Les Frontrunners font de la course à pied 
un lieu de partage à Lausanne

Rédigé par
Laurent Grabet
Lausanne

SPORT ET LGBTQIA+  • Alors que le Lausanne Marathon se tiendra ce dimanche 25 octobre, nous avons partagé un entraînement avec les Front Runners, un groupe de coureurs à la pointe de la diversité. Reportage.

Ça trottine, ça sue, ça souffle parfois et ça discute ferme aussi. De sport, de boulot, d’amour. De tout et de rien. De la vie. Chaque lundi soir à 19 heures, dix à vingt Frontrunners s’élancent pour un jogging de 5 km, à proximité du Léman. Sur leur t-shirt, un petit logo, souligné du drapeau arc-en-ciel, indique discrètement que ce club de coureurs, comme il en existe des dizaines d’autres en Romandie, a été en revanche pensé par et pour les membres de la «communauté LGBTIAQ+». 
Le groupe a été fondé par Etienne Burnier en juillet 2023. «C’était dans le cadre du mouvement mondial Front Runners. Notre section est d’ailleurs intégrée à l’offre d’activités de Voqueer, exVogay, l’association vaudoise pour la diversité sexuelle et de genre», explique celui travaille dans la communication à l’Office fédéral de la statistique de 47 ans.
Pas d’entre soi mais du partage
Mais ici, ce soir, la «diversité» est aussi et surtout intergénérationnelle. Il y a treize participants. Douze hommes pour une femme. Leurs âges s’étalent de la vingtaine à l’orée de la soixantaine. Certains arborent le mollet galbé du sportif entrainé et d’autres la foulée plus poussive du jogger du dimanche. Leur groupement ne se veut pas spécialement militant. Il ne cultive pas non plus l’entre soi, comme certains le lui ont reproché lors d’une précédente médiatisation. «On ne demande d’ailleurs à personne un certificat de non hétérosexualité avant de s’élancer, plaisante Ricardo, Frontrunner et auditeur à la ville de Lausanne de 39 ans. Et chacun est libre de nous rejoindre sans avoir à se dévoiler. Pas besoin non plus d’être un top coureur!». 
Ici, le sport n’est pas un prétexte mais l’essentiel n’est pas tant la «perf» ou le dépassement que de «partager dans l’amitié et la bienveillance» et «célébrer la diversité». Pierrick, chimiste de 37 ans a intégré les Frontrunners en janvier alors qu’il ne courrait pas auparavant, et apprécie la socialisation qu’il y trouve. «En été, les courses se terminent parfois sur une baignade rafraichissante dans le lac», relève-t-il. Ricardo, coureur confirmé fréquentant le club depuis trois mois, vient surtout pour «rencontrer du monde, et partager un bon moment». Pour lui, c’est «plus sympa et spontané que de sortir dans un bar gay et sans qu’il y ait de dimension "drague"». 
Simple et convivial
Les Frontrunners ne se présentent nullement comme une sorte de «safe space». Aucun de nos interlocuteurs n’a d’ailleurs vécu d’homophobie dans le sport. Aucun, sauf Chloé, 25 ans, sous une forme assez soft quoi que blessante. La jeune femme courra les 10 kilomètres du Lausanne Marathon avec sa sœur et elle apprécie ces entrainements conviviaux. «Il m’oblige à me dépasser», explique cette employée des CFF. Un ami l’avait un peu poussée à s’inscrire au club et elle n’a aucun regret. Que des progrès! «Chacun va à son rythme et les plus lents ne sont jamais abandonné tout seuls à l’arrière… Moi je m’accroche à plus rapide que moi».
Olivier, 56 ans, qui se définit comme «plutôt hors-milieu» aime beaucoup aussi cette simplicité. Ce financier s’est remis à la course à pied en juillet. Il a connu les Frontrunners via des membres d’Aquarius, «club de natation LGBTQI+» lausannois, comptant plus de 70 membres et lancé dès 1995. «Les Front Runners ne sont pas "militantistes’’ même s’il arrive qu’on participe à des prides. Finalement, on prône et on cherche plutôt une certaine indifférence. La sexualité est une dimension importante de l’être humain, mais ne suffit heureusement pas à définir une personne», relève le quinquagénaire entre deux respirations. n

www.frontrunners.org
www.aquarius-lausanne.ch 

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