle reste essentielle. «Si l’on bloque la porte pour remonter des courses, il ne faut pas oublier de la débloquer, et rester attentif aux personnes qui entrent derrière soi». Dans l’immeuble Sous-Gare, l’exaspération a laissé la place à la résignation: «Nous ne mettons simplement plus rien de valeur à l’intérieur de notre cave. Nous l’utilisons juste pour stocker des objets sans valeur marchande, le reste est rangé dans notre appartement», témoigne le couple de Lausannois.
*prénoms d’emprunt
Les bons réflexes à avoir
Il est recommandé d’éviter d’entreposer des objets de valeur dans la cave et de masquer autant que possible la vue de ce qui s’y trouve. Le renforcement de la porte de cave, par exemple au moyen d’une chaîne à maillons serrés et d’un cadenas, peut également dissuader les intrusions. Il est par ailleurs important de vérifier que son assurance ménage couvre correctement les biens entreposés en cave et que la somme assurée est suffisante. En cas de cambriolage, il est conseillé de ne toucher à rien, d’appeler immédiatement la police au 117 et d’avertir sans délai sa gérance afin d’engager les réparations nécessaires et les démarches auprès de l’assurance.