On comprend un peu mieux pourquoi des personnes recourent au suicide assisté

Rédigé par
Virginie Gardini
Société

ENQUÊTE - Pourquoi certaines personnes choisissent-elles le suicide assisté? Une équipe du CHUV, la première à donner directement la parole aux personnes concernées, a interrogé 30 personnes engagées dans cette démarche en Suisse.

La Suisse a été le premier pays au monde à permettre le suicide assisté, dès 1942, avec l’entrée en vigueur de l’article 115 du Code pénal. En 2023, l’Office fédéral de la statistique a recensé 1 729 suicides assistés, ce qui représente entre 2 à 3 % des décès, un chiffre en constante augmentation depuis dix ans. Si le sujet est régulièrement présent dans le débat public, le point de vue des personnes qui entreprennent cette démarche reste peu étudié. Comment cette décision se construit-elle ? Quel sens les personnes concernées lui attribuent-elles ? Pour répondre à ces questions, une équipe interdisciplinaire du CHUV réunissant des spécialistes des soins palliatifs et des sciences humaines et sociales a rencontré 30 personnes activement engagées dans une démarche de suicide assisté. 

« Jusqu’à présent, nous disposions de relativement peu de données recueillies directement auprès des personnes qui demandent un suicide assisté. Nous voulions entendre leur voix, comprendre comment elles expliquent leur décision et ce qui compte réellement pour elles », explique Solenne Blanc, sociologue et doctorante au Service des soins palliatifs et de support du CHUV.

Les entretiens montrent que la décision de recourir au suicide assisté repose rarement sur une seule raison mais qu’elle se construit progressivement dans le parcours de vie. L’analyse ne met pas en évidence des raisons séparées ni un parcours identique pour toutes les personnes. Elle distingue six dimensions qui se combinent, interagissent et évoluent au fil du temps : imaginer et façonner sa propre mort, considérer le suicide assisté comme une option fiable, rechercher la reconnaissance et un terrain d’entente avec les proches, reprendre le contrôle face à la médicalisation de la fin de vie, et enfin saisir la fenêtre d’opportunité.

« Ces dimensions ne constituent ni une succession d’étapes ni un modèle causal applicable à toutes les demandes. Différentes motivations peuvent interagir et contribuer, au fil du temps, à consolider la décision » explique le CHUV dans un communiqué. 

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