À l’EPFL, les étudiants et la direction se parlent sans s’entendre

Rédigé par
Charaf Abdessemed
Vaud

VIE ESTUDIANTINE • Les étudiants et la direction de l’EPFL travaillent depuis 2024 à une clarification des règles permettant la reconnaissance des associations estudiantines et l’organisation d’événements sur le campus. Pour l’heure, les tractations s’apparentent plutôt à un dialogue de sourds. 

Cela s’appelle marcher sur des œufs. Depuis près de deux ans, un lent processus de négociations est en cours au sein de l’EPFL entre la direction et les étudiants. Selon nos informations, trois textes très importants sont en cours de renégociation ou d’élaboration. D’abord la Directive sur la reconnaissance des associations estudiantines dite LEX 8.2.1 datant de 2018 et mise à jour une première fois en 2021, ainsi que le Règlement sur l’organisation des événements (LEX 8.3.1, datant de 2013) qui doivent faire l’objet d’un lifting en profondeur. En parallèle, un Règlement d’utilisation des locaux et espaces extérieurs de la haute école, inexistant jusqu’à présent, est en cours d’élaboration. 
Clarifier les règles
Il faut dire que l’enjeu est d’importance tant l’EPFL a été au cours des dernières années le théâtre de nombreux événements qui ont défrayé la chronique. À titre d’exemple, en mai 2025, un collectif d’étudiants a dénoncé la réaffectation de la ferme de Bassenges en déroulant des banderoles sur la façade de la grande scène du festival Vivapoly, assorties de slogans très offensifs du type «EPFL censure» ou «EPFL coupable». En outre, le conflit au Moyen-Orient et la situation à Gaza ont considérablement contribué à tendre l’ambiance sur le campus, avec même des heurts entre étudiants et des tensions avec la direction, celle-ci ayant été sommée d’analyser ses liens académiques avec l’État d’Israël. Enfin, la semaine passée encore, la LSCV, la Ligue suisse contre l’expérimentation animale et pour les droits des animaux publiait un communiqué pour dénoncer l’annulation par l’EPFL d’une table ronde organisée par des associations d’étudiants. 
D’un commun accord, direction et étudiants ont dès 2024, exprimé le besoin de clarifier les règles encadrant l’existence et la vie des associations sur le campus de l’EPFL, elles sont actuellement plus de 142. «Au cours des dernières années, des actions et des événements organisés sur le campus ont soulevé des questionnements quant au respect du cadre légal et des règles internes de l’EPFL, explique Emmanuel Barraud, porte-parole de l’EPFL. Les adaptations (envisagées) visent notamment à préciser les conditions d’organisation des événements, à expliciter les critères encadrant leur acceptation ou leur refus, ainsi qu’à clarifier les responsabilités liées à l’utilisation des locaux et des espaces extérieurs». 
Groupe de travail
Depuis près de deux ans et jusqu’à la semaine passée encore, des étudiants via plusieurs de leurs associations, ont ainsi travaillé sur les textes en question avec des représentants de l’EPFL dans le cadre d’un groupe de travail, sans parvenir, pour l’instant, à un consensus. Selon l’argumentaire que nous avons eu en notre possession, le souhait de la direction  est en premier lieu de préciser qu’à l’avenir, les associations soient explicitement «affranchies de toute orientation politique ou religieuse et de tout rattachement à des partis politiques ou autres organisations actives sur la scène politique ou religieuse, sans préjudice de (leur) légitimité à intervenir dans le débat politique sur les questions liées aux études, aux missions de l’EPFL ou à la vie sur le campus», cette dernière notion de «vie sur le campus» étant abondamment détaillée. «La Direction de l’EPFL souhaite non seulement maintenir, mais renforcer la possibilité pour chaque membre de sa communauté de pouvoir exprimer et défendre ses positions. Les règlements visent toutefois à s’assurer que ces prises de position se fassent dans un esprit d’ouverture et d’écoute aux convictions des membres de la communauté, dans un climat de respect et de bienveillance, et dans un contexte où la diversité des opinions peut s’exprimer sans entrave, ajoute le porte-parole de l’EPFL. Il restera (par exemple) tout à fait possible pour une association d’organiser et de participer à un débat sur la question des collaborations académiques et d’y faire valoir son point de vue, pour autant que la manifestation respecte les règles, notamment du point de vue de l’équilibre entre les opinions en présence». Selon un sondage mené par l’AGEpoly (Association Générale des Étudiant·e·s de l’EPFL) auprès de ses membres, et dont les résultats ne sont pas encore publics, une nette majorité des étudiants  souhaite qu’un large panel de sujets puisse être discuté sur le campus, «considérant que les Universités sont un lieu d’échange et de développement de l’esprit critique». 
Vrai besoin de dialogue
«La proposition actuelle (de la direction, ndlr) restreint les discussions aux études et à la vie du campus alors que les étudiants souhaitent en majorité un élargissement de cette proposition afin de permettre les évènements tant qu’ils sont affranchis de tout rattachement à des partis politiques ainsi qu’à des organisations religieuses. Seul l’avenir dira si nos propositions seront prises en compte, mais à ce jour, celles du groupe de travail, du reste similaires aux souhaits des étudiants, ne l’ont pas été», déplore Benjamin Faltin, président de l’AGEPoly, qui ajoute: «Il est difficile de qualifier les consultations actuelles de dialogue. Les entités consultées expriment une position, formulent des propositions, puis l’école y répond, mais l’échange formel s’arrête ici. Pour ce genre de changements, il y a un vrai besoin de dialogue et d’accord sur ce qu’il est possible, ou non, de faire sur un campus universitaire». 
Alors que la procédure de consultation s’achève cette semaine, les nouveaux règlements devraient être validés par la direction de l’école d’ici la fin de l’été pour une entrée en vigueur prévue en septembre prochain. Avec une question: que faire des associations actuellement reconnues et qui viendraient à ne pas répondre aux critères nouvellement établis? «L’EPFL est très fière de la richesse et de la diversité de son monde associatif et tient à les conserver, rassure Emmanuel Barraud. Elle apportera son appui si les nouveaux règlements impliquent une adaptation des statuts de certaines de ses associations. L’idée n’est absolument pas de les limiter.» En tout état de cause, les tractations actuelles prévoient l’introduction d’un droit de recours interne en cas de refus de reconnaissance d’une association.

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