Karim Slama, un hyperactif fidèle 
à ses rêves et à ses valeurs

Rédigé par
Laurent Grabet
Culture & Loisirs

CULTURE • Le comédien et humoriste lausannois Karim Slama fourmille de projets et a trouvé un bel équilibre entre sa vie de famille recomposée, sa carrière artistique et un inattendu 40% comme ingénieur commercial à la Romande Énergie. Rencontre avec un surdoué tout en éclectisme.

«Quand je regarde dans le rétro, qu’est-ce que je suis heureux!» De la Suisse alémanique de sa «pragmatique» maman, Karim Slama a hérité de la droiture et de la rigueur. De la Tunisie de son papa «rêveur», une chaleur humaine et un sens du contact. Ses parents se sont connus dans le Paris des années 60. Lui y était apprenti électricien et elle, la Lucernoise, jeune fille au pair. Suite à l’expo de 1964, les jeunes mariés s’installent à Lausanne. C’est là que nait Karim en 1976, le  petit dernier de cette joyeuse «smala». Il arrive sur terre une bonne décennie après ses grandes sœurs adorées. 
À cinq ans, le petit Lausannois découvre le cirque à l’occasion d’une de ces tournées du mythique Knie, qu’il finira par animer en 2008. C’est une révélation! «Je me suis mis à monter des spectacles de marionnettes dans ma chambre», se souvient-il. Quatre ans plus tard, en marge d’une soirée de gym, au théâtre de Beaulieu, celui qui sera plusieurs fois champion vaudois et romand aux agrès, découvre «l’odeur enivrante des planches». Aussi lorsque son prof de français inspiré du Belvédère propose à sa classe un stage de théâtre et d’impro, Karim Slama est mûr.
Étudiant et gymnaste brillant
Son chemin se dessine sous ses pieds. Son destin lui fait des appels du pied. L’improvisation sera comme son second apprentissage. Il la pratique dès ses 13 ans, jusqu’à intégrer l’équipe suisse. Il devient illico accro aux «shots de rire du public». Son avenir sera artistique, il le sait, il le sent de son intuition très aiguisée, mais le jeune homme protège ses arrières. Il boucle donc, meilleur apprenti du canton, son CFC de mécanicien-électricien, et enchaîne sur un diplôme d’ingénieur ETS en génie thermique. 
Ces expériences artistiques lui permettent d’attiser une belle confiance en lui, «née enfant dans les yeux de [sa] mère». Une fois diplômé, il négocie un 50% dans un petit bureau d’ingénieur. Deux ans plus tard, en décembre 2000, son patron est tout surpris de voir cet excellent élément, à la carrière toute tracée, démissionner pour peaufiner son premier one-man show. Lui-même confesse avoir été un peu fébrile de ce pari audacieux. «Mais deux semaines après, la RTS m’embauchait pour un tournage de trois mois et demi, lequel m’a permis de financer mon spectacle», se souvient encore émerveillé le quadragénaire. À l’issue de la première, dans la cave du Lapin vert, c’est la standing ovation. Son père prend alors le comédien en devenir dans ses bras et lui lâche en larmes: «Tu as réussi!»
Un CV bien rempli
Le CV de Karim Slama est long et éclectique comme le bras d’un passionné de tatouage. Yvan Frésard lui ouvre la petite porte de la grande émission satirique «La Soupe» sur la RTS en 2001. Slama, le perfectionniste qui trouve «un vrai plaisir à faire les choses bien», s’y impose comme chroniqueur dès 2008. Au fil de sa progression, le comédien joue tour à tour dans la revue vaudoise, s’impose dans les ambitieux spectacles de la Karl’s Kühne Gassenschau en 2015, 2021 et 2023 dont il est désormais le référent romand ou encore signe avec «Titeuf le pestacle», une adaptation réussie de la célèbre bédé. Citons aussi son spectacle de mime «L’évadé», qui en 2018, réalise l’exploit de se terminer sur une standing ovation, à chaque représentation. 
Sa compagnie, fondée en 2011, a déjà onze créations à son actif dont quatre one-man shows. En 2026, Karim Slama mettra en scène le premier one-man show de son fils Mathys et présentera son premier cours métrage. Mais plus que de dresser une liste exhaustive, ce qui est intéressant, c’est de cerner les recettes des succès de Karim Slama. L’artiste, qui demeure un des rares Romands à adapter certains de ses spectacles pour la Suisse alémanique, se décrit «hyperactif, perfectionniste et  fiable». Il est aussi fichtrement intuitif. «J’ai l’habitude de systématiquement suivre mon cri du cœur, lequel survient dès que j’ai une idée et que je suis persuadé que je vais aller jusqu’au bout pour la concrétiser!», explique-t-il.
Libéral de gauche
Dans sa «famille biologique islamo-catho», cet agnostique explique avoir glané beaucoup d’ouverture d’esprit. Dans la famille artistique qu’il s’est construit, au fil de presque 30 ans de carrière, il a cultivé les amitiés fécondes. L’homme revendique toujours placer sa famille avant tout. Sa première épouse lui a donné trois fils Maël, Mathys et Sohann. Depuis 2015, le quadragénaire est en couple avec la comédienne Catherine Guggisberg, qui a deux grandes filles, avec qui il forme une famille recomposée. «On a une belle capacité à co-créer, même si on n’aurait jamais pu faire des enfants ensemble. J’aime nous voir comme le duo Jaoui – Bacri. J’ai une grande confiance en ses ‘’mais’’ et je suis content d’être encore son metteur en scène préféré», résume en souriant Karim Slama. 
Le Lausannois est un homme heureux. Suite à l’élection triomphale de Donal Trump, il s’est engagé en politique du côté de sa ville de Morges, sous l’étiquette PS. «Mais je peine à me voir comme un militant, dit-il, moi le libéral avec une fibre de gauche.» 
En septembre 2022, un autre tsunami est venu déstabiliser le comédien. Une leucémie, aujourd’hui guérie, l’a poussé à une profonde remise en question. Le comédien travaille depuis à 40% comme commercial photovoltaïque à la Romande Énergie et y trouve beaucoup de plaisir. De quoi donner en partie raison à son père qui lui a longtemps prédit: «Tu vas finir par partir installer des panneaux solaires en Tunisie!»

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