PORTRAIT • Marie-Estelle Dupont vient de s’installer à Lausanne avec ses trois fils. La médiatique psychologue parisienne a vécu une jeunesse jalonnée de graves maltraitances. Elle y a puisé de quoi aider patients, lecteurs et ses auditeurs.
Depuis août dernier, Marie-Estelle Dupont est devenue lausannoise. La médiatique psychologue clinicienne avait besoin de «s’extirper de Paris et de voir grandir ses trois fils dans un cadre de vie plus sain et proche de la nature». C’est depuis un studio, installé à son domicile, qu’elle anime désormais «Et si on en parlait». Cette émission quotidienne abordant des sujets de psychologie personnelle et sociale rencontre un joli succès sur Europe 1.
Pudique sur sa vie privée, la Française de 43 ans nous a donné rendez-vous à l’hôtel de la Paix. Cette sportive, férue de natation, a ses habitudes non loin de là. Petite dernière d’une fratrie de quatre, Marie-Estelle Dupont jette un regard apaisé sur le passé douloureux qui l’a façonnée. Ses trois frères sont une dizaine d’années plus âgés. La Parisienne est née en 1982, «dans une famille bourgeoise lisse en apparence».
Son père était cadre bancaire et sa mère au foyer. Tous deux ont fait hypokhâgne, une prépa littéraire reconnue. «Chez nous, il n’y avait aucune précarité sociale ou intellectuelle, mais une très grande précarité psychologique», explique celle qui étudia au prestigieux lycée Henri IV.
À la lumière de la conscience…
La quadragénaire a grandi tant bien que mal, entre une «anti-mère» haineuse et un père «aimant mais fuyant». Elle l’a raconté dans un récit autobiographique éponyme en 2022. «Ma mère était lourdement maltraitante. Toute mon enfance, elle n’a eu de cesse que de me couper des hommes de la famille. Pour elle, j’étais sans transition celle qui allait la sauver ou sa psy, puis “une merde”, “une salope”, “une garce”…» Longtemps, Marie-Estelle Dupont a intériorisé ces insultes avant de les désamorcer en thérapie.
Syndrome de Stockholm
Sa mère faisait aussi régulièrement dans le chantage au suicide. À l’aube de l’âge adulte, la jeune femme consulte une psy. «Je voulais pratiquer ce métier moi-même pour me sentir utile et peut-être ainsi sauver la petite fille en moi… Et j’étais consciente que pour cela, il fallait que je sois équilibrée malgré mon bagage...»
La thérapeute, qui lui fait face, pose d’emblée le mot qui résume tout: «maltraitance». «J’ai eu du mal à l’accepter car j’étais enfermée dans un syndrome de Stockholm. Mais, séances après séances, je m’en suis libérée.»
Au fil de ce processus, les souvenirs traumatiques remontent pour être désamorcés à la lumière de la conscience. Marie-Estelle Dupont se souvient de ce jour où sa mère, «malade de jalousie», l’avait obligée à arrêter la danse, discipline où la petite excellait.
À 12 ans, l’anti-mère indigne rase les cheveux de sa fille «avec un air triomphant de jouissance sadique», au prétexte qu’elle en perd trop sur son oreiller.
La Française passera par la colère, l’anorexie, une profonde dépression et un pardon qui solde la dette de sa génitrice, laquelle continue cependant imperturbable à adopter des comportements déviants. Un jour, une énième goutte d’eau permet à Marie-Estelle Dupont de couper les ponts, et ainsi «préserver son amour et son énergie pour ceux qui le méritent».
Sa reconstruction passe aussi par un premier grand amour, qui deviendra son mari. «Sa famille était saine et aimante. Sa mère enveloppante était l’antithèse qui venait mettre en lumière la haine de la mienne. C’était un contraste violent mais utile. Une thérapie par le contre-exemple…»
La naissance de son premier fils dans ce contexte a été «comme un tsunami d’amour qui [l’]a poussée à guérir». Ses brillantes études de psychologie l’aident à accepter peu à peu que celle qui lui veut le plus de mal, qui la trahira systématiquement, et s’acharne encore contre elle comme elle peut, sera sa propre génitrice.
Trouvant dans le travail intellectuel «un exutoire structurant», elle bouclera major de promo à l’École des Psychologues praticiens puis à l’université où elle passe un diplôme en neuropsychologie des démences.
Guérison spirituelle
Et puis, il y a aussi en arrière-plan, tout un travail de guérison spirituelle. «J’ai choisi de confier ma mère à Dieu, cela ne m’appartient plus. Ma grand-mère paternelle adorée, qui a été pour moi une figure d’attachement tellement aimante, me confiait quotidiennement à la Vierge en récitant son chapelet», confie-t-elle, les yeux embués.
Au fil des ans, elle officiera en psychiatrie, en ophtalmologie auprès des personnes en train de perdre la vue puis en libéral.
«Tout cela répondait à mon besoin d’être utile et de lutter contre les dégâts provoqués par des souffrances familiales lourdes. Mettre ma propre souffrance au service des autres a été très bénéfique… et puis ma grand-mère est devenue aveugle après une opération ratée, alors j’ai pris ce poste en ophtalmologie cinq ans après sa mort en me disant que c’était une façon de lui rendre hommage»»
Référence médiatique
RTL, TF1, LCI, CNews, RMC… la crise sanitaire la verra s’imposer comme une référence dans les médias. Là, sa parole libre et argumentée séduit mais dérange aussi. Percutante sur la «GPA» ou sur l’euthanasie, elle fut aussi la première à mettre en garde sur les dangers à imposer des masques aux jeunes enfants durant la crise du Covid.
Des activistes malveillants finissent par coller l’étiquette de «réactionnaire» sur celle qui ne vote plus depuis 2007.
«La calomnie ou la tentative de disqualification font partie des risques lorsqu’on s’expose médiatiquement. Je continuerai à dire ce que j’ai appris, puis vérifié dans ma pratique et mon expérience personnelle», conclut la psychologue.
«L’Anti-mère» ressortira en poche ce printemps.
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