PRÉVENTION • Un retraité vaudois a promis 1000 francs à ses petits-enfants pour les inciter à ne pas fumer. Sur le même principe, un programme mené en Suisse alémanique avec des entreprises donne d’excellents résultats.
Les chiffres sont éloquents. Selon l’Association suisse pour la prévention du tabagisme, près d’un tiers des jeunes fument, dont trois sur dix quotidiennement, une démarche hautement nuisible pour leur santé. C’est ce triste constat qui a poussé un retraité vaudois à adopter une démarche unique: «Après avoir perdu mon père, ma sœur, une tante en raison de leur usage du tabac, et avoir aussi vu ma fille fumer sans arriver à s’arrêter, une idée m’est venue en discutant avec une amie raconte-t-il. J’ai promis à mes petits-enfants, 1000 francs s’ils s’engageaient et réussissaient à ne pas fumer avant leurs 20 ans. Et cela a marché pour ma petite-fille aujourd’hui âgée de 25 ans, et même mieux puisqu’après ses 20 ans, elle n’a jamais commencé!»
Facteur de risque
Un constat qui ne surprend pas Virginie Bréhier, de la ligue pulmonaire vaudoise: «Toutes les études menées, en particulier à propos des femmes enceintes ou des jeunes, montrent que la question financière est une incitation importante pour arrêter le tabac. Nous ne sommes donc pas étonnés que l’initiative prise par ce retraité ait pu donner des résultats».
Le Centre universitaire de médecine générale et santé publique du canton de Vaud (Unisanté), affirme de son côté avoir reçu plusieurs témoignages de personnes qui ont mis en place un tel système de récompense pour leurs enfants, lorsqu’ils atteignent 18 ans sans fumer ou lorsqu’ils arrêtent de fumer.
«Le fait de ne pas commencer ou d'arrêter de fumer a un impact majeur sur notre santé. Mais les jeunes sont peu sensibles à l’argument de la santé, les maladies leur semblant très lointaines. Ils sont davantage réceptifs aux effets immédiats. Ainsi, une incitation financière est motivante», observe Luc Lebon, responsable du Secteur prévention du tabagisme à Unisanté, qui ajoute: «Bien que l’impact de cette démarche n’ait pas été évalué à notre connaissance, les études démontrent que le prix des cigarettes a un effet dissuasif très fort, en particulier chez les jeunes et les personnes à petit budget». En outre, depuis plusieurs années, la Suisse alémanique expérimente un tel système de récompense, mais via le monde de l’entreprise.
Et en Suisse alémanique...
C’est l’objectif du programme «zackstark» mis en place par la Ligue pulmonaire suisse, cofinancé par 11 cantons, et qui octroie aux apprentis qui ne consomment aucun produit à base de nicotine durant leur formation, une récompense sous la forme d’une prime financière (au minimum 100 francs) ou de jours de vacances supplémentaires (au minimum 2 jours). À ce jour, pas moins de 750 entreprises pour environ 4500 apprentis ont ainsi rejoint ce programme très novateur.
«Seuls 10 % des apprentis participant ont commencé à fumer, ce qui est un excellent résultat, se réjouit Jana Affloter, spécialiste en promotion de la santé et prévention à la Ligue pulmonaire suisse. Ce projet rencontre un très grand succès et dès la fin de l’année prochaine, nous allons l’étendre à la partie francophone du canton de Berne».