Le canton de Vaud devient un acteur majeur de l’intelligence artificielle

Rédigé par
Nicolas Grangier
Vaud

SUCCÈS • Nombreuses sont les pépites vaudoises de l’intelligence artificielle (IA) qui connaissent un succès fulgurant. Une situation que l’on doit beaucoup à l’attractivité de son écosystème de recherche universitaire.

Elle attire tous les regards. Elle, c’est l’intelligence artificielle, devenue un pilier économique du canton de Vaud, et du Grand Lausanne. Comment ce territoire parvient-il à produire autant d’innovations dans ce domaine? L’explication tient en grande partie à l’EPFL, devenue l’une des universités européennes les plus prolifiques en  startups technologiques. À cela s’ajoutent un écosystème dense - entre spin-offs, scale-ups et laboratoires de géants comme Google ou Meta - ainsi que des financements importants pour soutenir cette dynamique.
Performances épatantes
Dans l’univers de l’intelligence artificielle, Atinary - fondée en 2019 - est pionnière des Self-Driving Labs (laboratoires autonomes), qui combinent IA, robotique et expertise humaine pour transformer le développement des molécules, des matériaux et plus largement la R&D. Sa plateforme SDLabs, sans code, s’appuie sur l’apprentissage automatique et l’optimisation bayésienne  (méthode statistique actualisant la probabilité d’une hypothèse) pour explorer efficacement l’immense espace des possibilités chimiques. Plutôt que de procéder par tâtonnements, la plateforme d’IA analyse les données en temps réel et recommande les expériences les plus prometteuses. Cette boucle fermée réduit à quelques jours des tests autrefois menés sur plusieurs années. Les résultats sont tangibles: en collaboration avec l’ETH Zurich, des catalyseurs ont été optimisés pour convertir le CO₂ en méthanol, tandis qu’un projet avec dsm-firmenich en Suisse a permis de réduire de 97% les coûts liés au rhodium et de diviser par deux le temps de réaction. «À nos débuts, nous apportions notre vision des Self-Driving Labs via notre plateforme permettant aux scientifiques d’optimiser leurs recherches, explique Loïc Roch, co-fondateur et CTO d’Atinary. Aujourd’hui, nous concrétisons cette vision en connectant l’IA au monde physique». C’est la principale raison de la récente ouverture de son laboratoire autonome à Boston. 
Avec 400 réactions chimiques par jour, une semaine équivaut à toute une carrière de doctorant, tout en générant des données de haute qualité pour accélérer la découverte de traitements. Chez Atinary, qui compte 25 collaborateurs, l’IA n’a pas vocation à remplacer le chercheur, mais à amplifier sa créativité: «Quand on sait qu’il existe plus de molécules potentielles que d’étoiles dans le ciel, on comprend que nous ne pouvons plus répondre aux enjeux du futur avec les outils du siècle passé», souligne Loïc Roch.  Basée au Biopôle d’Épalinges, l’entreprise a obtenu le label Scale-Up Vaud. Autre exemple avec MindMaze Therapeutics, installée à Lausanne depuis 2012, qui développe des neurotechnologies combinant IA, capteurs biométriques et réalité virtuelle pour la rééducation neurologique. «L’intelligence artificielle démontre ainsi son utilité en se mettant au service des personnes atteintes de maladies neurodégénératives ou de lésions neurologiques», précise son directeur opérationnel Alexandre Capet. Son modèle se fonde sur une technologie faisant appel à la répétition d’exercices à haute dose dans le cadre de protocoles validés par les instances médicales. «Nous avons constaté que les besoins en rééducation augmentaient plus vite que les capacités des systèmes de santé, indique-t-il. Notre technologie s’adapte à chaque pathologie et permet aux professionnels un reporting de données». 
La suite logicielle de MindMaze Therapeutics repose sur trois atouts: une grande diversité de jeux, des exercices intensifs et un suivi continu du patient, de l’hôpital au domicile. Cette approche permet déjà un remboursement par les assurances américaines, et pourrait être validée en Suisse d’ici trois ans. Sans concurrent direct, l’entreprise utilise l’IA pour alléger le travail des soignants et renforcer l’engagement des patients dans leur rééducation. «L’IA doit aider les entreprises à se libérer des tâches automatisables», ajoute Alexandre Capet. Cotée en bourse, MindMaze Therapeutics compte 75 employés et s’appuie sur deux piliers lausannois: l’EPFL pour l’innovation et le CHUV pour les études cliniques.
Académie et économie
À l’EPFL justement, Marius Conti transforme les technologies émergentes en opportunités commerciales. Chargé du programme AI pour les startups, ce designer en innovation travaille au sein du Startup LaunchPad. En quoi cela consiste-t-il? «À la fois à financer le salaire d’un chercheur, à coacher la jeune pousse et à mettre à disposition un réseau, relève-t-il. D’autant plus important que les étudiants n’ont pas forcément la fibre entrepreneuriale». L’école tente de les suivre jusqu’à ce que le projet soit mature. L’EPFL connaît actuellement l’émergence d’une quarantaine de spin-offs tech, en progression de 20% sur un an. Parmi elles, quelques-unes ont l’IA comme business models. «Ce ne sont pas forcément les entités les plus médiatisées, mais elles bénéficient souvent d’importantes levées de fonds», précise Marius Conti. Ces investissements sont parfois locaux, mais le plus souvent internationaux, sans réelle crainte de fuite des cerveaux. «Il nous importe que nos spin-offs ne se fassent pas absorber par de plus grandes entreprises, en particulier américaines. Mais notre école ne cherche pas à surfer sur les effets de mode, elle vise surtout la pérennité des structures qu’elle accompagne». Le Grand Lausanne permet ainsi à de nombreuses entreprises prometteuses de s’imposer à l’international. Et les pépites vaudoises n’ont désormais rien à envier à leurs homologues zurichoises! 

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