«Notre mission reste de soutenir 
les métiers du sexe»

Rédigé par
Éiise Dottrens
Société

AU-DELÀ DES CLICHÉS • L'association Fleur de Pavé, qui se bat en faveur des métiers du sexe, fête ses trente ans. L'occasion de faire le bilan sur les évolutions de cet univers particulier, mais aussi des besoins encore criants pour de meilleures conditions de travail. Interview avec sa directrice Silvia Pongelli.

Lausanne Cités: Qu'est-ce qui a changé en 30 ans dans la protection des travailleuses du sexe ? 
Silvia Pongelli: Ce qui n'a pas changé en tout cas, c'est la mission de Fleur de Pavé. Cela reste une association avec la mission d'accueillir, d'écouter et soutenir les personnes qui pratiquent les métiers du sexe. Nous cherchons aussi toujours à réduire les risques pour les personnes travailleuses du sexe, à défendre leurs droits. Ce qui a beaucoup changé, c'est qu'on parle aujourd'hui d'une pluralité de profils. On parle d'ailleurs maintenant des métiers du sexe. Les profils se sont diversifiés et se sont rendus beaucoup plus visibles. On voit maintenant différentes manières de travailler, des parcours et des besoins très variés.

Quels sont les clichés qui collent encore à la peau des métiers du sexe? 
Beaucoup pensent encore que si on choisit ce métier, on ne peut pas se plaindre, par exemple. Que c'est de l'argent facile, qu'on fait ça parce qu'on est bon à rien d'autre. Ce sont des clichés encore très répandus et qui font que les personnes concernées se sentent et vivent une grande stigmatisation. Cela empêche les personnes concernées de demander de l'aide et d'être accueillies de manière respectueuse. 

Aujourd'hui, certaines personnes font-elles ce métier par choix? 
Oui, il y a vraiment une pluralité de personnes qui pratiquent ces métiers, et les raisons pour lesquelles elles ont commencé à faire ce travail, et continuent à l'exercer, sont aussi très variées. On pourrait effectivement en rencontrer qui assument complètement le travail qu'elles font, qui sont épanouies et qui l'affichent. Lors de la table ronde que nous avons faite pour les trente ans de Fleur de Pavé, nous avons aussi invité les personnes concernées à participer au même titre que des personnes expertes en différents domaines. C'était très intéressant de les écouter parler de leurs parcours, de leurs raisons d'exercer ce métier aujourd'hui. Elles étaient là pour défendre leurs droits, leur dignité et demander qu'on arrête de les juger et de les stigmatiser.

Quels sont les principaux dangers qui menacent les personnes travailleuses du sexe en 2026 ?
Il y a toujours des difficultés d'accès à la santé et à des informations fiables, notamment quand elles viennent de l'étranger. C'est un défi de comprendre le fonctionnement suisse, leurs droits et leurs devoirs. Mais aujourd'hui, il y a aussi les challenges du virtuel. On peut imaginer que le domaine virtuel est synonyme de plus d'autonomie, alors qu'on est souvent confronté à des personnes qui vivent des situations d'insécurité, à cause du vol d'image, par exemple. Dans chaque manière d'exercer, ce travail comporte des avantages, mais aussi des risques et des désavantages. Nous tenons à déconstruire cette vision qui voudrait que la rue soit équivalente au danger, le salon à la protection et le virtuel à l'autonomie. Il faut donc se méfier de ça. C'est un métier qui s'apprend dans lequel on a des droits. Il faut les connaître pour savoir comment mieux se défendre et mieux se faire respecter.

Existe-il encore des réseaux de prostitution? 
Oui, c'est toujours une réalité. Il y en a encore qui, malheureusement, exploitent des personnes, qui les obligent à exercer ce métier, qui les maltraitent, qui utilisent de la violence physique, sexuelle, ou psychologique. Notre rôle est de rentrer en confiance avec la victime, pour lui dire que ce type d'agissement est pénalement poursuivi ici en Suisse et qu'elle n'a pas à vivre ça. Nous restons aussi très attentifs à garder le lien avec la personne, parce que c'est une fois qu'on ne la voit plus, que cela devient inquiétant. Évidemment, ce type de prise en charge ne se fait pas uniquement par Fleur de Pavé, mais grâce à des collaborations avec le réseau d'autres associations, et avec la police, avec qui nous travaillons pour aider des situations de ce type-là.

Comment voyez-vous la scène du travail du sexe vaudoise dans dix ans? 
Le grand défi restera celui d’être là où les personnes travailleuses du sexe sont et de répondre à leurs besoins. Nous nous efforcerons de rester à l'écoute de manière inconditionnelle. Nous renforcerons aussi nos actions, en faisant preuve de créativité et de proactivité, sans attendre que les personnes travailleuses du sexe ne viennent nous voir. Certains projets réalisés hors du canton nous intéressent tout particulièrement pour voir s'ils seraient transposables chez nous. Comme des lieux dédiés au travail du sexe, qui auraient comme objectif d'améliorer les conditions de travail.

En savoir plus