PROTECTION DE L’ENFANCE • Dans un document confidentiel que Lausanne Cités a en sa possession, Manon Schick évoque les facteurs humains qui font que les pères sont parfois défavorisés dans certains dossiers. Extraits.
Notamment en raison du secret professionnel, il est difficile d’obtenir des informations sur ce qui se passe à la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ). Un des documents internes que Lausanne Cités a en sa possession apporte des éléments intéressants sur le thème sensible de la différence de traitement présumé des dossiers, selon que l’on soit homme ou femme.
En effet, à en croire ses détracteurs, à l’instar du Mouvement Parents, Enfants, Jeunesse (MPEJ), la DGEJ, important service de l’État de Vaud employant 300 personnes et régulièrement critiqué ces dernières années, serait «enfermé dans des partis pris pro mères de manière systémique». La Direction nous a pourtant rappelé au contraire à plusieurs reprises n’avoir «aucun parti pris pour l’un ou l’autre des parents» et être «guidée exclusivement par l’intérêt supérieur de l’enfant».
Le procès-verbal d’une réunion de la DGEJ organisée le 6 mai relève pourtant de son côté «une impression de préférence tendancielle en faveur de la mère et demande davantage d’impartialité dans l’analyse des situations». Ce PV souligne aussi que «la mère est souvent perçue d’emblée comme une figure positive, tandis que le père est davantage considéré comme un risque potentiel». La directrice générale de la DGEJ Manon Schick explique ainsi dans ce document que «les possibilités de placement chez le père ne sont parfois pas suffisamment explorées, avec un possible biais en faveur de la mère». Elle constate aussi qu’«une mère peut effectuer un signalement sans devoir fournir immédiatement de preuve matérielle». Or nos investigations montrent que c’est très rarement le cas pour les pères.
«La plus grande neutralité»
Enfin, Mme Schick insiste sur le fait que «les assistants sociaux (ndlr: qui sont en très grande majorité des femmes) sont accompagnés et supervisés afin de tendre vers la plus grande neutralité possible», tout en reconnaissant néanmoins que «chaque professionnel peut être influencé par son vécu personnel». Dès lors, la cheffe de la DGEJ explique qu’«une attention particulière est portée aux biais et résonances personnelles».
La Vaudoise explique aussi que «depuis environ quatre ans, la DGEJ observe une dégradation de la collaboration avec les parents». Elle y voit deux explications principales: «l’influence des réseaux sociaux» et «l’augmentation des mandats judiciaires». Dans un contexte de «polarisation croissante de la société» et «d’augmentation des attaques dirigées contre la DGEJ», cette «évolution rend la collaboration avec les parents plus difficile et l’adhésion aux mesures proposées plus compliquée», relève-t-elle. Madame Schick déplore aussi une «hausse des plaintes pénales, y compris contre les professionnels». Pour ce qui est des violences domestiques, la professionnelle précise qu’elles «sont attribuées dans environ deux tiers des cas aux hommes» mais que «les médias tendraient à surreprésenter les situations impliquant des femmes». Elle ajoute que «l’évolution actuelle des pratiques en matière de violences domestiques tend davantage vers une rupture du lien entre l’enfant et l’auteur présumé des violences».