Yasmine Alami, l’élan citoyen d’une punk lausannoise

Rédigé par
Thomas Lécuyer
Lausanne

MUNICIPALES 2026 • Parmi les candidats indépendants, Yasmine Alami est sans doute la plus atypique. Architecte urbaniste, punk et humaniste, elle défend la décentralisation des pouvoirs et la force citoyenne.

Pour évoquer ses premiers pas dans une campagne électorale, Yasmine Alami parle d’un cri du cœur, d’un appel intérieur, plus que d’une stratégie politique mûrement calculée. La décision ne s’est pas imposée à elle comme un plan de carrière, mais plutôt comme une nécessité intime, presque existentielle. 
Architecte urbaniste de formation et artiste dans l’âme, cette Lausannoise de cœur revendique un parcours riche de diversité, de cultures entremêlées et d’expériences multiples, loin de toute segmentation identitaire ou idéologique. «Je suis profondément suisse, mais aussi multiculturelle, profondément engagée mais aussi apolitique. Je pense que les partis divisent et qu’au contraire, le but premier de la démocratie, c’est de rassembler. Il faut remettre le citoyen au cœur du processus démocratique, et non plus les partis».
Punk un jour, punk toujours?
Née à Morges d’une mère suédoise et d’un père marocain qui se sont rencontrés à Lausanne, Yasmine Alami grandit entre le canton de Vaud et Casablanca. «J’ai eu la chance de vivre imprégnée de plusieurs cultures», confie-t-elle. 
Ces multiples facettes – «moitié Arabe, moitié Viking, née en Suisse» sourit-elle –  ont nourri très tôt son regard sur le monde et sa passion pour la géopolitique, doublée d’une aversion pour les guerres, les injustices, la partisanerie et la question du pouvoir qui manipule et divise sans cesse à son propre profit. Dans son appartement au cœur de Lausanne, les murs racontent un fort attachement à l’art: portraits, affiches, crayonnés, tableaux, photos, plans d’architecte s’entremêlent dans un patchwork visuel. «Nous sommes tous un peu artistes dans la famille, sauf que ça ne paye pas», lâche-t-elle en souriant. Elle a choisi l’architecture, compromis pragmatique qui lui a permis tout de même d’exprimer son trait, et de travailler notamment au plan d’affectation de la polyclinique du CHUV. «Cela ne se voit peut-être pas comme ça, mais je suis punk», tient-elle à préciser. 
Alors si, cela se voit un peu, les Doc Martens aux pieds (bon, ils sont blanc cassé, et pas noirs), une guitare électrique plantée dans son salon et une poterie représentant «London Calling», le célèbre disque des Clash bien en évidence sur sa table basse sont de solides indices. «Les punks sont des pacifistes, tient-elle à préciser. Quand on leur demandait: “mais pourquoi vous criez?”, ils répondaient:  “On crie pour parler plus fort que les gouvernants”. Le mouvement punk n’a jamais été un mouvement violent. Joe Strummer (ndlr: le leader des Clash) est une figure inspirante pour moi, un mentor, un ange gardien.» Punk is not dead? En tous cas, pas la force du «Do It Yourself», principe indissociable du mouvement. De cette inspiration punk est sans doute née une volonté de secouer le système établi. Il y a dix ans, Yasmine Alami milite pour la reconnaissance du vote blanc et l’initiative «Monnaie pleine.» 
Une expérience fondatrice: elle fait campagne dans la rue, aborde les passants, constate une méfiance de plus en plus marquée vis-à-vis des partis politiques traditionnels, mais aussi une vraie soif de débat, une volonté de s’exprimer, de prendre la parole, face à des politiques qui ne prêtent plus l’oreille. 
Pour la candidate indépendante, voter est un acte presque sacré, mais elle regrette que dans un pays où le taux de participation dépasse rarement les 50%, le vote blanc ne soit pas pris en compte: «L’abstention est le premier parti de Suisse. Cela veut bien dire que le peuple ne se retrouve pas dans celles et ceux qui le représentent». Aujourd’hui, son engagement dans le mouvement transpartisan Modernokratie s’inscrit dans cette logique: dépasser les clivages gauche-droite, lutter contre les «abus de pouvoir» et «faire des citoyens des acteurs plutôt que des spectateurs». Yasmine Alami rêve d’un système politique fait d’assemblées citoyennes qui nourrissent les débats et soient de véritables forces de proposition. 
Redonner le pouvoir  aux citoyens
Dans son esprit, ces espaces ne seraient pas de simples chambres consultatives, mais des lieux vivants de délibération, composés de citoyens tirés au sort ou volontaires. On y prendrait le temps d’écouter, de confronter les arguments, d’entendre les expertises sans les sacraliser, et surtout de formuler des solutions concrètes ancrées dans le réel. 
Tout ce qui serait soumis au vote viendrait de cette source qu’elle considère intarissable: la volonté populaire, exprimée à travers ces assemblées. «Soyons acteurs et pas spectateurs. Arrêtons de voter par dépit, pour “le moins pire”. Il faut redonner le pouvoir aux citoyens», martèle-t-elle. Même si Yasmine Alami s’est assagie au fil des ans, elle dit avoir trouvé le moment juste pour s’engager dans la lutte, espérant faire basculer le système pour rebâtir un pouvoir politique citoyen et fédérateur. 

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