COHABITATION • Au-delà des critiques qu’il suscite, l’écoquartier des Plaines-du-Loup veut proposer une nouvelle manière de penser le vieillissement de la population, avec à la clé plus d’accessibilité et moins d’isolement. Reportage.
La plaine des seniors heureux: telle est l’ambition portée par l’écoquartier des Plaines-du-Loup. Ce dernier se donne pour objectif d’incarner une évolution profonde de l’urbanisme, qui intègre pleinement les enjeux du vieillissement, afin que chaque génération trouve sa place. «L’écoquartier a été réalisé avec une ambition de mixité sociale et intergénérationnelle comme critère prioritaire», explique Joana Ruivo, cheffe de projet pour la Ville de Lausanne. Une volonté qui se traduit dans l’organisation de l’espace: ici une cour d’école ouverte sur un EMS, là des lieux de rencontre, avec un nombre exceptionnel de places de jeux et de potagers urbains, ou encore des services accessibles à tous.
Trouver sa place
Pour les seniors, cette ambition prend d’abord forme dans le logement. Les Plaines-du-Loup proposent une palette de solutions adaptées, grâce notamment aux nombreux projets de coopératives d’habitants qui y ont vu le jour. Il faut imaginer la coopérative d’habitants comme un village verticalisé, à l’instar de la vision avant-gardiste de Le Corbusier avec sa Cité-Radieuse à Marseille. Ici, la vie de village se décline en hauteur, les liens se tissent dans les espaces communs, les parents et grands-parents habitent parfois le même immeuble, avec des solutions variées et adaptées: logements spécifiques pour les seniors, logements avec accompagnement, habitats intergénérationnels, colocations.
«Ces propositions permettent de prolonger l’autonomie des seniors à domicile», souligne Joana Ruivo. Au-delà de l’offre, c’est l’expérience vécue qui révèle la réussite du modèle. Alain, 85 ans et toujours bon pied bon œil, raconte son choix de quitter une maison devenue inadaptée pour s’installer au BLED, une coopérative du quartier: «Ici je retrouve un ensemble rassurant, où l’entraide est immédiate: il suffirait que j’aie le moindre des pépins et trois minutes après j’ai dix personnes qui viennent».
Pour Jacques, senior installé dans le quartier depuis trois ans, cette mixité s’est construite avec le temps: «Les liens se sont tissés au fur et à mesure, lors des réunions d’immeubles, des activités communes et des événements du quartier». La retraite n’est alors plus synonyme de mise en retrait de la société. Car l’un des enjeux majeurs du vieillissement en ville reste l’isolement. Sur ce point, les Plaines-du-Loup semblent apporter une réponse concrète. Une réalité confirmée par Mirna et Abiel, couple de retraités qui s’est installé ici sans regrets: «On a rencontré plein de gens super sympas. Il y a déjà une vie de quartier. Le fait que ce soit une zone sans voiture favorise la mobilité, les petites balades.»
Sociabilisation naturelle
Ici, la sociabilisation est naturelle, rendue possible par la configuration de l’espace public, pensée pour un usage collectif qui va créer de l’échange ou du lien. Cette qualité de vie repose également sur un maillage dense de services et d’équipements. Avec un supermarché, une pharmacie, un Post-point, huit bars et restaurants, de nombreux services de santé et de soin à la personne, on trouve l’essentiel à distance de marche, pour ne pas dire au pied de son immeuble, sans parler des nombreuses offres culturelles et sociales qui se développent dans chaque coopérative. Tout concourt à faciliter le quotidien et à créer du lien, notamment pour les personnes âgées. Alain insiste sur cette richesse: «Une telle densité d’équipements, c’est absolument incroyable! Les personnes âgées en profitent largement».
Et ce ne sont pas les quelques pétards et feux d’artifice allumés par les jeunes des quartiers voisins il y a quelque temps qui vont perturber le calme heureux du quartier, essentiellement rythmé par les rires des enfants qui jouent dehors, et le chant des oiseaux.
Depuis de longs mois maintenant, les relations se sont détendues avec cette jeunesse turbulente qui commence elle aussi à profiter des infrastructures à disposition. La présence des enfants et des familles participe également à cette dynamique. Si quelques tensions subsistent - notamment liées au bruit - elles restent marginales face aux bénéfices.
«Les seniors sont très contents de voir tous ces enfants et ces jeunes, ça crée de la vie», observe Alain, voyant dans cette cohabitation un sentiment de continuité entre les générations.
Zone largement piétonne, les Plaines-du-Loup offrent un environnement apaisé, ou les arbres fraîchement plantés auront toute la place nécessaire pour pousser et rendre les immeubles bien moins massifs qu’ils ne le sont actuellement.
Améliorations à venir
Aux râleurs qui regrettent que les automobiles n’aient pas leur place au pied des immeubles, notre retraité actif Alain rétorque: «Le prix de cette qualité de vie vaut bien quelques pas de plus et quelques efforts pour préserver le concept essentiel de quartier sans voiture. Et puis je rappelle que celles et ceux qui ont besoin d’accéder en véhicule au pied de chez eux pour des raisons de mobilité en ont tout à fait le droit.»
Bien sûr, des améliorations restent attendues, comme l’implantation de certains commerces ou le renforcement de l’offre de transporst publics. Mais ces limites apparaissent secondaires au regard des bénéfices globaux. Joana Ruvio parie sur ce modèle: «Les Plaines-du-Loup constituent un modèle d’avenir basé sur l’amélioration de la qualité de vie en ville et adapté à toutes les étapes de vie».