MOBILITÉ • Le tram fera sa grande arrivée dans le chef-lieu vaudois à l’automne 2026, et il est à l’heure. Si le chantier bat encore son plein au Flon, le reste du tracé est fonctionnel et pourra accueillir prochainement les premiers tests. Reportage.
«C’est une année fantastique et très importante pour les TL», se réjouit Quentin Roubaty, responsable de l’entité Grands projets et du programme tramway aux transports publics lausannois (TL). Nous le rencontrons dans le «quartier général» du tram, au cœur des bureaux administratifs du site de Perrelet, où trente-cinq personnes travaillent d’arrache-pied pour veiller au bon déroulement du «projet tram». «L’horizon 2026 avait été articulé au début des travaux, il y a presque cinq ans. Aujourd’hui, nous avons la joie de dire que ce calendrier va être tenu, avec un horizon qui s’est précisé pour l’automne.»
Arrivée de la première rame
Début février, c’était d’ailleurs l’effervescence dans les bureaux des TL. Impatients, des dizaines de collaborateurs étaient rassemblés dehors, malgré la pluie battante, pour accueillir la première rame de tram. Cette dernière a voyagé par convoi exceptionnel, en trois parties d’environ 15 mètres, depuis l’atelier de l’entreprise Stadler à Valence. Les rames ont traversé l’Espagne, la France et la Suisse, avant d’être acheminées dans le nouveau garage-atelier des TL, jouxtant les bureaux de Perrelet. «Cela a demandé une coordination fine, car un convoi de cette ampleur implique des autorisations pour circuler, délivrées par les autorités, avec des fenêtres de tir différentes d’un pays à l’autre. C’est sûr; on ne transporte pas une rame de tram comme un colis», lance Quentin Roubaty avec un sourire. Il aura fallu trois jours au convoi pour arriver à Renens.
Les rames suivantes arriveront petit à petit au cours des prochains mois, mais elles n’auront pas la même saveur que cette aînée. Il y en aura dix au total pour la première étape du projet, puis cinq de plus lorsque le tracé se prolongera jusqu’à Villars-Sainte-Croix, dès 2030. Cette arrivée marque une étape importante puisque les premiers essais et tests du matériel roulant commencent cette semaine et pourront ainsi être suivis, d’ici juin, par la formation du personnel de conduite. À ce jour, la presque totalité du tronçon, qui mesure 4,5 km, est sortie de terre. «Il reste des chantiers en cours aux extrémités du tracé, notamment au Flon, où les travaux ont commencé en dernier, mais partout ailleurs, les rails sont prêts à accueillir le tram», se réjouit Quentin Roubaty.
Nous quittons les bureaux par une petite passerelle menant directement aux quais de la station Perrelet. Cette dernière a été l’une des premières à prendre son visage quasi définitif, informe Quentin Roubaty. Et en effet, même si les assises manquent encore, la station semble prête à être fréquentée, si les barrières de chantier n’étaient pas là pour nous rappeler qu’elle est encore inaccessible au public.
Le plus grand tram de Suisse
Depuis la route de Lausanne, à peine plus loin que l’arrêt Perrelet, on distingue aussi le pont en demi-cercle qui enjambe l’espace entre ce côté-ci de la chaussée et le chemin du Closel. Le «pont du Closel» a été construit comme voie d’accès du tram directement au garage-atelier – tout neuf lui aussi –, où les rames dormiront et subiront leur maintenance. «Il aurait été impossible de réaliser un virage plus serré pour ce pont», indique Alexandra Gindroz, porte-parole aux TL. C’est que la renaissance de ce moyen de transport à Lausanne a cela de particulier qu’il s’agira du plus grand tram de Suisse. Quentin Roubaty explique: «À la différence de tous les autres réseaux de tramways suisses qui possèdent des écartements de rails dits métriques (d’un mètre), le nôtre a la spécificité d’avoir un écartement des rails qu’on appelle «normal» et qui correspond à l’écartement des rails CFF. Cela offre des véhicules plus spacieux et plus lumineux.»
Cela le rend en revanche beaucoup moins souple. Le tracé plutôt droit qui relie le Flon à la gare de Renens, puis plus tard à Villars-Sainte-Croix, a néanmoins permis aux TL de choisir ce modèle. Qui implique des procédures d’homologation spécifiques devant démontrer que le matériel roulant est conforme et sécuritaire «parce qu’aucune ville du pays n’a un tram tel que celui-ci», poursuit Quentin Roubaty. Sur le reste du tracé, plusieurs stations sont encore en construction, comme celles de l’ETML ou de Galicien, où les ouvriers s’attèlent encore au bétonnage des quais, alors que celle baptisée «Halle de Sébeillon» (Prélaz) a depuis plusieurs semaines des allures de grande. Le rythme s’accélère, l’impatience monte. C’est que ce tram a commencé sa gestation en 2007 déjà, puisqu’il était esquissé dans la première génération du projet d’agglomération Lausanne-Morges (PALM). «On entend souvent parler du “retour” du tram à Lausanne, mais même si la ville en a connu un réseau entre 1896 et 1964, celui que nous attendons n’aura rien à voir avec celui que certains ont pu connaître par le passé. Il s’agira de conditions de mobilité et de déplacement bien différentes.»
Attention accrue à la sécurité
Nous ne le voyons pas encore, mais l’espace entre les rails sera bientôt couvert d’orpin sur tout le tracé entre Perrelet et la gare de Renens. Nous osons nous y aventurer, car les graines n’ont pas encore été plantées, mais l’incursion reste fortement déconseillée. Comme les Lausannois n’ont pas connu de tram depuis un peu plus de 60 ans, les TL prennent la question sécuritaire très au sérieux. L’entreprise a lancé une campagne de prévention et de sensibilisation aux risques liés à la circulation d’un tel engin. «Le but est de prendre les mesures adéquates pour que la population ne soit pas livrée à elle-même le jour où le tram entre en service.» Rames pelliculées de messages de prévention, signalétique et affiches près des stations et des rails déjà visibles, publications sur les réseaux sociaux, personnel dépêché aux traversées: tout est mis en œuvre pour que les Lausannois voyagent sereinement à l’arrivée du tram. «C’est un autre aspect, néanmoins très important de tout ce qui doit être anticipé.»