MUNICIPALES 2026 • Optimiste pragmatique, farouchement libre, amoureuse de la terre et de la chose publique, la Verte Natacha Litzistorf défend une politique locale concrète, tournée vers le terrain et la cohésion sociale.
C’est au Barbare, un des plus célèbres cafés historiques de Lausanne, que l’élue en charge du logement, de l’environnement et de l’architecture, me donne rendez-vous, un lieu où son histoire professionnelle se retrouve presque dans les murs. Elle y voit un symbole: «C’est un des plus jolis projets que j’ai fait avec mes équipes».
Un bâtiment rénové sans le figer, «en remettant le patrimoine au centre», mais en le gardant vivant, habité, traversé d’idées et de rencontres. Pendant les travaux, elle a tenu à ce que le lieu continue d’exister: «On a fait en sorte que le lieu continue à vivre malgré les travaux», avec des «rencards barbares» et une programmation culturelle.
Sa vocation ne naît pas d’un rêve de tribune, ou d’une opportunité carriériste, mais d’un amour tenace pour la chose publique. À la sortie de Sciences Po, elle postule «à toutes les administrations possibles», rêve de l’administration fédérale, et aussi de la Ville de Lausanne – sans être prise. Elle s’oriente alors vers ce qui devient son socle: «Ma profession de base, c’est l’évaluation des politiques publiques. Analyser, prédire, étudier, voir ce qu’une décision politique apportera concrètement me passionne».
Imaginer une ville qui fait société
L’engagement électif arrive finalement sur le tard, après 40 ans, presque par continuité: «Je travaillais déjà avec des élus, je préparais des études, des discours… Mais le temps du terrain était venu». Avec une ligne claire et nette fixée dès le début: rester au plus près du terrain. L’échelon local, pour elle, c’est la possibilité de concevoir, de mettre en œuvre, et surtout de voir les résultats et les effets qu’ont des décisions prises qui se concrétisent, un antidote à la frustration des dossiers qui s’éternisent.
Pour Natacha Litzistorf, la ville doit être pensée pour décloisonner les gens, brasser les populations, favoriser les échanges, rassembler. Elle rêve d’une ville qui fait société: «Si on œuvre pour un espace public accueillant, inclusif, végétalisé, les gens auront envie d’y passer du temps, de sortir de chez eux. C’est un excellent socle de cohésion.» Alors elle sort, observe, dialogue, écoute, répond, même aux messages durs et aux critiques. «En tant qu’élue, je reçois aussi des messages de mécontentement, des critiques. Je me fais un devoir d’y répondre. Quand on tend la perche du dialogue, elle est souvent saisie».
Le pouvoir de la terre
Elle n’aime rien tant que ces moments où un débat autour d’un aménagement provisoire, une rencontre de quartier, une inauguration, permettent de partir à la rencontre de la population, d’être à leur écoute, et de retisser des liens.
Une autre manière de renforcer le lien social tient en quelques lopins de terre: les potagers urbains. Un projet qu’elle défend «depuis plus de 20 ans», parce qu’il fabrique de la mixité «pour de vrai»: «Des jeunes, des aînés, des cols blancs, des cols bleus, des gens d’ici, des gens d’ailleurs… des personnes qui ne se croiseraient jamais se retrouvent dans leur carré de terre et partagent un moment de vivre-ensemble. C’est aussi un excellent complément de pouvoir d’achat, notamment pour les ménages les plus modestes, quasiment la possibilité d’un 13e mois. Sans parler de l’amélioration des régimes alimentaires, plus de légumes, plus de bio… un simple carré de terre aux effets prouvés et variés».
Son rapport à l’environnement, à la terre, est loin d’être un slogan, et est profondément ancré dans son histoire personnelle: «J’ai grandi chez ma grand-mère en Gruyère, une période de liberté totale, pieds nus et en pleine nature, au contact d’une ferme». Cette liberté reste sa boussole, et un souffle pour aborder la politique les pieds sur terre.