CONTOURNEMENT - À la suite du percement du tunnel, le géologue et naturaliste Oswald Heer y avait identifié des plantes fossilisées (camphrier, palmier, acacia et cannelier) datant du Myocène.
Lausanne n’a pas de Ring comme Vienne ou de Grands Boulevards comme Paris, mais elle a tenté le même mouvement de distribution circulaire autour de la ville historique avec la ceinture Pichard, du nom de son créateur, l’ingénieur cantonal Adrien Pichard (1790-1841).
Ce contournement a permis l’ouverture de la ville médiévale et a constitué une réponse efficace à son manque d’horizontalité. Une pièce maîtresse de la ceinture fut le percement d’un tunnel entre les vallons du Flon et de la Louve, à travers la Barre, entre 1851 et 1855.
Enfer pour les piétons
Le tunnel, un tube de 56 mètres de long, 9 mètres de large et 10,9 mètres de haut, était un enfer pour les piétons, serrés sur un trottoir minuscule.
On a donc percé un second tube, parallèle au premier, destiné aux piétons. Les deux tunnels sont reliés par cinq arches, qui améliorent l’éclairage et la ventilation de l’ensemble. Dans le cadre de l’édition de 2009 de l’exposition «Lausanne Jardins», un projet de mise en valeur fut retenu: Looping du collectif Scilla (Dominique Hugon, Alain Wolff et Nicolas Grandjean). À la suite du percement du tunnel, le géologue et naturaliste Oswald Heer avait étudié, en 1864, la roche provenant de l’excavation et y avait identifié des plantes fossilisées (camphrier, palmier, acacia et cannelier) datant du Myocène, lorsque le climat de Lausanne était subtropical.
Cinq jardins
Le projet Looping propose donc cinq jardins, comme les cinq continents et les cinq arches séparant les tunnels, où poussent ces mêmes espèces. Les auteurs rappelaient que «alors même que les climats et l’environnement de la planète ne cessent de se détériorer, la recréation de milieux dits “naturels” totalement contrôlés soulève également la question de la nature en tant qu’élément muséal et invite à se questionner sur l’opposition entre nature et artifice».
Le jardin a été pérennisé à la suite d’une pétition d’une association de quartier et à une décision favorable du conseil communal.
Le texte de cette rubrique est tiré du livre «111 lieux à Lausanne à ne pas manquer», de Martine Dutruit (photos), Ulrich Doepper, Pierre Thomas et Michel Zendali (textes), éditions emons: www.111lieux.com
Disponible en librairie.