DÉPENDANCE • Déjà largement utilisatrice de solutions open source, y compris pour certaines développées en interne, la Municipalité réfléchit activement à la mise en place d’un environnement de travail alternatif complet hors de l’univers Microsoft.
Difficile de ne pas en faire le constat. La dépendance de l’Europe à l’égard des solutions informatiques et financières américaines représente une vulnérabilité stratégique pour l’Europe aussi bien que pour la Suisse. Les récents déboires, sur simple décision américaine, de juges ou de hauts fonctionnaires européens privés d’accès à leurs services numériques essentiels ainsi qu’aux solutions de paiements par cartes de crédit en sont un exemple flagrant. Au point qu’après une longue période de déni, l’Europe commence progressivement à sortir de sa léthargie.
Cette prise de conscience relance le débat sur la capacité du continent à garantir l’accès à ses infrastructures critiques. Et alors que la France a décidé d’accélérer ses efforts pour développer ses propres technologies à l’usage de ses fonctionnaires et qu’en Allemagne, le land du Schleswig-Holstein a choisi de se passer des prestations Microsoft, la Confédération, quelques mois à peine après avoir généralisé l’usage de Microsoft 365 pour ses quelque 50'000 employés, réfléchit sérieusement à un rétropédalage en règle, après les résultats d’une étude de faisabilité lancée dans le courant de l’année 2025.
Projet Digital Workplace
Lausanne n’est pas en reste. Dans le cadre du déploiement du projet Digital Workplace, la Ville va mettre en place un projet pilote destiné à fournir un environnement de travail alternatif complet hors du monde Microsoft. «Cela permettra d'évaluer la maturité de ces solutions, l'intégration au système d'information de la Ville, l'adoption pour les utilisatrices et utilisateurs, la capacité à opérer ces technologies aussi bien en interne qu'auprès des acteurs locaux, explique Natacha Litzistorf, municipale en charge de l’informatique communale. Par ailleurs, un groupe est en cours de création pour porter globalement la question de souveraineté numérique. Des contacts sont d'ores et déjà établis avec des initiatives locales, et notamment la Ville de Lyon qui a fait le choix d'abandonner les solutions Microsoft».
Logiciels libres déjà utilisés
Si actuellement la moitié des serveurs ainsi que la totalité des ordinateurs de bureau de la Ville tournent grâce à des solutions Microsoft (système d’exploitation Windows, et outils bureautiques courants, comme Office, Teams ou Sharepoint pour les postes de travail, le tout pour un coût estimé à environ deux millions de francs en 2026), la Ville use néanmoins déjà massivement de logiciels libres dits «open source» pour son fonctionnement ou dans différents domaines techniques et métiers. Ainsi, environ 70% des bases de données utilisées par la Ville reposent sur PostgreSQL, une solution open source.
Application «Maison»
En outre, son application «Goéland», destinée à la gestion des connaissances et la gestion documentaire, a été développée en interne depuis 2002 et est utilisée quotidiennement par environ 2500 personnes, soit plus que la moitié du personnel communal. «Goéland ne génère aucune dépendance à des licences propriétaires coûteuses ni à des abonnements cloud étrangers, détaille Natacha Litzistorf. Le code source appartient entièrement à la Ville, l'hébergement est interne, et l'application est maintenue par une équipe de trois personnes au sein de l'administration. Toutefois il serait inexact de prétendre que Goéland fonctionne sans aucun lien avec des technologies d'origine américaine étant donné que l’application est accessible via un navigateur web».