Grégoire Junod, un syndic prêt à replonger dans le bain

Rédigé par
Thomas Lécuyer
Lausanne

MUNICIPALES  2026 • De l’enfance au bord du lac à l’exercice du pouvoir, le socialiste Grégoire Junod retrace un engagement politique profondément lausannois, porté par un idéal de mixité sociale et de cohérence dans l’action. 

C’est la piscine de Bellerive que Grégoire Junod a choisie pour nous donner rendez-vous dans un petit matin d’hiver désert. «Je suis arrivé de Strasbourg quand j’avais cinq ans. Cette piscine, pour moi, c’est énormément de souvenirs. Les joies de l’été, les copains, le lac, les premiers flirts aussi». 
Bellerive n’est pas seulement un bassin de souvenirs, c’est aussi une mémoire politique. Inaugurée en juillet 1937 par une Municipalité de gauche, la piscine et son plongeoir s’offraient aux familles populaires, incarnant une vision de la ville où l’accès aux loisirs, à la nature et à la dignité du temps libre devait être garanti à tous et racontant «l’engagement de la gauche pour les infrastructures publiques, pour l’emploi aussi». Chez lui, la piscine proustienne se mêle à l’histoire sociale: aimer Lausanne, c’est aussi aimer ce qu’elle a choisi d’être.
Le grand bain
Justement, comment Grégoire Junod a-t-il choisi de cheminer en politique? «Avec un père professeur de théologie et une mère conseillère conjugale, on peut dire que je viens d’une famille où l’on discute beaucoup. On a beaucoup débattu, on s’est beaucoup disputés, on s’est beaucoup écoutés aussi. De là me vient la culture du débat, des discussions». 
La vocation prend forme au début des années 90: «Choisir la politique, choisir un engagement, ça a été d’une certaine manière une façon de tracer ma propre voie, et aussi de la faire entendre. Ma première réunion des Jeunesses socialistes était au café du Pont Bessières, il n’existe plus…» Alors oui, il y a le temps qui passe, les stratégies à élaborer, les compromis à trouver et les contraintes à respecter. 
Mais Grégoire Junod se fixe une discipline rigoureuse pour garder le cap, organiser ses priorités et ne pas se laisser déborder par le quotidien politique. Et toujours, il y ajoute une touche d’humour, subtile et maîtrisée: «J’essaie de faire une chose de gauche par semaine.» Avant d’évoquer le côté sacerdotal de la politique: «On y donne tant de temps et d’énergie qu’on ne peut pas faire ce métier pour une posture. On s’engage en politique pour des valeurs profondes qui nous animent.» 
Une boussole, le logement
Et ce qui l’anime dans la durée revient toujours comme une boussole: le logement. Il en parle non seulement comme d’un enjeu politique, mais aussi comme d’un moteur personnel, intimement lié à sa vision d’une ville vivable, accueillante et riche de sa mixité sociale. 
Pour lui, chaque décision sur le logement a un impact direct sur la vie quotidienne des habitants, sur la cohésion des quartiers et sur la vitalité de la cité. La croissance démographique se poursuit, et il refuse de laisser Lausanne devenir un lieu où «les classes moyennes sont éjectées» et où les commerces indépendants disparaissent sous le poids des loyers. Il prend en exemple les nouveaux quartiers, cette ambition d’une ville mixte, avec «tout sur place», citant les Plaines-du-Loup, une réussite incontestable, même s’il y a encore des réglages nécessaires. Pour Grégoire Junod, l’urbanisme est un jeu de patience, avec à la clé une promesse d’égalité. Mais il refuse pour autant de se réfugier derrière les thèmes réputés «confortables» pour la gauche, tout comme le partage paresseux des sujets: l’écologie et le social à gauche, la sécurité à droite. «Pour bien vivre ensemble, il faut se sentir en sécurité chez soi comme dans la rue. Quand l’insécurité grimpe, ce sont souvent les personnes les plus vulnérables qui en font d’abord les frais. On doit aussi s’emparer de ces sujets». Rester longtemps au sein d’un exécutif impose de tenir plusieurs rôles sans se trahir: représenter la ville dans des contextes très divers, aller à la rencontre de milieux parfois éloignés de ses repères, parler culture un jour et police le lendemain. 
Un exercice d’équilibriste que le syndic actuel dit assumer, tout en revendiquant la solidité de son équipe: «L’équipe est soudée, en cinq ans il n’y a pas eu une seule fuite.» Face à une société de plus en plus sous tension, nourrie par les réseaux sociaux, les informations instantanées et des modèles politiques parfois agressifs, il choisit résolument la désescalade, le respect et le dialogue, sans tomber dans ce qu’il nomme le «consensus mou». 
À 50 ans tout ronds, Grégoire Junod affirme plus que jamais avoir l’énergie, la curiosité, sans oublier l’envie de poursuivre son chemin. Il avance avec la conscience que la politique se joue sur un fil délicat, tendu entre l’idéal et le concret de l’exercice quotidien. Pour lui, continuer, c’est rester fidèle à ses valeurs, tout en s’adaptant aux réalités du terrain, avec la même détermination et le même engagement qui l’ont guidé jusque-là, convaincu que chaque décision, même modeste, peut avoir un impact sur la vie des citoyens. 

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